Secré­tai­re géné­ral : passer en se faisant remar­quer

parachuteL’autonomie des districts et agglo­mé­ra­tions fait que chaque divi­sion admi­nis­tra­ti­ve est large­ment influen­cée par l’orientation de celui se trou­vant à sa tête. Bien que les gouver­ne­ments locaux possè­dent un rôle essen­tiel, le vrai patron est le secré­tai­re géné­ral nommé par les instan­ces poli­ti­ques régio­na­les. Après quel­ques années « d’études » au sein d’une école du parti, le diplô­mé est nommé dans une des divi­sions de la région.

Si la plupart des respon­sa­bles locaux font carriè­re dans un même lieu dont ils sont souvent origi­nai­res, il en est tout autre­ment des secré­tai­res géné­raux dont les affec­ta­tions chan­gent en fonc­tion des postes dispo­ni­bles, de leurs actions sur le terrain lors des affec­ta­tions précé­den­tes et bien sûr de leurs rela­tions. Obte­nir de bons résul­tats est ainsi un trem­plin vers une promo­tion, c’est-à-dire la nomi­na­tion à la tête d’un district plus impor­tant ou dans un servi­ce atta­ché direc­te­ment au gouver­ne­ment régio­nal. La multi­pli­ca­tion de conflits sociaux, des plain­tes répé­tées ou une mauvai­se appré­cia­tion de la part de leurs supé­rieurs et le secré­tai­re géné­ral se retrou­ve relé­gué à un niveau infé­rieur, voire limo­gé.

Ce systè­me conduit inévi­ta­ble­ment à un jeu de chai­ses musi­ca­les avec des orien­ta­tions variées malgré l’unicité de la ligne géné­ra­le. Depuis mon arri­vée dans ce villa­ge, ce ne sont pas moins de sept secré­tai­res géné­raux qui ont défi­lé avec une présen­ce ne dépas­sant que rare­ment un an. Certains d’entre eux ont été promus à un éche­lon supé­rieur, d’autres ont été rétro­gra­dés et certains ont pris une retrai­te « anti­ci­pée ».

Tel est le cas du secré­tai­re présent lors de mon arri­vée et qui s’est vu remer­cié pour de trop grands servi­ces rendus à lui-même. Son succes­seur a eu la lour­de tâche de faire avaler le ratta­che­ment de ce district à celui de Nanning. La raison majeu­re était le déve­lop­pe­ment de la zone indus­triel­le proche de la capi­ta­le de région, impor­tan­te sour­ce de recet­tes fisca­les. Faisant pleu­voir les subven­tions, le zélé secré­tai­re géné­ral a pu ainsi négo­cier cette fusion sans vagues. Aussi­tôt fait, aussi­tôt parti, le talen­tueux négo­cia­teur étant récu­pé­ré par le gouver­ne­ment régio­nal.

Le troi­siè­me avait sans doute suivi les mêmes cours que Bo Xilai. Gand amateur de restau­rants et de poupées chinoi­ses, il a remis en servi­ce le réseau de haut-parleurs instal­lé dans les rues afin que soient diffu­sés plusieurs heures par jour chants patrio­ti­ques et slogans commer­ciaux vantant les produits du PCC. Suppri­mées par l’ancien secré­tai­re en même temps que cet endoc­tri­ne­ment public, les bande­ro­les dignes de la Révo­lu­tion cultu­rel­le ont fait leur réap­pa­ri­tion. Après plusieurs plain­tes des habi­tants dont de nombreux commer­çants, ce Bo Xilai rural a été conduit vers la porte de sortie.

Concer­nant le quatriè­me, son passa­ge n’a été que peu remar­qué du fait qu’il n’était que rare­ment là. Sa spécia­li­té était les réunions rému­né­rées où il n’assistait pas toujours, mais pour lesquel­les il était géné­reu­se­ment grati­fié. Il a dispa­ru sans lais­ser de trace, mais sans pour cela être recher­ché du fait de son invi­si­bi­li­té chro­ni­que. C’est à cette époque qu’ont été vendus la majo­ri­té des terrains autre­fois proprié­té du district, ceci expli­quant peut-être cela.

Le cinquiè­me a sans aucun doute été le meilleur. Peu porté sur les arti­fi­ces et les discours gran­di­lo­quents, ce secré­tai­re géné­ral a été l’avant-garde de la nouvel­le vague qui semble se dessi­ner. Nette­ment plus au fait des divers aspects sociaux et finan­ciers que ses prédé­ces­seurs, le district a connu une nette évolu­tion. Trop bon pour cette peti­te enti­té admi­nis­tra­ti­ve, il a été propul­sé à un niveau supé­rieur. Le sixiè­me secré­tai­re géné­ral était déjà par sa person­ne une excep­tion puisqu’il s’agissait d’une femme, une premiè­re dans ce district. Très rapi­de­ment, elle a été surnom­mée « Mme Propre » par de nombreux habi­tants. Malgré une présen­ce se limi­tant à quel­ques mois, cette femme d’une quaran­tai­ne d’années a nettoyé le paysa­ge poli­ti­que local de quel­ques vieux démons hantant depuis des décen­nies les couloirs du gouver­ne­ment local. Omni­pré­sen­te sur le terrain, elle n’a jamais hési­té à venir calmer les esprits de quel­ques centai­nes de paysans mécon­tents des indem­ni­sa­tions allouées par son prédé­ces­seur. Un autre exem­ple de son effi­ca­ci­té est la réduc­tion du parc de voitu­res, celui-ci passant de 200 à 50 véhi­cu­les. Sans doute avait-elle été envoyée dans ce but, puis­que son travail accom­pli elle a été mutée dans un autre district où là aussi les déri­ves sont nombreu­ses.

Bien que le secré­tai­re géné­ral actuel n’exerce que depuis peu, son action semble promet­teu­se. Chan­ge­ment de cap asso­cié à la nouvel­le équi­pe natio­na­le ou vision person­nel­le, cet homme d’une tren­tai­ne d’années semble vouloir tour­ner partiel­le­ment le dos au « tout béton » à la mode depuis des décen­nies. C’est ainsi qu’un plan de restau­ra­tion des vieilles rues du villa­ge vient d’être lancé. Enfouis­se­ment des câbles élec­tri­ques et télé­pho­ni­ques, recons­truc­tion des arca­des pour les immeu­bles d’où elles ont dispa­ru depuis long­temps, unifi­ca­tion des ensei­gnes ornant les maga­sins sont les opéra­tions program­mées pour être termi­nées d’ici 12 mois. Projet déli­cat puis­que si ces arca­des ont été démo­lies à une époque, c’était pour faci­li­ter la circu­la­tion. Certai­nes de ces rues vont voir leur largeur rédui­te de plus d’un mètre, ce qui en fait ne sera pas un problè­me en étant réser­vées aux seuls piétons. Les travaux ont commen­cé depuis quel­ques semai­nes après les inévi­ta­bles réunions de commer­çants inquiets d’un tel boule­ver­se­ment.

Sans jouer les « Mada­me Soleil », il y a fort à parier que cet ambi­tieux secré­tai­re géné­ral lais­se­ra sa place au huitiè­me de la lignée après l’inauguration des nouveaux aména­ge­ments. Ce mouve­ment inces­sant est en fait celui d’un pays qui fluc­tue en fonc­tion des besoins. Bien que ce manque de stabi­li­té soit parfois diffi­ci­le à vivre pour les habi­tants, l’habitude des chan­ge­ments fait que ceux-ci sont assi­mi­lés sans grands problè­mes. Parce que le monde chan­ge en perma­nen­ce, la Chine tente de s’adapter à ces modi­fi­ca­tions. Peut-être serait-il bon pour certains diri­geants poli­ti­ques de s’inspirer de ce mode de fonc­tion­ne­ment en aban­don­nant l’idée d’imposer un systè­me figé depuis des décen­nies.