|

Qui vole un œuf, vole un bœuf

Vigiles contrôlant les entrées des immeubles, grilles aux fenêtres et fermeture multipoint des portes, tels sont les éléments que de nombreux Chinois jugent indispensables à une vie en toute  quiétude. Si les agressions physiques sont en effet rare, il s’est développé depuis quelques années une petite délinquance dont de nombreux Chinois ont peur, non tellement pour eux, mais pour leurs biens.

De plus en plus de personnes étant propriétaires de leur logement de mieux en mieux équipé, les monte-en-l’air redoublent d’ingéniosité et de courage pour escalader plusieurs étages. De la simple barre d’acier servant de levier au matériel de désincarcération dernier cri, les cambrioleurs occasionnels ou plus professionnels sont de plus en plus nombreux, suivant ainsi l’évolution du niveau de vie des habitants. Lorsque le « casse » réussit la marchandise ou l’argent volé est utilisé en grande partie pour acheter de la drogue, les malfaiteurs étant majoritairement des jeunes à la recherche d’un peu d’argent pour s’offrir quelques grammes d’héroïne ou des comprimés d’extasie.

Si vous demandez à des Chinois ce qu’ils attendent le plus de leurs dirigeants, une des premières réponses s’avère être la sécurité, et cela bien avant une plus grande liberté de parole ou démocratisation du système. Si l’on se réfère à un pays comme la France, il semble que les aspirations soient les mêmes, cette demande arrivant couramment en tête du classement de nombreux sondages. La privatisation de l’économie, mais également des logements a donc pour effet de rendre les gens bien moins laxistes sur les biens personnels que lorsque ceux-ci étaient la propriété de l’État. Il faut dire à leur décharge que bien que le niveau de vie évolue sensiblement, l’achat d’un logement ou des biens personnels demande souvent beaucoup de privations, et qu’il est normal de vouloir les préserver.

Paradoxalement, les logements les plus protégés deviennent, en attirant l’attention par leurs protections, des cibles privilégiées, et certains en arrivent à supprimer certaines grilles pour justement ne pas trop montrer que l’intérieur recèle des choses intéressantes pour des personnes mal intentionnées. Avec l’augmentation du nombre de véhicules à 4 ou 2 roues, les voleurs ont également trouvé là une véritable mine d’or. Si les voitures restent encore relativement préservées, du moins dans les zones rurales, les deux roues à moteur thermique ou électrique sont à présent truffés d’alarmes et de dispositifs anti-démarrage en tous genres afin de contrecarrer les « désirs d’emprunt ». Les motos électriques représentent la part la plus importante des vols de véhicule, du simple fait que n’étant pas immatriculée, leur revente peut se faire de manière bien plus aisée. Souvent volées par des jeunes venus de la campagne environnante, elles sont ensuite revendues à bas prix dans ce même milieu où elles vont être souvent désossées et les diverses parties issues de véhicules différents réassemblées afin de brouiller au mieux les pistes.

Les services de police ont dernièrement démantelé un réseau de revente de ces motos, et ont saisi dans le seul district d’Hengxian pas moins de 250 véhicules entièrement « relookés ». Le système était si bien rodé que les articles à vendre étaient impeccablement alignés dans un hangar et le prix était de chaque moto était signalé par un panonceau imprimé du plus bel effet. Si les instigateurs de ce réseau risquent plusieurs années de prison, la majorité des fournisseurs quand ils sont identifiés ne risque que quelques mois de privation de liberté, n’ayant fourni chacun qu’une ou deux motos.

Le plus difficile sera de rendre ces véhicules à leurs propriétaires, car reconstruits à partir de diverses origines, il s’avère impossible pour eux d’en justifier à leur tour la provenance, à moins que la police ne procède à une distribution officielle par tirage au sort, risquant de mécontenter plus d’un. Si ces véhicules ne sont pas immatriculés, ils ne sont également pas assurés et donc aucun dédommagement ne peut intervenir, soit une perte non négligeable d’environ 300 euros pour chaque propriétaire.

D’après les derniers renseignements obtenus, une vente aux enchères aura prochainement lieu, et le fruit de la vente devrait aller aux œuvres sociales, ce qui aura au moins pour effet de rendre service à la collectivité tout en honorant les généreux propriétaires de leur participation involontaire.

Tags: , , , , , , , , , , , , , ,

    blog comments powered by Disqus