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Une démo­cra­tie pour la Chine, laquelle ?

ConstitutionComme une majo­rité de pays qui gèrent le monde sont des démo­cra­ties, il a été décidé que ce système serait le meilleur, cela nous évite de plus à en cher­cher un autre pour nous, et donc doit être imposé aux autres au besoin contre leur volonté mais bien entendu pour leur bonheur. Seules excep­tions à la règle, celles des pays amis ou plutôt des prési­dents amis même s’ils sont à la tête d’une dicta­ture : Irak, Iran, certains pays d’Afrique, etc… On peut même les accueillir en cas de besoin.

Donc la Chine n’est pas une démo­cra­tie mais une dicta­ture ; pas besoin d’avoir d’avoir fait de hautes études pour le savoir, c’est écrit en toutes lettres dans l’article premier.de sa consti­tu­tion . C’est déjà pour moi un avan­tage, car on sait où l’on va et ce système ne se dissi­mule pas derrière un paravent de droits plus ou moins égali­taires. Un des prin­ci­paux reproches fait  au système Chinois est qu’un seul parti détient les rênes du pouvoir, sans oppo­si­tion. Il y a bien un parle­ment et diverses commis­sions consul­ta­tives mais cela ne convient pas pour héri­ter de la déno­mi­na­tion de démo­cra­tie qui s’avère être aux yeux de certains le sésame pour le bonheur univer­sel. Il faudrait un lieu où des repré­sen­tants du peuple font semblant de ne pas être d’accord et que la télé­vi­sion filme ces débats, là ce serait plus démo­cra­tique mais qu’ils soient tous d’accord pour dire qu’il est midi, non c’est dictatorial.

De plus, le Président n’est pas élu mais dési­gné ; comme nous en France avant 1959 mais nous, nous avons la chance d’être nés démo­crates et cela est inalié­nable quoi que nous fassions.

La ques­tion que je me suis posé concer­nant la Chine était de savoir s’il était possible d’appliquer ce système poli­tique si cher à certains à un pays de cette éten­due, de cette densité de popu­la­tion et de cette culture. Plusieurs personnes m’ont répondu :

- Mais oui, regarde en Inde, c’est une démo­cra­tie et ils sont 1 milliard.

J’ai donc cher­ché à savoir et je suis tombé sur ce texte émanant d’Amnesty Inter­na­tio­nal donc incontestable :

Dans un pays de plus d’un milliard d’habitants, dont la moitié est anal­pha­bète et le tiers vit sous le seuil de pauvreté, rien n’est simple, d’autant que pas moins de 1.600 langues et dialectes coexistent (dont 18 offi­cielles). Il y a effec­ti­ve­ment de la corrup­tion, parfois des dispa­ri­tions de jour­na­listes, syndi­ca­listes et défen­seurs des droits humains, les castes ne sont pas encore élimi­nées, les droits de la femme sont bafoués et des personnes sont tuées à chaque grande élection.

« Mais n’est-ce pas le cas dans les autres pays de la région, et dans presque tous les pays pauvres ? », demandent parfois les Indiens, irri­tés que l’on parle si souvent de leur pays en termes néga­tifs. Il est vrai que la liberté d’expression est peu présente au Pakis­tan, que Népal et Sri Lanka demeurent confron­tés à la guerre civile tandis que rien n’incite à l’optimisme au Bangla­desh. Et si on compare aux autres pays de la région comme la Chine, la Birma­nie, le Bhou­tan ou encore l’Afghanistan, l’Inde n’a vrai­ment pas de quoi rougir de sa démo­cra­tie. Les ONG y foisonnent par milliers et le pays se déve­loppe… à la lenteur qu’impose la taille de sa population.

L’Inde est un pays de contrastes, où la richesse écœu­rante d’une mino­rité côtoie l’infinie pauvreté de très nombreux autres. Elle est un conti­nent à elle seule, où la guerre au Jammu-et-Cachemire semble aussi géogra­phi­que­ment loin­taine à un habi­tant du sud du Kerala que celle de Tchét­ché­nie à un Belge. Main­te­nir une rela­tive stabi­lité poli­tique dans une telle diver­sité humaine est un tour de force, et les gouver­ne­ments indiens l’ont tant bien que mal réussi depuis l’indépendance de 1947. Un meilleur respect des droits humains renfor­ce­rait encore leur crédit.

Une fois lu ce docu­ment, je suis allé véri­fier ailleurs pour être sûr que la personne qui avait écrit cet article n’était pas un anti démo­crate primaire ; et bien non, c’est bien la réalité.

Ce qui est d’ailleurs amusant, c’est de compa­rer ce texte sur l’Inde avec les rapports sur la Chine, émanant pour­tant de la même asso­cia­tion ; et l’on constate de suite qu’il y a deux poids, deux mesures, problème de finan­ce­ment sans doute.

Donc imagi­ner un renver­se­ment du pouvoir actuel, avec tous les drames humains que cela suppo­se­rait, une insta­bi­lité écono­mique qui perdu­re­rait plusieurs années et tout cela pour­quoi ? Pour que des personnes aillent mettre une fois tous les cinq ans un bout de papier dans une boite parce qu’on leurs a  fait croire que doré­na­vant ce seraient eux les maîtres du pays. Un bout de papier qui leur permet­trait d’écrire sur un bout de carton : « casse-toi pauvre con » à desti­na­tion de l’élu local, quel progrès fabu­leux. À croire que certains ne connaissent vrai­ment rien de la Chine pour croire que les Chinois attendent après cela pour éven­tuel­le­ment monter leur mécontentement.

Ne serait pas bien cher payer le droit de mettre au pouvoir quelques nantis pour en rempla­cer d’autres, peut être moins voyant ou plus pervers dans leur apparence ?

Il est évident que le système Chinois doit chan­ger pour s’adapter à un envi­ron­ne­ment poli­tique, écono­mique et cultu­rel diffé­rent mais surement pas au prix de milliers de morts d’une éven­tuelle nouvelle guerre civile dont ils sortent tout juste. Il est évident que la popu­la­tion doit être davan­tage liée aux déci­sions locales et natio­nales mais le système reste à inven­ter et s’inspirer du notre serait une grave erreur.

Bon anni­ver­saire à l’Inde qui fête son indé­pen­dance le 26 janvier car eux aussi ont connu les « avan­tages » du colo­nia­lisme démocratique .

Albié Alain
Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois.
Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes.
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