Que reste t’il du communisme ?
À quelques semaines du soixantième anniversaire de l’arrivée au pouvoir du parti communiste chinois, j’ai voulu faire l’inventaire de ce qui restait de cette doctrine si décriée par certains.
Ce qu’il en reste, c’est avant tout une histoire sur laquelle s’appuient les dirigeants et des membres. Si l’on veut faire peur, on annonce le chiffre qui est environ de 85 millions ; cela impressionne le « passant » surtout si l’on se garde bien de préciser que cela ne représente qu’un peu plus de 6 % de la population. Si ce chiffre est en constante hausse, cela est bien plus lié au fait qu’en Chine, si vous voulez faire de la politique, la voix est unique et passe par le PCC qui est le seul à pouvoir présenter des listes aux élections. Il en est de même pour les places de fonctionnaires où cette appartenance reste toujours utile ou également si vous désirez obtenir quelques avantages, ce qui pousse un certain nombre de personnes à venir alimenter la masse des adhérents sans pour cela être de fervents partisans.
Le PCC est au pouvoir et le fait savoir, c’est le moins que l’on puisse dire avec de perpétuelles campagnes « publicitaires » visant à montrer à la population sa qualité de gestion et met régulièrement en avant un certain nombre de ses héros historiques ou contemporains. Il en est de même au niveau local où le nom du parti unique est régulièrement cité afin de ne pas tomber dans l’oubli. Tout cela donne une impression parfois désuète d’un système d’informations héritée d’une histoire ou il fallait convaincre à tout prix. Si la photo de Mao est omniprésente, l’emblème au marteau et à la faucille apparait également fréquemment, toujours pour des raisons de communication.
Malgré ces efforts de communication, les Chinois restent majoritairement indifférents à ces signes qui ressemblent parfois plus à un besoin d’autosatisfaction qu’à un réel désir de convaincre. Les Chinois vous diront que c’est le PCC qui gouverne, sans pour cela éprouver la moindre gêne, ni le moindre engouement fanatique.
Dans la vie quotidienne des Chinois, cette gouvernance est pratiquement invisible, cela depuis les années 90 où l’économie s’est développée, laissant à la population une plus grande autonomie. Un certain nombre de points comme la liberté de la presse ou la contestation de certaines actions gouvernementales, pourtant régulièrement associés à la Chine communiste, n’ont aucun rapport avec cette idéologie, car ces points existent également sous d’autres régimes parfois laïques, mais également religieux. Parti unique, mais non uniforme, les distensions pourtant nombreuses doivent se régler à l’intérieur du parti et non venir de l’extérieur ce qui fait penser à certains à un bloc dirigé par les plus hauts cadres alors que la vérité est toute autre.
Le PCC semble donc être une vitrine dans laquelle on expose de beaux objets, parfois issus de son histoire, mais également des résultats parfois indéniablement convaincants de sa gestion, se gardant bien d’exposer les objets douteux, ce qui n’a rien d’une exception communiste. Les Chinois ont souvent tendance à se détourner de cette exposition de réussites pour s’adonner à des tâches plus fonctionnelles alors que de nombreux Occidentaux utilisent à des fins parfois malhonnêtes ce nom de communiste qu’ils opposent à leur propre système, donc obligatoirement meilleur puisque le leur et qui est la démocratie.
Un changement de régime ravirait une majorité de Chinois autant que de savoir qu’il neige en Alaska, c’est-à-dire une indifférence la plus totale tant la population semble davantage attachée aux résultats qu’au nom donné au parti dirigeant.
Il a souvent été question de changer cette appellation, dont l’image négative est trop souvent utilisée par certains médias, mais cette idée a toujours été contestée, tant par les vieux membres du parti que par des plus jeunes, mettant en avant que ce serait désastreux pour sa légitimité historique sur laquelle ce régime est assis, et dans tous les cas ne toucherait qu’une infime partie de la population Chinoise qui n’a rien à faire du nom donné à telle ou telle entité .
Le parti communiste Chinois risque donc de rester tel quel pendant encore des années et peut fêter en toute quiétude ses soixante ans, les Chinois étant plus motivés par les cinq ou six jours de congé octroyés que par la raison elle-même de ces jours de repos.
