Retraites et santé, un des grands chantiers
Pour continuer dans le domaine des idées reçues, ou du moins largement diffusées, le fait que les Chinois n’ont pas de système de retraite et de santé. Si effectivement une partie importante de la population n’a pas ces avantages, laisser croire que toute la population est concernée par cette carence relève de la malhonnêteté intellectuelle.
Autre argument avancé, la pyramide des âges dont le vieillissement de la population fait craindre ou espérer suivant où l’on se place, à de futurs troubles sociaux. Or, nombreux sont les pays touchés par ce phénomène, mais dont étrangement il est bien moins question.
A Taiwan par exemple :
http://taiwanauj.nat.gov.tw/fp.asp?xItem=32529&ctNode=234
Ou encore en Inde :
Pour en revenir à la Chine, et sans idéologiser une situation complexe et contrastée, il est utile de préciser un certain nombre de points souvent délaissées.
Durant la période collectiviste, un système de retraite et de santé existait et couvrait les employés d’état, soit une bonne partie de la population. Dans les années 1980, les dénationalisations vont mettre fin progressivement à ces avantages, mais le système va permettre à ces anciens employés de continuer à verser à titre personnel le montant des cotisations aux compagnies d’assurances toujours régies par l’état. C’est ainsi que de nombreux Chinois ont continué de payer jusqu’à l’âge de la retraite qui varie suivant le sexe et le niveau d’emploi occupé :
50 ans pour les femmes ayant travaillé dans des secteurs peu qualifiés, 55 ans pour les femmes-cadres ou occupant des postes à responsabilités.
55 ans pour les hommes ayant travaillé dans des secteurs peu qualifiés, 60 ans pour les hommes-cadres ou occupant des postes à responsabilités.
En dehors du cas de ces personnes « dénationalisées », il reste bon nombre d’entreprises dans le secteur public, dont les employés sont protégés par ce principe, et n’ont donc pas trop à se soucier de ce problème, qui toutefois existe bel et bien dans d’autres secteurs. Le premier d’entre eux est l’agriculture où une grande majorité de paysans n’ont aucune couverture sociale. Ce défaut de couverture étant une des raisons principales de l’épargne, où l’on met un maximum « de côté » afin de parer à tout accident de la vie, le gouvernement tente de prendre des mesures afin d’assurer un minimum social à cette classe sociale, avec pour but secondaire d’espérer que les agriculteurs libérés de cette contrainte d’économie injecteront ensuite une bonne part de cette épargne dans la consommation intérieure. Ces diverses mesures, bien que décidées il y a déjà quelque temps, se heurtent à des problèmes de financement, une fois de plus liées au trop grand nombre de ces agriculteurs et commencent tout juste à s’esquisser. Une parenthèse au passage pour les adeptes de la comparaison facile :
Bien que n’étant pas d’un âge canonique, j’ai très bien connu les problèmes rencontrés par des paysans âgés en France avec une retraite misérable, et qui de ce fait devaient rester avec leurs enfants, assurant un certain nombre de tâches agricoles jusqu’à leur mort.
Viennent ensuite les employés du secteur privé et particulièrement ceux travaillant dans les millions de petits commerces au travers du pays. Là, cotiser à diverses caisses est possible, mais non obligatoire, ce qui a pour effet, en liaison avec le bas niveau des rémunérations, que de nombreuses personnes n’ont aucune couverture sociale, préférant là aussi épargner quelques milliers de RMB par an plutôt que de les verser à une compagnie d’assurances. Le problème à régler dans ce cas s’avère donc être le montant des salaires et l’obligation de souscrire à ces assurances. Si cette décision peut être facilement mise en œuvre en termes de textes législatifs, reste à créer toute la structure de recouvrement de ces cotisations et de convaincre la population de son utilité, ce qui est loin d’être gagné tant la solidarité familiale ou entre amis est encore omniprésente en cas de coup dur. Un autre problème auquel se heurte les autorités, et que la mise en place d’un tel système obligatoire se doit d’être instantané et général, car dans le cas contraire certains commerçants se retrouveraient non compétitifs face à des concurrents n’appliquant pas ces directives ou, défavoriseraient certains en raison de l’inflation induite sans augmentation de salaire.
Or, dans la réalité, il s’avère bien difficile d’appliquer très rapidement une telle mesure à un pays de cette ampleur, tant sur le plan de la surface que de la démographie. C’est donc région par région que ce système se met lentement en place, comme ici dans le Guangxi où les agriculteurs perçoivent un salaire minimum, et où le gouvernement régional assure une couverture sociale à ses paysans les plus modestes. Les populations les plus âgées des zones urbaines rurales sont également recensées, et les plus modestes se voient donnés une assurance santé couvrant tant l’hospitalisation qu’un quota d’achat de médicaments, et ce, en fonction de leurs revenus et de l’aide effective que peut leur apporter leur famille.
Il ressort de tout cela que, comme dans le cas des constructions immobilières, ce pays est un immense chantier, mais cette fois sur le plan social. Même si le paysage n’est pas aussi noir que le décrivent certains, il reste encore beaucoup à faire dans ce domaine du social et des assurances, mais cela ne peut se faire en quelques années, ayant mis nous-mêmes des siècles avant d’arriver au système discutable et discuté dont nous bénéficions. Ce système idéal reste pour la Chine à inventer, se devant d’être adapté aux spécificités de ce pays, tout en étant imposé, mais réfléchi.
