1960–2010 : la Chine, on se savait pas !

1960-2010 : la Chine, on se savait pas !Dans les années 60, la Chine n’intéressait globa­le­ment personne et même si ce pays n’avait pas été verrouillé par Mao, peu sont ceux qui s’y seraient penchés. On ne savait pas ce qui s’y passait et l’on s’en moquait bien car occu­pés à finir de quit­ter l’ex-empire colo­nial et à recons­truire le pays dure­ment touché durant la Deuxième Guerre mondiale.

Les années 70 elles, ont été non pas la période où il a été ques­tion de la Chine, mais celle où Mao était à la mode. Dans le même temps que sont en effet appa­rus les célèbres vête­ments à col droit, dénom­més chez nous « col Mao », la France a vu l’arrivée soudaine de « philo­sophes » déjà lour­de­ment embour­geoi­sés tels Glucks­mann, July et autres. Au même titre que ce col attri­bué à Mao, et qui est en fait d’origine Japo­naise, ces pseu­do marxistes léni­nistes étaient une mode pour contes­ta­taires de salon qui dési­raient avant tout s’extirper d’une masse, non pas pour faire préva­loir des idées, mais assu­rer leur propre noto­rié­té. En dehors de quelques élites et cadres du parti corrom­pus, les Chinois crevaient de faim, mais cela, nos « intel­lec­tuels ne s’en préoc­cu­paient guère.

A cette période en effet, les Chinois vivaient sous la « révo­lu­tion cultu­relle » la période la plus dure de leur histoire, et ce, en sortant tout juste des années du « Grand Bond » en avant. Cette misère tant physique que morale, l’Occident s’en moquait, occu­pé à garan­tir les appri­voi­se­ments en pétrole dont la subite augmen­ta­tion avait mis à mal les quelques années d’euphories déjà arti­fi­ciel­le­ment entre­te­nues. La moder­ni­sa­tion de notre indus­trie avait commen­cé afin, non pas de donner un meilleur envi­ron­ne­ment de travail aux ouvriers, mais d’augmenter nota­ble­ment les marges béné­fi­ciaires. C’est à cette époque qu’un mot jusque-là prati­que­ment incon­nu allait prendre tout son sens : le chômage.

Les années 80 ont été en France celles des premières délo­ca­li­sa­tions vers les pays à bas coût de l’époque qui se nommait Italie, Espagne, Tuni­sie, Maroc. Les premiers véhi­cules japo­nais avaient déjà fait leur appa­ri­tion sous le regard amusé des construc­teurs locaux, certains de leur supé­rio­ri­té. La France deve­nait soudai­ne­ment socia­liste, le temps pour une partie de sa popu­la­tion de béné­fi­cier de quelques promesses élec­to­ra­listes, avant de rapi­de­ment reve­nir vers ses origines.

En Chine, pays toujours à contre-courant de ce qui se fait ailleurs, Deng Xiao­ping avait été promu à la tête du pays afin d’engager un certain nombre de réformes visant à sortir ce pays de l’abîme dans lequel il se trou­vait, et ce, grâce à un nouveau système : l’économie socia­liste de marché. On n’entendra doré­na­vant les ex-maoïstes fran­çais que pour criti­quer ce chan­ge­ment de cap, préfé­rant visi­ble­ment leur idéo­lo­gie archaïque au fait que plus d’un milliard d’êtres humains sortent de leur misère chro­nique. Ce chan­ge­ment de poli­tique aura deux prolon­ge­ments immé­diats qui seront l’ouverture du pays au monde, et le début de la libé­ra­li­sa­tion écono­mique du marché local avec les premières priva­ti­sa­tions. Pour les Chinois, le coup est rude, passant en quelques instants d’un système forte­ment collec­ti­vi­sé à un autre certes bien plus indi­vi­dua­liste, mais pour lequel l’immense majo­ri­té de la popu­la­tion n’était pas prépa­rée.

C’est durant ces années 80 que les premières entre­prises occi­den­tales ont commen­cé à inves­tir en masse en Chine, exploi­tant ainsi un réser­voir de main-d’œuvre bon marché qui semblait inépui­sable. Fort de ces expé­riences réus­sies dans d’autres pays, et d’un senti­ment colo­nia­liste deve­nu géné­tique pour certains, l’Occident riche prend alors la Chine pour son atelier, le dénom­mant d’ailleurs ainsi, ce terme n’ayant jamais eu la moindre origine chinoise.

C’est sans doute là que ce situe la plus grosse erreur commise, sans doute due en la croyance en une supé­rio­ri­té innée frôlant souvent la préten­tion, et qui a fait croire que le gouver­ne­ment Chinois se conten­te­rait de quelques miettes du repas, comme cela avait été le cas dans d’autres pays. Aveu­glés par la vision d’importants profits, de nombreux inves­tis­seurs ont tota­le­ment igno­ré l’histoire et la culture de ce pays, oubliant ainsi que le pouvoir en place était du fait de son unici­té poli­tique sous la menace d’un mécon­ten­te­ment de la popu­la­tion, qui ne verrait pas d’un bon œil des étran­gers s’enrichir une fois de plus sur leur dos.

Si le système poli­tique chinois actuel est accep­té, ou igno­ré, par la popu­la­tion, c’est pour la simple raison que le pays évolue, et que s’il reste encore beau­coup à faire, un certain nombre de résul­tats sont visibles pour elle. Cette pente ascen­dante sur laquelle est enga­gé le pays depuis une tren­taine d’années, les Chinois s’y sont habi­tués, et cela reste la condi­tion au main­tien du pouvoir en place.

Les années 90, et ce, grâce au paravent média­tique et poli­tique conscien­cieu­se­ment orga­ni­sé par quelques lobbies occi­den­taux, ont été celles de la montée en puis­sance de pays tels que Taiwan, la Corée, le japon, mais égale­ment de l’Inde et de la Chine. Cette période sera égale­ment celle de la créa­tion de l’OMC (1995), dont l’Inde fera partie dès le début malgré bon nombre d’ handi­caps écono­miques et sociaux, mais une démo­cra­tie de façade, alors que la Chine, pour­tant déjà un impor­tant four­nis­seur, sera écar­tée.

En Occi­dent, les défi­cits publics se creusent, mais dans le silence abso­lu des médias et poli­tiques, soucieux de préser­ver leurs places. Pour cela, on critique les impor­ta­tions origi­naires des pays en déve­lop­pe­ment, causes offi­cielles du chômage gran­dis­sant, tout en les bénis­sant, car garan­tis­sant un certain pouvoir d’achat.

Même si la Chine ne repré­sente qu’une infime part des emplois perdus (voir cet article), elle devient de plus en plus la cible des médias visi­ble­ment orien­tés par des ordres venus des lobbies finan­ciers. C’est la « grande époque » de l’utilisation à toutes les sauces des drama­tiques inci­dents de la place Tien’Anmen, et tout est bon pour mini­mi­ser la puis­sance gran­dis­sante de ce pays. La popu­la­tion chinoise apprend, souvent à son détri­ment, l’économie libé­rale et ses nombreuses perver­si­tés exploi­tées par un petit nombre. Les zones côtières sont deve­nues d’immenses zones indus­trielles pous­sant telles des cham­pi­gnons en prévi­sion de l’acceptation de la Chine au sein de l’OMC.

Les années 2000 vont être les premières qui vont voir certains peuples de pays dits riches commen­cer à criti­quer le système capi­ta­liste auquel ils étaient pour­tant si atta­chées tant que cela leur appor­tait une majo­ri­té d’avantages. La France a fini la moder­ni­sa­tion de son indus­trie, mettant sur le carreau des milliers d’ouvriers à qui on tente d’expliquer que tout cela n’est non pas dû à une mauvaise gouver­nance, mais à la montée en puis­sance d’un seul pays ne jouant pas dans la même cour d’école mater­nelle : la Chine. En lisant les jour­naux qui traitent de ce sujet, on pour­rait alors croire que des milliers de repré­sen­tants de commerce aux yeux bridés font le porte-à-porte des commerces hexa­go­naux pour promou­voir leurs produits.

La Chine, qui orga­ni­se­ra les Jeux olym­piques en 2008, devient le centre d’intérêt des « huma­nistes univer­sels », et il est beau­coup ques­tion du Tibet et du Xinjiang, ces deux régions et leurs problèmes semblant soudai­ne­ment exis­ter, alors qu’il n’en a prati­que­ment jamais été ques­tion durant les 50 précé­dentes années. L’Europe impose des quotas d’importation sur les produits chinois, ce qui n’aura stric­te­ment aucun effet sur les écono­mies des pays membres, pas plus que ceux appli­qués par les U.S dont l’économie arti­fi­cielle est de plus en plus soute­nue par de massifs achats de bons du trésor améri­cain de la part de la Chine. 2008, l’Occident autre­fois riche commence à décou­vrir les mensonges de leurs respon­sables poli­tiques succes­sifs, plonge dans une grave crise écono­mique. De nombreux experts annoncent sur un ton victo­rieux l’effondrement écono­mique et social certain de la Chine dont la crois­sance sera il est vrai cette année là de seule­ment 9 %.

2010, l’Europe à son tour se réveille avec la gueule de bois, les écono­mies de la Grèce et d’autres pays se révé­lant bien floris­santes que ne le lais­saient entendre leurs diri­geants, et ce, malgré l’afflux massif de fonds euro­péens. La Chine est deve­nue incon­tour­nable dans bien des domaines qu’ils soient poli­tiques ou écono­miques, et ce pays est deve­nu en quelques années le lieu où il est de mise d’être présent afin de tenter de récu­pé­rer les quelques miettes lais­sées par les socié­tés chinoises.

Les Chinois vivent de mieux en mieux, n’ont majo­ri­tai­re­ment toujours rien à faire du parti poli­tique en place, ce qui semble leur lais­ser plus de temps pour s’occuper de ce qui fait le quoti­dien de n’importe quel être humain dans le monde. On ‘accuse pas la Chine d’être pauvre, ce qui n’a d’ailleurs jamais été fait aupa­ra­vant, mais au contraire d’être trop riche, ce dont les mêmes accu­sa­teurs ne se sont jamais souciés lorsqu’ils étaient dans cette posi­tion.

Aujourd’hui, il reste encore en Chine une partie de la popu­la­tion n’ayant pas béné­fi­cié des divers progrès, en Occi­dent de plus en plus de personnes n’y accèdent plus.