Travail, famil­le, patrie : du déjà vu et enten­du

manifDu fait des congés du Nouvel An, la Chine fonc­tion­ne au ralen­ti. En Fran­ce par contre, c’est la révo­lu­tion ou du moins un semblant de début de frémis­se­ment. Rien de grave toute­fois, les reven­di­ca­tions étant inti­me­ment liées aux prochains scru­tins élec­to­raux. Vu les résul­tats obte­nus par ce genre de clow­ne­ries lors de l’adoption de la loi concer­nant le « maria­ge pour tous », il y a fort à parier que les derniers amuse­ments en date auront un effet simi­lai­re.

Hier, il s’agissait de hurler, non crier ou plus exac­te­ment chucho­ter sa colè­re contre la théo­rie du genre. Pour le reste, tout va visi­ble­ment bien, les syndi­cats ne défi­lant plus que le 1er mai et en ordre disper­sé malgré le faible taux d’adhésion. Si les intel­lec­tuels sont tradi­tion­nel­le­ment de gauche, les Fran­çais atta­chés aux valeurs fami­lia­les sont géné­ra­le­ment posi­tion­nés à droi­te et souvent à celle de leur Dieu. Pour résu­mer, la gauche réflé­chit alors que la droi­te est obsé­dée par des aspects bien plus basi­ques.

En Chine, le problè­me ne se pose pas du fait qu’il n’existe ni droi­te, ni gauche. Malgré une socié­té en plein chan­ge­ment, les valeurs fami­lia­les conser­vent une place prépon­dé­ran­te. Piliers de la cultu­re chinoi­se, les liens fami­liaux sont en même temps un gage de stabi­li­té pour le pouvoir poli­ti­que. En Chine comme ailleurs, la socié­té de consom­ma­tion n’est pas un nid idéal pour les valeurs fami­lia­les. C’est sans doute à ce titre que le gouver­ne­ment chinois a promul­gué un texte impo­sant aux enfants un mini­mum de rela­tions avec leurs parents.

L’homosexualité, les problè­mes finan­ciers ou les inéga­li­tés socia­les sont des réali­tés de longue date dans la socié­té chinoi­se. La diffé­ren­ce avec la Fran­ce est que les auto­ri­tés limi­tent leur enca­dre­ment aux attri­bu­tions qui sont celles habi­tuel­les d’un gouver­ne­ment. Plus ques­tion ici d’inventer un monde forgé par une vague idéo­lo­gie, les Chinois ont déjà donné. Dans un systè­me repo­sant sur l’économie privée et une liber­té de l’individu comme celui dont se prévaut la Fran­ce, les trop fréquen­tes inter­ven­tions du pouvoir poli­ti­que dans des domai­nes qui ne sont pas les siens finis­sent par lui donner des allu­res de dicta­tu­res.

Alors que rien n’imposait la loi sur le maria­ge des homo­sexuels, hypo­cri­te­ment et sans coura­ge nommé maria­ge pour tous, puisqu’il suffi­sait d’améliorer les textes exis­tants, le gouver­ne­ment a déci­dé de choquer pour paraî­tre. Ces faux-semblants d’avant-gardisme étant dictés par des consi­dé­ra­tions essen­tiel­le­ment élec­to­ra­lis­tes, il est logi­que qu’il trou­ve face à lui certains mouve­ments proches de la droi­te. Droi­te, gauche et par consé­quent retour à la case départ sans la moin­dre avan­cée socia­le.

En servant de prétex­te à un profond malai­se de la socié­té fran­çai­se, les derniè­res mani­fes­ta­tions ne sont que le reflet de ce mal-vivre n’ayant qu’un très loin rapport avec les valeurs fami­lia­les. Celles-ci étant les plus privées qu’il soit, la rue ne peut être le lieu idéal pour les expri­mer. Elles sont par natu­re discrè­tes et sincè­res, ce qui contras­te avec le folk­lo­re étalé lors de ces premiers meetings poli­ti­ques.