Navigation Menu

Mao — Deng Xiao­ping : bonnet jaune et jaune bonnet

sociétéPlus de trente ans après la mort de Mao, il est encore souvent ques­tion de ses erreurs dont les prin­ci­pales sont le « Grand Bond en avant » et la « Révo­lu­tion cultu­relle ». Si ces égare­ments sont réels et ont coûté la vie à des millions de Chinois, il est étran­ge­ment bien moins ques­tion de cette forme moder­ni­sée de « Grand Bond » qui dans les années 1960 devait amener la Chine au rang de puis­sance indus­trielle. Bien moins évoquée égale­ment la destruc­tion progres­sive d’une culture ances­trale, l’actuelle ressem­blant à tout et surtout à n’importe quoi au fur et à mesure qu’elle s’occidentalise.

La Chine semble en effet s’être spécia­li­sée dans un proces­sus visant à s’autodétruire de manière chro­nique à chaque fois qu’elle veut ressem­bler à ce qu’elle n’est pas. Si moins de Chinois meurent de faim, ceux qui avaient par le passé des reve­nus modestes ont stagné pour la plupart au même rang, ne faisant qu’enrichir une classe qui n’en avait pour­tant que peu besoin. De pauvres dans le Sichuan ou le Guangxi, ils sont des dizaines de millions à aller alimen­ter les chaînes de fabri­ca­tion des zones côtières, passant dès lors de pauvres à pauvres migrants, ce qui loin de repré­sen­ter une évolu­tion majeure.

Pour ceux mettant en avant une période encore tran­si­toire néces­saire aux réformes, plus de trente ans s’avèrent parti­cu­liè­re­ment longs pour des personnes vivant de promesses au même titre que leurs parents. De plus, rien n’annonce un chan­ge­ment quel­conque de poli­tique sociale, la Chine semblant s’installer dans ce système où la jungle reste maîtresse d’un envi­ron­ne­ment tout juste nettoyé par le passage de quelques BMW et Mercedes. Si plus de Chinois achètent, ce n’est pas tant par besoin, mais pour ressem­bler à ce qu’on leur présente comme modèle depuis 60 ans, soit un occi­dent qui commence pour­tant lui-même enfin à se poser des ques­tions sur son avenir. Si cet aligne­ment n’est plus celui dicté par un Grand Timo­nier, c’est son petit succes­seur qui en a tracé des lignes qui bien qu’en appa­rence nouvelles, ne sont qu’une conti­nuité dans le désir de ressemblance.

Passer d’une idéo­lo­gie collec­ti­viste à celle tota­le­ment débri­dée et sans contrôles d’un système n’osant s’avouer capi­ta­liste, telle a été l’initiative d’un Deng Xiao­ping préfé­rant vendre son peuple plutôt que de le conduire vers des solu­tions profi­tables à un plus grand nombre de ses concitoyens.

Si l’échec au niveau inté­rieur est indé­niable, l’image de la Chine à l’extérieur de ses fron­tières n’est guère plus brillante. D’ignorée lorsque ses habi­tants mour­raient de faim lors des restric­tions impo­sées lors des années 60, la Chine est aujourd’hui détes­tée par la majo­rité des opinions publiques mondiales qui voient là un danger pour leur équi­libre. La Chine accu­sée de tous les maux de la planète, Deng Xiao­ping a au moins réussi ce tour de force, ses « grands prin­cipes » écono­miques faisant de plus en plus l’unanimité contre un marché socia­liste de marché n’ayant de socia­liste que le nom. Jouant sur les deux tableaux en exploi­tant confor­ta­ble­ment la stabi­lité poli­tique de ce pays, certains finan­ciers occi­den­taux en critiquent toute­fois certains aspects alors qu’ils en sont un des socles sans qui la Chine ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui.

Il est vrai que le seul terme d’atelier du monde est déjà assez néga­tif pour mettre en lumière les visées d’un homme qui, aidé de ses parte­naires étran­gers ex-colonialistes, n’a jamais montré la moindre consi­dé­ra­tion pour son peuple. Il en est de même pour le « poten­tiel » repré­senté par quelques centaines de millions de Chinois recy­clés dans la classe sociale moyenne, ce qui sous-entend qu’ils sont deve­nus aptes à consom­mer ce qu’une main-d’œuvre sous-payée leur permet de s’offrir. Il s’agit sans doute là du progrès social annoncé, celui-ci se limi­tant à un tiers de la popu­la­tion dont se moquent les plus riches tout en étant la cible des plus modestes en raison de leur compor­te­ment parfois des plus abjects.

sociétéChinois ou non, on peut aisé­ment se lais­ser abuser par cette omni­pré­sence de paillettes lais­sant croire en un pays en pleine évolu­tion. Une fois obser­vée de près, la Chine se révèle de manière plus précise non pas en raison  d’un régime poli­tique parti­cu­lier, mais par la profon­deur du fossé creusé depuis les années 80 et dont la ligne a été tracée par Deng Xiao­ping. Pour­quoi le régime n’est-il pas en cause ? Pour la simple raison qu’il a voulu comme son peuple ressem­bler à ce qu’il n’était pas et ne sera jamais, c’est-à-dire basé sur une seule culture occi­den­tale qui serait univer­selle. Il y a certes les dissi­dents empri­son­nés, la liberté d’expression réduite et d’autres éléments qui sont là du ressort des diri­geants. Toute­fois, et de la même manière que les passants détournent les yeux devant une fillette écra­sée, c’est une grande partie des Chinois qui ne veulent pas voir le monde qui les entoure. Celui-ci leur convient avant tout parce qu’ils espèrent encore faire partie un jour de cette classe moyenne et même plus si leurs rela­tions plus ou moins corrom­pues le leur permettent.

Au milieu de ce tableau des plus noirs, la possi­bi­lité du peuple chinois à se sortir de cette spirale est des plus minces. Cette porte de sortie, les Chinois devront d’une part l’inventer sans se réfé­rer à quoi que ce soit, et avoir ensuite le courage de repar­tir sur une autre base de réflexion. Si cette volonté ne parvient pas à émer­ger dans les décen­nies qui viennent, le peuple chinois en tant que tel n’existera qu’au fin fond de quelques campagnes jugées arrié­rées par ces nouveaux faux aris­to­crates. Ce qui est par contre certain est qu’il sera diffi­cile de lui repro­cher ce manque de comba­ti­vité après des siècles d’errances plus ou moins diri­gées par des personnes à l’orgueil démesuré.

Pour conclure une chan­son, il parait que cela adou­cit les douleurs.

[hana-flv-player video=«http://www.refletsdechine.com/videos/lama.flv» width=«400» descrip­tion=»» player=«5» autoload=«true» autoplay=«false» loop=«false» autorewind=«true» /]

Albié Alain
Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois.
Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes.
La publication d'extraits de cet article est autorisée sous réserve qu'un lien renvoie vers l'original.