La Chine vue de Chine

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Web chinois : une histoire de rumeurs


ReligionLes microblogs chinois sont les amis des grands médias occidentaux, non pas parce qu’ils sont un aspect de la liberté d’expression, mais parce qu’ils leur fournissent une bonne partie de la matière utilisée ensuite dans leurs articles. La pénurie de sel lors de l’accident nucléaire au Japon est un des très nombreux exemples des « informations » colportées par quelques spécialistes de l’amusement virtuel, un coup d’État à Pékin en étant un autre. C’est après cette dernière rumeur que les autorités chinoises ont décidé de fermer 16 sites et de suspendre QQ et weibo le temps d’un minutieux nettoyage. En parallèle plusieurs responsables de ces sites ou messages litigieux devront répondre de leurs actes devant la justice.

De là à voir un net durcissement des mesures contre la liberté d’expression, il n’y a qu’un pas que nos valeureux médias hexagonaux franchissent en se donnant la main, preuve s’il en était besoin d’une évidente communauté de penser frôlant celle unique reprochée à la Chine. Il est vrai que la réflexion personnelle n’est pas apprise dans les écoles de journalisme, ce qui ne peut donner qu’un résultat des plus formaté. La supposée affaire d’espionnage chez Renault en est un exemple où faute de preuves c’est la seule rumeur qui permis aux médias de tenir en haleine leurs lecteurs. Lors de la tuerie de Toulouse, c’est un communiqué faussement attribué au ministre chinois des Affaires étrangères qui a donné à un blogueur son moment de gloire éphémère.

Il y a quelques mois, j’avais relayé un article paru sur QQ où était expliqué comment une jeune enseignante avait été obligée de se prostituer afin de pouvoir offrir de quoi étudier à ses élèves. Couchant avec les cadres chargés d’attribuer les subventions, elle obtenait ainsi de quoi financer son école. Il était également expliqué comment cette jeune fille était morte sous les assauts sexuels d’une dizaine d’hommes. Cette histoire comme bien d’autres avait fait le tour du web chinois avant que son auteur ne révèle qu’il s’agissait en fait d’un roman aux aspects totalement inventés. Parce que plausible dans un pays comme dans  d’autres en proie à ces travers, j’avais cru en cette histoire pour ensuite la retirer du site une fois la vérité mise à jour.

Sans pour cela justifier les mesures prises par les autorités chinoises, tout internaute chinois ou non sait que QQ et Weibo regorgent de ces rumeurs qui ne servent que quelques-uns et représentent un risque bien réel pour des utilisateurs encore naïfs en raison de leur inexpérience sur la manière d’aborder une information quelconque. Cette croyance en la « chose écrite » étant toutefois à quelque chose près identique chez bien des lecteurs expérimentés issus de pays « libres », le danger est sans doute bien plus évident comme l’a prouvé le récent bidonnage sur Foxconn.

Si fermer les sites jugés extrémistes est une décision considérée comme logique du président de la République Française, reste à décider de ce qu’est un extrême, ce qui est loin d’être évident lorsque l’on détient le pouvoir, en Chine comme ailleurs. Tous les pays sans exception sont confrontés à cette situation, et la solution miracle n’existant pas, chacun tente de trouver une solution. La différence de traitement de la part des médias entre la Chine et bien d’autres nations est sa montée en puissance économique et politique, l’aspect « liberté d’expression » n’étant que le paravent habituellement utilisé. Nombreux sont les professionnels ou amateurs pratiquant l’autocensure tout en donnant la fausse impression d’une liberté totale. La Chine n’en est pas encore là, ce qui provoque inévitablement certains dérapages de part et d’autre. Trouver la juste limite entre véritable information et rumeur, la presse occidentale n’y est elle-même jamais parvenue, ce qui devrait une fois de plus la rendre plus modeste dans les leçons qu’elle entend donner à d’autres. En ce qui concerne cette dernière phrase, il s’agit d’une affirmation vérifiée et non d’une rumeur.

 

La liberté d’expression pour les nuls

 

La liberté d’expression sur Internet en France est la même qu’en tout lieu public que ce se soit en réunion, à l’écrit, à l’oral, en image, sur les forums, sur les blogs en ligne, dans la presse papier, sur des prospectus, etc.

Sur Internet, il y a la Netetiquette qui correspond au comportement souhaitable, ce sont les règles de politesse.

Et donc il y a la loi : ce qu’il n’est pas autorisé d’exprimer sous peine de sanction.

Définition légale de la liberté d’expression et limitations prévues

La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 (articles 10 et 11):

  • « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi. »
  • « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. »

L’article 10 de la Convention européene des droits de l’homme :

  • « 1. Toute personne a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté d’opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu’il puisse y avoir ingérence d’autorités publiques et sans considération de frontière. Le présent article n’empêche pas les États de soumettre les entreprises de radiodiffusion, de cinéma ou de télévision à un régime d’autorisations. »
  • « 2. L’exercice de ces libertés comportant des devoirs et des responsabilités peut être soumis à certaines formalités, conditions, restrictions ou sanctions prévues par la loi, qui constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité nationale, à l’intégrité territoriale ou à la sûreté publique, à la défense de l’ordre et à la prévention du crime, à la protection de la santé ou de la morale, à la protection de la réputation ou des droits d’autrui, pour empêcher la divulgation d’informations confidentielles ou pour garantir l’autorité et l’impartialité du pouvoir judiciaire. »

Les limites légales à la liberté d’expression en France

En France il est interdit de tenir certains propos et ils peuvent éventuellement donner lieu à poursuite pénale et/ou civile sur la base des motifs suivants :

  • Incitation à la haine raciale
  • Négationnisme (négation de la Shoah) et négation d’un évènement inscrit dans une loi mémorielle (ex. génocide arménien)
  • Injure publique à un groupe de personnes en raison de leur appartenance à une religion
  • Injure publique à caractère sexiste ou homophobe
  • Incitation à la violence
  • Divulgation de secrets tels que définis dans un contrat entre personnes morales ou physiques, entre un salarié et son employeur (secret professionnel)
  • Violation de droits à la propriété intelectuelle et/ou incitation à celle-ci
  • Incitation à commettre des crimes et délits
  • Menace de commettre des crimes et délits
  • Incitation au suicide par la publicité de moyens de se donner la mort
  • Danger pour la jeunesse
  • Insulte publique
  • Outrage à une personne chargée d’une mission de service public
  • Diffamation

Source : Legifrance, Wikipedia



Albié Alain

Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois. Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes. La publication d'extraits de cet article est autorisée sous réserve qu'un lien renvoie vers l'original.