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Un marché du vin qui tourne de plus en plus au vinaigre

VinPlus 50, 100, 200 %, ces pour­cen­tages lorsqu’ils concernent une hausse ont la faculté de faire tour­ner bien des têtes quel que soit le domaine concerné. Pour faire rêver ou lais­ser croire en un danger immi­nent, cette volonté à ne montrer que des valeurs tron­quées et vides de sens n’a dans les deux cas qu’un but unique qui est la trom­pe­rie. Parce qu’elle est à la portée du plus idiot des rédac­teurs tout en étant marquante pour les lecteurs les plus influen­çables, cette méthode trom­peuse est commu­né­ment employée lorsqu’il s’agit de la Chine.

Qu’il s’agisse d’aspects sociaux, écono­miques ou autres, les pour­cen­tages se révèlent d’une féroce effi­ca­cité lorsqu’ils sont employés à des fins des plus parti­sanes. Il en est ainsi pour la crois­sance ou la Chine est souvent présen­tée comme une tempête empor­tant tout sur son passage. S’il est vrai que 1,7 % de crois­sance annuelle fran­çaise peut faire pâle figure à côté des 9,2 % chinois, cet écart est bien moindre si l’on a l’honnêteté de prendre en compte non pas le PIB d’une nation dont le nombre d’habitants est 20 fois supé­rieur, mais la part reve­nant statis­ti­que­ment à chaque habi­tant. Dans ce cas, la réalité affi­chée s’inverse avec 44 000 dollars par Fran­çais et 5500 par tête chinoise et il faudrait dès lors 25 ans avec un taux de crois­sance constant de 9 % pour que la Chine parvienne seule­ment à égaler le chiffre fran­çais. Pour résu­mer de manière encore plus simpliste, si j’ai 100 euros en poche et que je parviens à les faire fruc­ti­fier annuel­le­ment à hauteur de 10 %, je dispo­se­rai à la fin de l’année de 110 euros. Si mon voisin possède lui 1000 euros et ne parvient qu’à en tirer 3 % de plus-value, celle-ci sera tout de même supé­rieure à la mienne puisque de 30 euros.

Il en est  de même pour bien d’autres secteurs tels que la pollu­tion où en fin de compte un Chinois émet bien moins de CO² qu’un améri­cain ou qu’un fran­çais, mais dont ne sont présen­tés que des chiffres globaux sans réelle valeur, la pollu­tion étant loin de s’arrêter à une fron­tière. Si la majo­rité de ces présen­ta­tions étri­quées ont une fina­lité néga­tive à l’égard de la Chine d’autres le sont tout autant, mais cette fois dans le but de berner « l’autre camp ». Parmi ces secteurs très porteurs du mensonge orga­nisé celui du vin qui a encore jusqu’à il y a peu fait rêver bien des produc­teurs et négo­ciants, une partie d’entre eux n’étant toujours pas réveillés au moment où j’écris ces lignes.

Là encore, les 100 %, 150 % de hausse de consom­ma­tion fière­ment affi­chés ne peuvent que diffi­ci­le­ment cacher la faiblesse de ce secteur avec seule­ment 2 litres de vin par an et par Chinois alors que la France en consomme 50 litres. Lorsque l’on sait que le marché du vin en Chine est à 90 % local et que la part fran­çaise ne repré­sente que 20 % de ces 10 % restants, on se s’aperçoit dès lors que ce qui est présenté comme un Eldo­rado ne l’est que pour quelques stagiaires du marke­ting tentant de se faire eux une place. À l’image de cette société de vin fran­çais ayant tenu à rester anonyme, ce qui se comprend fort bien en se retrou­vant avec une facture impayée de 10 millions d’euros. Si cela peut conso­ler cette entre­prise, qu’elle se rassure en sachant qu’elle n’est pas la seule et que de nombreux masques sont appe­lés à tomber dans les mois qui viennent. Lorsque l’on sait en effet qu’en dehors des vins expor­tés à des prix tour­nant aux alen­tours de 1 euro, la plupart des autres attendent le client dans de superbes maga­sins à la solva­bi­lité malgré tout douteuse et de nombreux KTV’s tout aussi étin­ce­lants, les désillu­sions devraient deve­nir le fait marquant de cette année et de celles à venir.

Pour de nombreux Chinois s’étant un temps inté­res­sés au vin, cet engoue­ment a été à l’image de l’immobilier et de bien d’autres secteurs, l’occasion d’une spécu­la­tion se révé­lant aujourd’hui moins rentable qu’elle n’y parais­sait. Les quelques grands crus élevés un temps au niveau de réfé­rence voyant leur prix chuter de près de moitié, ce mouve­ment ne peut que s’accélérer du simple fait qu’une partie des capi­taux inves­tis vont être progres­si­ve­ment dépla­cés vers des secteurs jugés plus rentables. Une telle demande arti­fi­ciel­le­ment entre­te­nue ne pouvait trou­ver à court terme qu’un épilogue logique et c’est à ce retour sur terre que nous allons assis­ter, l’atterrissage risquant d’être plus ou moins doulou­reux. Avec des milliers de « nouveaux faux riches » ou de « faux nouveaux riches » dispo­sant de caves pleines de vin dont ils ne savent plus quoi faire vu le peu de plus-value à espé­rer, se débar­ras­ser de ce stock devenu encom­brant devient une prio­rité. De la même manière que ces spécu­la­teurs on fait s’effondrer les marchés bour­siers en ache­tant à la hausse et en reven­dant à perte, en faisant l’acquisition de loge­ments déjà hors de prix, mais en espé­rant es revendre le double, le vin ne trouve plus aujourd’hui preneur et le poten­tiel rêvé se retrouve être un cauche­mar pour de nombreux impor­ta­teurs et exportateurs.

Parce qu’une hausse même de 500 %, mais sur une base inexis­tante donne un résul­tat nul, le marché du vin en chine n’en est qu’au début de ses désillu­sions. Est-ce la faute des consom­ma­teurs ? Sûre­ment pas si l’on accepte de comprendre que la consom­ma­tion d’alcool de riz en France demeu­rera pour long­temps anec­do­tique. Est-ce la faute des spécu­la­teurs ? Pas davan­tage car ils savent que ce jeu comporte une part de risque, celle-ci les inci­tant d’ailleurs à jouer. Les respon­sa­bi­li­tés sont à cher­cher du côté de ceux qui ont initié cette croyance quasi reli­gieuse lais­sant croire qu’en 10 ans la popu­la­tion allait chan­ger de manière radi­cale des habi­tudes cente­naires. Si poten­tiel il y a eu, celui-ci s’est toujours limité à quelques grandes villes et leur péri­phé­rie qui ne peut en aucun cas être repré­sen­ta­tif de l’ensemble du pays. Si quelques millions de Chinois ont investi un moment dans le vin, c’est non pas majo­ri­tai­re­ment par goût, mais par besoin de ressem­bler à ce que l’on n’est pas ou pour en reti­rer de rapides et impor­tants bénéfices.

En Chine tout ou presque étant spécu­la­tif, et le demeu­rera encore dans les décen­nies à venir, ce genre de mésa­ven­tures ne sera pas la dernière tant que des préten­tieux notoires juge­ront acces­soire la connais­sance en profon­deur d’un pays où les indi­gènes ont l’outrecuidance d’être diffé­rents de celui où ils sont nés. De la même manière que naître en France ne donne pas pour autant en héri­tage la connais­sance de ses vins, rési­der dans une méga­pole chinoise dont on connaît quatre rues après plusieurs années de présence, est loin de permettre d’analyser un pays des plus varié et complexe. Toute erreur appor­tant son aspect posi­tif, il ne reste plus qu’à espé­rer que la leçon sera tirée, au moins à 50 %.

Albié Alain
Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois.
Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes.
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