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Servir le thé, un art autant qu’une tradition

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Il y a peu, un lecteur me demandait s’il existait en Chine une filière technique, formant de jeunes personnes aux divers métiers pratiqués dans ce pays. Si ces établissements scolaires existent comme dans tous les pays, un certain nombre d’entre eux accueillent des élèves en vue de les former à des activitéss bien plus spécifiques que cuisinier ou tourneur. Parmi ces activités propres à la Chine, tout ce qui a un lien avec le thé est enseigné au travers de sections dédiées inscrites dans la liste de certains lycées techniques.

La connaissance des thés, car il en existe des centaines, mais également la manière de le servir font en effet l’objet d’un apprentissage qui va durer deux ans, avant que les élèves ne trouvent un emploi dans un des nombreux établissements vendant ce breuvage. Qu’il s’agisse de grossistes ou de magasins de détail, il s’avère en effet important pour les clients d’avoir un interlocuteur apte à répondre à toutes les questions sur cette plante dont les variations en termes de goût, de forme et de provenance sont nombreuses, faisant de cette activité un véritable métier où il est de rigueur d’être professionnel.

Ces établissements scolaires vont donc tenter d’apprendre aux jeunes élèves les différentes facettes tant techniques que traditionnelles du thé, placé en Chine au rang de patrimoine national. Au cours des deux années de scolarité, les professeurs vont tenter d’inculquer à leurs étudiants ce qui fait que cette plante a une telle importance, appuyant sur la façon de la présenter, ce qui se révèle être assez complexe tant le cérémonial a dans ce cas une place prépondérante.

L’origine des élèves est majoritairement locale, les établissements techniques étant en Chine comme ailleurs peuplés de jeunes qui, sans être des échecs scolaires, se révèlent avoir du mal à poursuivre des études longues et de plus coûteuses. Par le passé exclusivement féminin, ce métier voit aujourd’hui la venue de quelques jeunes hommes, venus apprendre un métier qui bien que difficile, a un aspect valorisant face à une clientèle souvent relativement aisée.

Allié à un tronc commun composé d’un certain nombre de connaissances générales, les étudiants vont parfaire leur savoir sur les diverses origines du thé, la manière de les infuser, mais aussi ces gestes si particuliers faisant d’une simple dégustation une véritable danse où chaque geste est soigneusement calculé et dicté par une tradition ancestrale. Ce folklore, hérité de siècles de pratique, a en effet une place prédominante qui a pour but de rendre ce moment le plus agréable possible, et où chaque mouvement requiert une certaine élégance. Pas de place pour l’improvisation, et c’est pour cela que chaque élément constituant cette cérémonie doit être appris et longuement répété afin de parvenir à son but final qui peut paraître presque banal pour certains qui ne verront là que le fait de boire une simple tasse de thé.

Dans deux ans, revêtus d’un habit dans son esprit quelque peu semblable à celui d’un toréador, et où la différence est que le combat a lieu autour d’une table et non dans une arène, ces jeunes deviendront les représentants de la société qui les emploiera, affrontant des clients connaisseurs et à qui ils devront démontrer la supériorité de leurs produits vis-à-vis d’une rude concurrence. Ils devront savoir parler du thé comme d’une personne, comme le font les plus grands sommeliers quand il s’agit du vin, mettant en avant les qualités gustatives de cette boisson hissée au rang d’étendard dans le pays qui l’a découvert par un heureux hasard.

Une fois passé l’examen sanctionnant ces deux années de scolarité, ce sont les futurs employeurs qui viendront choisir les meilleurs élèves, les autres étant répartis dans des établissements de moindre importance. Si ce métier était par le passé un palliatif en attendant une meilleure occasion, il est devenu au fil du temps une spécialisation où les places dans ces sections spécialisées se font rares, la demande étant plus forte que les disponibilités. Si des boissons telles que le café font en Chine une percée remarquable, elles sont très loin de concurrencer le thé, ne serait-ce que pour la mis en scène gravitant autour de ce produit, et qui fait de lui un élément incontournable de ce pays.

Une Chine sans thé est à peu près aussi impensable que sans cité interdite ou autres lieux hautement touristiques, tant est intimement liée cette plante à une culture et un art de vivre. Si vous habitez en Chine, où si vous avez l’occasion d’y séjourner, vous aurez sans doute l’occasion de déguster un thé servi par une de ces personnes, pensez alors que la manière de vous présenter cette eau légèrement jaunie est le résultat de beaucoup de travail, et non le simple fait de verser un peu d’eau sur quelques feuilles.

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