Le monde vu de Chine

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Religions ou dictatures : un immense théâtre de marionnettes


vivreIl y a quelques jours l’agence Xinhua publiait un article annonçant que tous les monastères de Lhassa étaient dorénavant couverts par la radio et la télévision. On devrait donc bientôt lire dans quelques médias « libres et indépendants » que le bouton marche/arrêt des téléviseurs a été démonté par les autorités, ce qui oblige les malheureux moines à ne regarder que les seules émissions diffusées par CCTV1.

Il y a quelques semaines, c’était la sédentarisation de nombreux nomades qui était au centre d’un débat, là encore du fait de l’omniprésence du pouvoir mettant des constructions décentes à disposition d’une partie de cette population. Ce qui est d’ailleurs amusant, c’est qu’en France une mesure proche, puisque visant à sédentariser les « gens du voyage », est accueillie par de nombreuses critiques, mais cette fois pour des raisons inverses. Ce sont en effet les avantages procurés à ces nomades qui posent problème auprès d’une population locale ne désirant pas vivre à proximité de ceux qui étaient autrefois nommés « des voleurs de poules ». Sédentariser certaines populations n’est donc pas une exclusivité chinoise, surtout lorsque l’on se souvient comment l’Afrique noire a été découpée en petites parcelles géométriquement dessinées pour l’intérêt de quelques nations colonisatrices.

Que ce soit au Tibet, au Xinjiang et ailleurs dans le monde, le pouvoir religieux a toujours vu d’un mauvais œil les progrès permettant un meilleur confort de vie. Dans bien des cas une telle évolution est synonyme d’ouverture des esprits et donc d’une érosion de leurs puissances. Durant des siècles, les religieux ont été les seuls détenteurs du savoir qu’ils arrangeaient au besoin à leur convenance, les moines-copistes étant les précurseurs de ce qui plus tard se nommerait photocopieur. Ce pouvoir, qui n’aurait jamais dû être chargé d’autre chose que sa mission première, a de fait toujours survécu grâce à l’ignorance des peuples. Jouant sur les grandes épidémies qui ravageaient régulièrement de nombreuses nations, les VRP de la religion expliquaient qu’il s’agissait là d’un signe de la colère divine contre les hommes ou de quelques diables aux pieds fourchus. De la même manière que les anges vivaient sur les nuages jusqu’au lancement du premier Spoutnik, Dieu avait fait l’homme à son image avant qu’il n’ait été enfin compris qu’il s’agissait de l’inverse.

Ce culte d’une divinité des plus virtuelles a été remplacé dans certains pays par celui d’une présence bien plus physique. Tout aussi forcé dans les deux cas, l’avantage de ce qui a pour nom dictature est de pouvoir être plus ou moins éphémère, ce qui n’est hélas que rarement le cas dans l’autre forme. Si une dictature peut se voir renversée, il n’en est pas de même pour une religion puisqu’ancrée dans un monde virtuel et donc sans racines. Il en est ainsi en France où la monarchie a duré des siècles avant que sa façade ne soit ravalée et enduite de « peinture démocratique » alors que le christianisme perdure lui depuis plus de 2000 ans sans avoir recours au moindre de ces artifices.

Il est par conséquent normal que certaines religions, et surtout leurs revendeurs, s’inquiètent de voir le moindre changement dans cet environnement figé qui est le leur. Le moindre progrès étant une source de risques pour leurs bien trop nombreuses prérogatives tant psychiques que matérielles, il est vital pour eux de tenter d’en exclure le plus grand nombre possible de leurs fidèles.

Si une petite fille agenouillée en priant devant sa « Barbie » est perçue comme étant atteinte d’un trouble psychologique, adorer une statue en plâtre est autant un signe de déséquilibre mental. La seule différence est qu’en étant dicté par des personnes d’âge adulte il prend une autre valeur, surtout si y est ajoutée une mise en scène des plus hollywoodienne. Ce folklore politique conçu autour des religions, on le retrouve également dans les dictatures à visage humain, preuve que les deux systèmes ne sont pas si éloignés et explique pourquoi ils ont tendance à se combattre. Dans les deux cas il s’agit en effet de faire croire l’incroyable, ce qui impose que les enseignants religieux ou politiques soient le plus persuasifs possible. Les épurations Hitlériennes, Staliniennes ou Maoïstes trouvent dans le camp opposé de très nombreuses guerres ayant eu elles aussi pour objectif de faire taire les voix discordantes.

Dans tous les cas, le but inavoué est une annihilation de l’être humain en tant qu’individu au nom d’un collectif plus ou moins virtuel, mais dont les ficelles sont toujours actionnées depuis un sommet. Si Pinocchio est passé du statut de marionnette mécanique à celui fait de chair, une de ses premières actions d’être vivant a été de mentir. Sans doute en grandissant est-il devenu prêtre ou dirigeant politique en tenant dans ses mains de multiples fils avec lesquels il actionne des milliards de pantins ne rêvant même plus à devenir autre chose que ce qu’ils sont.

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Albié Alain

Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois. Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes. La publication d'extraits de cet article est autorisée sous réserve qu'un lien renvoie vers l'original.