La Chine vue de Chine

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Yili invente un thermomètre au mercure spécial nourrisson


contrefaçonLe lait à la mélamine n’ayant sans doute pas assez ruiné la filière laitière chinoise, Yili en rajoute une couche avec un nouveau scandale. C’est cette fois du mercure qui a été trouvé dans certaines fabrications de lait pour bébé provenant de ce géant de l’industrie laitière basé en Mongolie intérieure. La contamination ne semble pas provenir d’un lot particulier puisque ce sont les productions estampillées QuanYou sorties de l’usine entre novembre et mai qui ont été rappelés suite à plusieurs contrôles positifs de la part des services sanitaires chinois.

Contenant entre 40 et 50 fois la dose maximale autorisée de mercure, c’est la diffusion sur les réseaux sociaux d’un communiqué interne à l’entreprise qui a provoqué ces vérifications. Les autorités chinoises expliquent en effet que la recherche du mercure ne fait pas partie des critères obligatoires d’analyses, ce qui a laissé passer les produits contaminés.

À l’heure actuelle, l’origine de cette présence de mercure dans du lait pour nourrisson n’est pas encore connue publiquement, diverses enquêtes étant en cours dans le même temps qu’un ordre de rappel lancé dans tout le pays. En 2008, Yili avait été un temps suspecté d’avoir lui aussi introduit de la mélamine dans ses produits laitiers, sans toutefois que les résultats des tests confirment les accusations.

Si le coup risque d’être fatal pour Yili, il se révèle être une excellente occasion pour les produits étrangers. Alors que plus de 85 % du lait en poudre pour nourrisson provient déjà soit d’importations, soit de productions sous contrôle étranger, cette nouvelle affaire met un terme aux espoirs entretenus par les industriels chinois de retrouver une crédibilité auprès des parents. Yili ne produisant pas que ce genre de produits, mais également des yaourts et des glaces, c’est l’ensemble de sa gamme qui risque de connaître un désaveu de la part de la clientèle locale.

La question qui se pose de manière de plus en plus pressante est de savoir si le secteur alimentaire Chinois dans son ensemble est capable de répondre qualitativement à la demande d’une clientèle logiquement de plus en plus méfiante. Entre les produits génétiquement modifiés et les contrefaçons en tous genres, c’est en effet la santé de la population dans son ensemble qui est menacée. Il y a quelques jours, les autorités sanitaires du Guangxi ont saisi 4 tonnes de faux Weijing, un exhausteur de goût largement employé dans la cuisine du pays. Ce produit falsifié était fabriqué avec du sel acheté à bas prix et mélangé à de l’engrais.

Le riz est également au centre de bien des suspicions, celui-ci contenant la plupart du temps des doses importantes de pesticides. Les consommateurs se tournant alors vers des produits importés de pays voisins tels que la Thaïlande ou le Vietnam les prix grimpent en flèche, ce qui a un impact néfaste sur le pouvoir d’achat des populations exportatrices. Un autre aspect est que le riz chinois étant bien moins cher que ceux importés, certains industriels locaux n’hésitent pas à falsifier les emballages afin de réaliser des bénéfices plus importants.

Après avoir mis des décennies à assurer son équilibre alimentaire, la Chine doit à présent régler les trop nombreux problèmes récurrents liés à des dérives de la part d’un petit nombre. Pour parvenir à cet objectif, encore faut-il que les responsables locaux et nationaux soient concernés, ce qui est loin d’être le cas, ceux-ci disposant d’adresses sûres où ils peuvent s’approvisionner sans risques. C’est donc sur l’opinion publique que repose le seul espoir possible de donner à la Chine son statut de nation adulte, ce qui est très loin d’être le cas aujourd’hui.



Albié Alain

Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois. Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes. La publication d'extraits de cet article est autorisée sous réserve qu'un lien renvoie vers l'original.