1840 : les Occi­den­taux lancent le Made in China

L’histoire est-elle un perpé­tuel recom­men­ce­ment ou une simple conti­nui­té ? L’écart entre ces deux notions est parfois si faible qu’un avis nette­ment tran­ché comporte de nombreux risques d’erreurs. Il en est ainsi de la Chine qui malgré d’ appa­rents chan­ge­ments de cap semble suivre une ligne tracée il y a des siècles.

bateauLa désin­for­ma­tion aidant, nombreux sont ceux qui pensent que le « Made in China » coïn­cide avec l’entrée de ce pays dans l’OMC. La réali­té est toute autre puisque les impor­ta­tions massives de produits fabri­qués en Chine datent des années 1843, soit seule­ment un an après la fin de la première guerre de l’opium. Fortes des trai­tés impo­sés après la deuxième Guerre de l’opium, ce sont 191 entre­prises indus­trielles étran­gères qui sont présentes en Chine en 1894. Les nombreux chan­tiers de construc­tion navale sous contrôle étran­ger produisent les navires néces­saires à l’acheminement des marchan­dises telles que la soie, le thé, le ciment, le papier, des tissus et d’énormes quan­ti­tés de bois. S’ajoutent à ces cargai­sons des produits manu­fac­tu­rés comme des vête­ments et divers objets. Échanges commer­ciaux ordi­naires entre deux pays ? Pas tout à fait, car il s’agit bien plus d’exploiter les ressources natu­relles et humaines que de les ache­ter à un prix équi­table. Il y a certes quelques Chinois qui profitent de la situa­tion, mais cette mino­ri­té sert en prio­ri­té de lien entre la main-d’œuvre locale et les indus­triels étran­gers.

Contrôle aux portes de la cité chinoise et des concessions
Contrôle des entrées dans la conces­sion fran­çaise de Shan­ghai.
Source : http://gfeltin.perso.sfr.fr/pagefamille.html

« L’impératrice a vendu la Chine aux étran­gers » disait en 1900 K’ang Yeou-wei, un des initia­teurs du mouve­ment I-Ho-K’uan renom­mé « révolte des Boxers » par les jour­naux anglais. S’il est souvent ques­tion des 60 millions de morts impu­tables à la poli­tique de Mao, ce sont entre 120 et 150 millions de Chinois qui péri­ront entre 1840 et 1949, ce tant de famine que de la répres­sion. Pous­sées vers la porte de sortie du fait de la multi­pli­ca­tion des émeutes, dont une bonne part animée par la mysté­rieuse asso­cia­tion du Pai Lien Kiao (nénu­phar blanc), les puis­sances étran­gères quittent progres­si­ve­ment la Chine. Mao finit ce nettoyage en s’appuyant sur son allié sovié­tique avant que se produise la rupture lais­sant la Chine livrée à elle-même, ce qui ne lui était pas arri­vé depuis long­temps.

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Deng Xiao­ping en visite aux USA : » Voici les clefs …»

Indé­pen­dance de courte durée puisque la nomi­na­tion à la tête du PCC de Deng Xiao­ping permet aux entre­prises étran­gères d’occuper de nouveau les places dont elles ont été éjec­tés quelques décen­nies plus tôt. D’abord par petites touches puis de manière plus marquée après l’entrée de la Chine dans l’OMC, les indus­triels étran­gers appliquent le même système que celui en vogue lors de la fin du XIXe siècle. La simi­li­tude est en effet grande entre les deux époques, les joint-ventures venant rempla­cer les riches inter­mé­diaires chinois des années 1890 qui trans­met­taient les ordres venus du sommet finan­cier. L’exploitation de la main-d’œuvre bon marché n’a pour sa part guère chan­gé, les donneurs d’ordres se cachant derrière leurs para­vents chinois pour impo­ser les cadences de travail. Comme sous l’Empire, le pouvoir poli­tique contri­bue à cette exploi­ta­tion, l’étiquette PCC ne signi­fiant pas toujours ce qu’elle laisse suppo­ser, mais « Pour Conti­nuer Comme avant ».

On peut bien sûr souli­gner l’émergence d’une classe moyenne favo­ri­sée par les Inves­tis­se­ments Directs Étran­gers (IDE). Cela est vrai, mais l’était tout autant lors de la première époque des produits « Made in China ». Avec un reve­nu par habi­tant certes en hausse, mais encore 8 fois moindre que celui des Fran­çais et de plus marqué par d’énormes inéga­li­tés, l’histoire a tous les risques de se repro­duire, ou de se pour­suivre dans la mesure où elle n’a connu qu’une courte inter­rup­tion à l’échelle du temps. Pour y parer, le parti unique a mis en place un fin maillage dont la mission prin­ci­pale est de lever le couvercle de temps à autre. Cette régu­la­tion tiendra-t-elle encore long­temps ? Le pouvoir le souhaite, mais aussi ceux pour qui la Chine est restée cet atelier inau­gu­ré à la fin de la deuxième guerre de l’opium.