1945, le début de l’occupation écono­mi­que de l’Europe

mille-milliards-de-dollars_31888_40795La gran­de vadrouille est la version comi­que de la guer­re 39–45. La Gran­de Dépres­sion, plus connue sous le nom de crise de 1929, est la situa­tion où se trou­vaient les États-Unis dans les années 30–40. Comme celle de 2008, cette crise d’origine améri­cai­ne s’est ensui­te logi­que­ment propa­gée vers l’Europe. Pour­quoi logi­que­ment, parce que bien qu’à cette époque les USA n’aient pas enco­re revê­tu l’habit du « Libé­ra­teur », les écono­mies US et euro­péen­nes étaient déjà inti­me­ment liées. Des millions d’Américains se retrou­vent dans la misè­re et près d’un millier de banques sont en failli­te. Il est dès lors évident que tant les USA que l’Europe peuvent aujourd’hui donner des leçons de bonne condui­te à la Chine, celles-ci repo­sant sur une soli­de expé­rien­ce de terrain renfor­cée en 2008.

Ce qui va permet­tre aux USA de sortir de cette Gran­de Dépres­sion est la guer­re en Euro­pe. La mobi­li­sa­tion massi­ve et les besoins en arme­ments vont faire bais­ser le chôma­ge et permet­tre de relan­cer la machi­ne indus­triel­le et donc écono­mi­que. La Deuxiè­me Guer­re mondia­le à peine termi­née, les Améri­cains se lancent sans atten­dre dans une autre, mais cette fois écono­mi­que. Surfant sur la propa­gan­de large­ment diffu­sée du « beau libé­ra­teur », les servi­ces dédiés parvien­nent à faire oublier que si 300 000 soldats améri­cains ont péri, la Russie a perdu 26 millions de civils et mili­tai­res, soit envi­ron 14 % de sa popu­la­tion.

Les Améri­cains sont doré­na­vant en Euro­pe comme chez eux avec pour argu­ment majeur la mena­ce commu­nis­te. Si dans les années 70 certains Fran­çais sont sensi­bi­li­sés par la chan­son inter­pré­tée par Sardou « Si les Ricains n’étaient pas là », ils le sont nette­ment moins à la répli­que de Patri­ck Dewae­re dans le film d’henry Verneuil « Mille milliards de dollars » sorti en 1982. Criti­quant les magouilles d’un PDG améri­cain à la tête d’un immen­se empi­re finan­cier, le jour­na­lis­te qu’incarne Patri­ck Dewae­re se voit oppo­ser l’image du « Libé­ra­teur » débar­quant sur les plages de Norman­die. Accom­pa­gnée d’une moue dubi­ta­ti­ve, la répon­se est : « chan­ger une occu­pa­tion mili­tai­re par une occu­pa­tion écono­mi­que ».

Senti­ment exagé­ré­ment anti-américain ? Pas du tout. Qu’elles soient civi­les ou mili­tai­res, j’ai un sincè­re respect pour toutes les victi­mes de ce conflit, toutes signi­fiants ici quel­les que soient leurs origi­nes. Beau­coup moins d’admiration par contre pour les diri­geants de l’époque et en parti­cu­lier ceux des pays ayant large­ment contri­bué au réar­me­ment de l’Allemagne en jouant sur plusieurs tableaux. Le problè­me est que déjà battue en 40, la Fran­ce l’a enco­re été en 1945, dans les deux cas du fait de l’aveuglement des diri­geants.

Il est bien évidem­ment diffi­ci­le pour un battu à deux repri­ses d’imposer ses condi­tions, ce même avec un de Gaul­le, un des derniers réels repré­sen­tants de la Fran­ce indé­pen­dan­te. Les années ont passé et la présen­ce améri­cai­ne est entrée dans les mœurs qu’il s’agisse d’économie ou de cultu­re. Par conve­nan­ce très person­nel­le, les diri­geants poli­ti­ques se sont alignés derriè­re la banniè­re étoi­lée et avec eux une bonne partie de l’opinion publi­que fran­çai­se noyée par la propa­gan­de de médias aux mains de quel­ques fortu­nes héri­tés. Serge Dassault pour Le Figa­ro, Bergé-Pigasse-Niel, proprié­tai­res du Monde et du Nouvel Obs en atten­dant de mettre la main sur Libé­ra­tion peuvent ainsi diffu­ser la bonne paro­le sans gran­de oppo­si­tion.

Côté Améri­cain, on s’investit en Fran­ce plus qu’on y inves­tit. Si les USA sont depuis des décen­nies le premier inves­tis­seur étran­ger, c’est plus en nombre d’acquisitions ou de fusions qu’en sommes inves­ties. C’est ainsi qu’en 2013, c’est l’Allemagne qui a le plus inves­ti en Fran­ce en termes de capi­taux, mais se situe derriè­re les USA présents dans 126 créa­tions et surtout repri­ses d’activités commer­cia­les ou indus­triel­les.

Si Inter­net est origi­nel­le­ment améri­cain, il en est de même pour de nombreux autres domai­nes sensi­bles. Les systè­mes d’exploitation Micro­soft et Apple , Androïd dont Google est proprié­tai­re en supplé­ment d’un quasi-monopole dans les moteurs de recher­che occi­den­taux. Ces socié­tés achè­tent tout ce qui peut paraî­tre inté­res­sant, mais aussi dange­reux. Face­book, Twit­ter, Linke­din sont du pain béni pour la NSA qui peut aisé­ment faire vibrer la fibre patrio­ti­que et ainsi obte­nir les infor­ma­tions dési­rées. Avec le rachat de Skype par Micro­soft (proprié­tai­re de Bing, un des rares moteurs de recher­che concur­rent de Google), les écou­teurs améri­cains n’ont pas besoin d’un immen­se pavillon pour enten­dre les conver­sa­tions à travers la planè­te. Alors que le fabri­cant Chinois Huawei est régu­liè­re­ment soup­çon­né d’installer des portes déro­bées dans les maté­riels vendus dans divers pays, c’est en réali­té la NSA qui a enfon­cé ces portes en se cachant derriè­re la sain­te paro­le d’Obama et de ses prédé­ces­seurs.

Que pensent les Fran­çais de cette occu­pa­tion ? Pour une partie ils n’en pensent rien parce que ne pensent pas ou plus. D’autres sont toujours aussi impres­sion­nés par l’image du libé­ra­teur que vient renfor­cer la propa­gan­de concer­nant la mena­ce toujours aussi immi­nen­te que l’était l’URSS et qui est aujourd’hui la Chine. Pour assu­rer sa tran­quilli­té dans ses colo­nies écono­mi­ques, l’administration améri­cai­ne auto­ri­se la vieille Euro­pe à réoc­cu­per celles Afri­cai­nes jugées peu renta­bles ainsi qu’à régler leurs comp­tes de campa­gnes élec­to­ra­les avec quel­ques dicta­teurs passés de mode. Le « Grand frère » a toute­fois toujours une main sur l’épaule de ses valets, soit pour les pous­ser, soit pour les rete­nir comme on l’a vu récem­ment avec l’Ukraine.

OK ? Je vous lais­se pour aller mâcher mon Chewing gum entre deux Marl­bo­ro, la ciga­ret­te du cow-boy. J’ai arrê­té les Gauloi­ses depuis qu’elles sont deve­nues chinoi­ses britan­ni­ques.