Témoignage : Migrant, retour à la case départ.

guangxi4Le Guangxi étant une des régions à fournir historiquement de la main d’œuvre aux régions plus industrielles, j’ai voulu rencontrer une personne réellement concernée par le problème qu’est ce retour d’un certain nombre de migrants sur leurs terres natales pour cause de crise économique internationale.
Il m’a donc suffit de faire quelques kilomètres pour rencontrer Zhou et sa famille qui, avec sa femme et son fils âgé de 18 mois, sont restés à la maison familiale après les fêtes du nouvel an.
Les parents de Zhou sont agriculteurs et lui-même a travaillé la terre pendant des années avant de s’exiler vers le « riche » Guangdong et ses usines pour Occidentaux.

Pourquoi votre entreprise a-t-elle fermée ?
- Mon entreprise n’a pas fermée mais nous n’étions plus payés qu’une fois de temps en temps car nous n’avions plus beaucoup de commandes. Le patron nous a payé le voyage pour rentrer au lieu de nous donner une prime pour le nouvel an, j’ai compris que je ne devais pas revenir.

Que fabriquait votre entreprise ?
- On faisait des ustensiles de cuisine qui étaient exportés vers les États Unis mais aussi l’Europe.

Combien gagniez-vous par mois ?
- Avec mon épouse, on gagnait environ 2000 RMB par mois en étant logés par notre employeur et sur ce montant, j’en envoyais la moitié à mes parents.

En voulez vous à votre employeur ?
- Non, pas du tout car c’était un bon patron et il n’y est pour rien. Certains de mes amis n’ont pas été payés depuis 6 mois dans d’autres entreprises et un matin quand ils ont voulu aller travailler, le patron était parti en emportant tout ce qu’il avait pu. Beaucoup de patrons Hongkongais ou Taïwanais ont fait comme cela et pourtant, ils avaient reçus des aides financières du gouvernement.

Qu’attendez-vous de vos responsables locaux et de votre gouvernement ?
- Rien, car Pékin c’est loin et ils ont d’autres choses à penser quand aux responsables locaux, je ne me fais pas beaucoup d’illusions. On a reçu chacun 500 RMB pour les fêtes plus de l’huile et de la lessive mais c’était surtout une façon de montrer qu’ils s’occupaient de nous. Ce n’est pas leur travail de nous aider et c’est à nous de trouver une solution ; moins on demande et moins on doit être reconnaissants. J’ai un oncle qui à une fabrique de thé, il nous aide et en contrepartie je lui fais des travaux dans sa nouvelle maison.

Qu’allez-vous faire maintenant ?
guangxi2- Je vais rester ici car c’est ici que je suis né et c’est ici que je mourrais, c’est ici mon pays. Comme le gouvernement a changé la loi sur la location des terrains agricoles, je suis allé à la banque la semaine dernière ; je vais louer plus de terres et acheter du matériel pour mieux travailler. Avant, on ne pouvait pas vivre à plus d’une famille car on n’avait pas assez de surface. De plus, on n’avait le droit que de faire du riz et un peu de maïs pour les vaches, en louant d’autres terres et avec la nouvelle loi, je vais faire des fruits comme des fraises et des cacahuètes.



Ça rapporte davantage et j’ai le droit de les vendre moi-même sur les marchés.
- Ma femme va ouvrir un magasin de vêtements en ville car quand nous étions dans le Guangdong, nous avons rencontré beaucoup de gens qui travaillent dans des usines et nous pouvons avoir des vêtements pour pas cher.
- J’ai une carte qui me permet de ne pas payer les médicaments ou l’hôpital si ma femme ou moi avons un problème, elle est encore valable un an et d’ici là, les choses se seront arrangées .

Que vous a-t-on expliqué de la baisse des commandes dans votre ancienne usine ?
- Notre patron nous a dit que les pays Occidentaux n’avaient plus d’argent ce qui a surpris beaucoup d’entre nous car nous pensions que tout le monde était riche dans vos pays. En mars, nous avions envoyé 6 containers aux États-Unis, la société américaine ne les a jamais payés et cela a été le début des ennuis.

Certaines personnes prédisent des affrontements sociaux en raison de la hausse du chômage, est ce possible ?
- Ce n’est pas tellement le chômage qui risque de créer des problèmes car on sait bien que nos dirigeants n’y sont pour rien mais s’ils ne changent pas leur façon de se comporter et continuent à vivre comme si de rien n’était, ils risquent là qu’une partie de la population s’en prenne à eux ; il faudrait qu’ils se montrent plus discrets pendant un temps du moins.
- On se moque de ce qu’ils font et de la façon dont ils le font tant que nous pouvons vivre et envoyer nos enfants à l’école mais si l’on doit se serrer la ceinture, eux aussi.
- Ici, on n’a pas trop à se plaindre car on sait que l’on trouvera à manger mais j’ai des amis qui habitent en ville et eux sont très inquiets car il est difficile d’y trouver du travail.
- D’autres patrons Chinois qui avaient de bonnes relations avec les autorités ont fait envoyer la police car ils avaient peur que les ouvriers non payés pillent les usines. Il y a eu quelques bagarres mais rien de grave et puis c’était le nouvel an et beaucoup avaient plus envie de rentrer chez eux que de se battre.

Comment vos parents ont-ils pris le fait que vous reveniez ?
- Mes parents savent très bien que si on est parti c’est parce qu’il n’y avait pas assez de travail à la ferme mais ils savent aussi que la vie était difficile là bas, donc ils sont heureux que l’on se retrouve en famille ; en plus cela permet à ma femme et à moi de voir grandir notre enfant car c’est ma mère qui le gardait. Mes parents ont connu la faim et la misère, moi non alors on ne va pas se plaindre.
- Je retrouve mes amis et on fait des soirées avec beaucoup de bière, la plupart étaient eux aussi partis mais en fait, on se rend compte que l’on est mieux ici et en plus, on est chez nous.

En repartant, Zhou a tenu à me montrer le terrain où il allait faire construire sa maison :

- Pas cette année, mais en 2010 on va commencer les travaux avec des amis ; on mettra sans doute 2 ou 3 ans pour la terminer mais quand j’étais dans le Guangdong, je ne pensais pas le faire avant 10 ou 15 ans. Au fur et à mesure que j’aurai un peu d’argent, j’achèterai les matériaux ; j’ai le temps car mon fils et encore jeune et n’est pas encore prêt à se marier.

Bien entendu, ce témoignage ne peut à lui seul couvrir l’ensemble des cas qui peuvent se présenter mais ce qui est sûr, c’est qu’une majorité de Chinois réagissent et n’attendent rien ou pas grand-chose d’un système qui viendra les assister comme nous le connaissons chez nous. Bonne ou mauvaise chose, c’est à vous d’en décider mais la population est trop habituée à se débrouiller seule pour attendre quoi que ce soit des éventuelles promesses d’un état providence.

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La reprise totale ou partielle des articles est soumise à une autorisation. Article écrit par ALBIE Alain le : 2009-02-04 07:45:32 pour Reflets de Chine

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  3. La crise, une aubaine pour les migrants ? Selon une étude du gouvernement chinois, moins de 3% des migrants ayant perdu leur emploi en raison de la crise seraient encore au chômage. Le chiffre annoncé est sans doute assez loin de la réalité, mais il est certain qu’un grand nombre de ces personnes ont retrouvé un travail et très souvent en se le créant. Les contraintes fiscales et sociales étant nulles, il est en effet tout à fait aisé de créer son petit « business », ce qui rapporte parfois plus que les longues heures passées dans les usines du Guangdong. Le nombre des restaurants de rue a considérablement augmenté et est également apparue une nouvelle forme de commerce qui consiste en la vente de vêtements dans les rues dès la nuit tombée. L’horaire « tardif » et la complaisance des autorités a en effet favorisé une nouvelle forme de vente qui permet aux personnes privées d’emploi de retrouver un revenu permettant de subvenir aux besoins familiaux. Souvent propriétaires d’une voiture, achetée à l’époque où ils étaient salariés, un aller-retour à Guangzhou ne coûte pas cher et permet de s’approvisionner en piochant dans les stocks disponibles, utilisant les relations forgées lors de leur séjour dans les usines de la côte. S’il y a quelques mois la qualité des produits était assez basse, une partie des bénéfices réalisés est aujourd’hui utilisée pour investir dans des vêtements ou chaussures de bien meilleure qualité, ce qui les met en concurrence avec les commerçants sédentaires qui eux doivent s’acquitter des taxes et impôts. Cette pratique impensable en France, où une dénonciation pour travail clandestin est plus rapide que l’éclair, m’a tout de même interpellé et j’ai posé la question de cette concurrence sauvage à une amie, propriétaire d’un magasin d’habillement : -    Ce sont des jeunes qui sont d’ici, on les connait ; ils gagnent un peu d’argent pour vivre, je préfère ça plutôt qu’ils aillent faire du trafic d' extasie dans les KTV’s. -    Au début ils n’étaient pas nombreux, mais comme ça marche assez bien, ils sont maintenant dans presque toutes les rues. -    La clientèle à qui ils vendent n’est pas la nôtre, car ce sont majoritairement des jeunes qui achètent des produits dont beaucoup sont pour l’exportation. Ces marchands n’achètent parfois qu’une seule taille d’un modèle, ce que nous ne pouvons faire, car on doit en acheter plusieurs pour satisfaire nos clients. -    De plus, cela fait une animation dans les rues et au contraire nous apporte des clients. -    Et puis, je ne suis pas fonctionnaire aux services du commerce, ce que font les autres ne m’intéresse pas, d’autant plus que je n’ai subi aucune perte de chiffre d’affaires, au contraire. Avant qu’ils n’arrivent, on fermait à 19 h, car il n’y avait plus grand monde après cette heure ; on reste ouvert maintenant jusqu’à 23 h. et j’ai embauché une vendeuse supplémentaire qui ne vient que le soir. Ayant un ami aux services du commerce, je lui ai demandé sa position sur ces vendeurs « sauvages », il m’a tout d’abord dit avec un large sourire : -    Ahhh, je ne savais pas ; à cette heure-là, on ne travaille pas ! Puis, en étant plus sérieux : -    Bien sûr que nous sommes au courant, mais ce sont majoritairement des gens d’ici qui travaillaient dans le Guangdong ou à Shanghai, leurs usines ont fermé et ils sont rentrés chez eux. Leurs parents sont souvent des agriculteurs peu fortunés et l’argent qu’ils gagnent en vendant leur marchandise remplace souvent celui qu’ils envoyaient quand ils étaient salariés. -    Bien sûr, ils ne payent pas de taxes, mais ils aident leurs parents et ils consomment donc font vivre le commerce local. Même s’ils gagnent moins qu’avant, les frais sont aussi bien moindres et vivent souvent mieux que par le passé. J’ai un ami dont le fils vend des chaussures dans une des rues, il y a un mois son ancien employeur lui a proposé de revenir, car les commandes redémarraient, il a refusé. Sa femme vivait avec ses parents et il ne voyait son enfant que pour les congés du Nouvel An et quand sa femme venait le voir à Guangzhou. -    Il y en a même qui achètent des appartements neufs, ce qui contribue à l’essor de l’économie locale. -    On a eu il y a peu une réunion avec les responsables locaux et ils nous ont dit de laisser faire tant qu’il n’y avait pas de problèmes ou d’incidents avec les commerçants ; ceux-ci ne se plaignant pas pour l’instant, on n’a aucune raison d’intervenir. -    Le risque est qu’ils deviennent trop nombreux et comme ils gagneront moins, certains risquent de « s’énerver », surtout si des gens venus de l’extérieur viennent leur faire concurrence. On verra bien, pour l’instant c’est calme. Ce phénomène ayant dû se répéter un peu partout en Chine, il n’est donc guère étonnant que le chiffre de ces ex-chômeurs et ex-migrants soit à la baisse, même s’il n’atteint pas les 97 % annoncés. Il est vrai que les Chinois ont l’habitude de se débrouiller seuls, souvent par force, car l’état « providence » tel que nous le connaissons n’existe pas dans ce pays où les problèmes du voisin sont ses problèmes. Si ce « reclassement » professionnel peut sembler positif, il faut toutefois apporter une réserve, car si ces personnes travaillent effectivement, elles n’ont plus la couverture sociale que leur apportait leur ancien emploi ce qui les pousse à épargner allant à l’encontre de la volonté gouvernementale qui voudrait voir la population dépenser plus afin de soutenir l’économie intérieure. Donner une couverture sociale gratuite à ces personnes est impensable dans un pays ou bon nombre de commerçants déclarés n’ont pas les moyens de se payer une assurance santé et ceux-ci seraient pour le moins surpris de voir le gouvernement aider des « clandestins » plutôt que des « légaux », sans compter que cela pousserait de plus en plus de personnes à entre dans ce système parallèle de vente. Ce pays est ainsi fait qu’il donne parfois l’impression de régler ses problèmes au jour le jour, sans pour autant régler les problèmes de fond, laissé pour les générations futures.
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