Le monde vu de Chine

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Rapports entre l’Europe et la Chine de 1580 à 1860 (Par J-C Martin)


Religion

Les relations commerciales entre l’Europe et la Chine ne datent pas d’hier.  Ce sont ces éléments historiques des années 1580-1860 qu’a étudié Jean Claude Martin. Il nous livre ici la synthèse de ses recherches, mettant ainsi en lumière certains aspects plus ou moins connus de ce qu’ont été les échanges commerciaux entre l’Europe et la Chine à une époque où le marché chinois était déjà promis à un bel avenir. Parmi ces marchandises exportées, le vin constituait en effet déjà à l’époque un “fort potentiel” pour la France, comme quoi l’histoire n’est qu’un perpétuel recommencement.

Une série d’articles à destination de tous, mais que devraient lire ceux qui pensent que leur génération a tout inventé, tout pensé,  et qui arrivent en Chine en conquérants parfois prétentieux. Tous mes remerciements à Monsieur Martin qui en tant que lecteur régulier de reflets de Chine m’a autorisé à publier ses écrits.

(Pour des raisons de lisibilité ce texte a été réparti sur plusieurs articles.)

L’auteur :

Jean-Claude Martin est Ingénieur agronome et économiste statisticien au Ministère de l’Agriculture et à l’Université de Toulouse, puis enseignant-chercheur à l’Agro-INRA Montpellier. Spécialisé en économie viticole, il publie dans les principales revues françaises viti-vinicoles et dans de nombreux ouvrages collectifs. Son intérêt pour l’histoire le conduit à introduire cette dimension dans ses écrits et à développer une réflexion personnelle sur la mondialisation. Son dernier livre Les Hommes de Science – La vigne et le vin – De l’Antiquité au XIXe siècle décrypte l’engagement des savants européens et français pour construire la suprématie de l’Europe sur cette boisson mondialisée ; il reçoit le Prix de l’Académie des Sciences de Bordeaux, en 2009.

Actuellement à la retraite, à Montpellier, il se consacre à l’étude des relations historiques avec la Chine, pour tenter de mieux apprécier les évolutions socio-économiques actuelles, ayant souvent en référence les remarquables écrits de Paul Valéry.   

 Jean-Claude MARTIN – Agro-Montpellier.

 Version : 27 octobre 2011

 Le grand malheur international, c’est que les races et les nations ne s’abordent en général que par leurs hommes les plus violents et les plus intéressés – des marchands, des soldats, des apôtres.

Paul Valéry, 1927.

 Le regard actuel de l’Occident sur la Chine est partagé entre une sourde crainte liée à sa puissance économique, à ses fonds souverains propices à un expansionnisme mondial mais aussi une admiration naïve sur cette métamorphose du communisme maoïste en capitalisme étatique. Pourtant, pendant cinq siècles, les Etats européens, marqués par un mercantilisme agressif, développent une stratégie de domination globale, tant religieuse qu’économique. La Chine est un vaste marché à conquérir, des ressources à détourner pour assurer la suprématie occidentale sur le monde.

Tel est le cadre des rapports historiques, pour lesquels Paul Valéry a su en discerner les acteurs.


 Introduction

Au XVIe siècle, l’expansionnisme européen se porte sur tous les continents grâce à la maitrise des techniques de navigation et à une remarquable organisation alors que la Chine n’a fait preuve d’une telle volonté tenace dans son histoire. Après l’Amérique et l’Afrique, l’Asie devient un champ de conquête. L’Inde et le sud-est asiatique passent sous tutelle des Anglais, des Portugais et des Espagnols. La Chine et le Japon offrent une plus grande résistance. La dimension démographique – plus du cinquième de la population mondiale – et l’immensité géographique posent un problème de taille à l’Europe en matière de stratégie. La voie militaire est, dans un premier temps, jugée quasiment impossible pour un affrontement direct., Quelques contacts se focalisent au sud, comme Macao et Hong-Kong, mais la première place est attribuée aux missions religieuses, Aussi, au milieu du XVIe siècle, la religion catholique est l’instrument de pénétration et de modification culturelles profondes. Toutefois, par leur intelligence et leur perspicacité, les Jésuites saisissent opportunément la voie des sciences, pour répondre aux attentes des Chinois désireux de s’ouvrir au savoir occidental en complément avec le leur, déjà riche en certains domaines. De plus, cette voie, de type soft-power, est fortement liée au pouvoir politique suprême, quelques empereurs, notamment K’ang-hi enclins à une forte curiosité scientifique, Cette liaison sciences-religion est attribuée à une élite ayant un bagage scientifique remarquable, les Jésuites en premier lieu.

Au XVIIIsiècle, les rapports changent de nature. L’Angleterre, première puissance maritime et industrielle, s’engage dans une stratégie de domination économique. Car la Chine est non seulement, potentiellement, un grand marché, mais elle dispose aussi de quelques productions de qualité recherchées et appréciées en Europe, tels que le thé, les soieries et porcelaines.

Deux produits sont au centre de ce dispositif :

1°) le transfert vers l’Inde des meilleures qualités de théiers chinois pour s’affranchir du monopole chinois et ainsi affaiblir financièrement la Chine,

2°) l’opium, en sens inverse, du Bengale essentiellement vers la Chine, en détournant une fonction curative traditionnelle de la pharmacopée chinoise vers celle de drogue insidieusement destructrice des esprits chinois et une source de profits élevés.

Dans les années 1840, le botaniste écossais, Robert Fortune, est chargé de créer une nouvelle filière de production en Inde, se substituant à celle de Chine. Mais l’Angleterre a recours à sa puissance militaire maritime pour établir un commerce lucratif économiquement et politiquement fondé sur une drogue, l’opium, en raison des résistances chinoises. Pays attaché à sa profondeur historiques, la Chine vit alors des rapports inter-civilisation profondément inégaux et violents pour la première fois et à jamais inscrits dans sa mémoire collective !

Quant à la France, militairement éliminée par l’Angleterre, avec peu d’ambition au-delà de la Cochinchine – l’Indochine – et des moyens logistiques limités, elle tente d’ouvrir, sans grand succès, un marché pour exporter ses vins en Chine. Déjà consommatrice de cette boisson à laquelle sont attachés tant les plaisirs populaires que l’inspiration poétique, la Chine perçoit une moindre agressivité des rapports.

 

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Jean-Claude Martin

Jean-Claude Martin est Ingénieur agronome et économiste statisticien au Ministère de l’Agriculture et à l’Université de Toulouse, puis enseignant-chercheur à l’Agro-INRA Montpellier. Spécialisé en économie viticole, il publie dans les principales revues françaises viti-vinicoles et dans de nombreux ouvrages collectifs. Son intérêt pour l’histoire le conduit à introduire cette dimension dans ses écrits et à développer une réflexion personnelle sur la mondialisation. Son dernier livre Les Hommes de Science – La vigne et le vin – De l’Antiquité au XIXe siècle décrypte l’engagement des savants européens et français pour construire la suprématie de l’Europe sur cette boisson mondialisée ; il reçoit le Prix de l’Académie des Sciences de Bordeaux, en 2009. Actuellement à la retraite, à Montpellier, il se consacre à l’étude des relations historiques avec la Chine, pour tenter de mieux apprécier les évolutions socio-économiques actuelles, ayant souvent en référence les remarquables écrits de Paul Valéry. Jean-Claude MARTIN – Agro-Montpellier.