Lufeng : démo­cra­tie et métham­phé­ta­mi­ne

lufeng-uneLe district de Lufeng dans le Guang­dong est inter­na­tio­na­le­ment connu depuis 2011. Le villa­ge de Wukan, deve­nu célè­bre après les mani­fes­ta­tions paysan­nes, fait en effet partie de cette divi­sion admi­nis­tra­ti­ve. En réali­té, ce district est connu depuis bien plus long­temps et on peut même être surpris qu’aucun jour­na­lis­te occi­den­tal venu à l’occasion des affron­te­ments de Wukan n’ait fait part de la spécia­li­té de ce bout de Chine profon­de. D’un autre côté il est vrai qu’avec des œillè­res, la vue est limi­tée.

lufeng6Si Toulou­se est répu­té pour son cassou­let et Carpen­tras pour son nougat, Lufeng s’est forgé une soli­de noto­rié­té dans la fabri­ca­tion de la métham­phé­ta­mi­ne. Tenus par quel­ques famil­les d’origine paysan­ne, les labo­ra­toi­res sont concen­trés sur trois villa­ges avec pour tête de pont celui de Bomei. Pour­quoi les auto­ri­tés n’interviennent-elles pas ? Pour la même raison qui a mis « en colè­re » les paysans de Wukan : la corrup­tion. Dans ce cas, person­ne ou pas grand monde trou­ve à redi­re du fait que les béné­fi­ces de ces trafics sont plus équi­ta­ble­ment répar­tis.

À l’image de nombreux secteurs d’activités paral­lè­les ou crimi­nel­les long­temps négli­gés au nom de la paix socia­le, ces villa­ges impor­tants produc­teurs de « sucre cris­tal­li­sé » ont atti­ré les regards des auto­ri­tés chinoi­ses à partir de mars 2013. De là à penser que les mouve­ments d’humeur des paysans de Wukan y sont pour quel­que chose, il y a un pas que l’on peut éven­tuel­le­ment fran­chir.

lufeng9L’enquête qui dure depuis 5 mois a béné­fi­cié de moyens impor­tants comme des héli­co­ptè­res survo­lant les trois villa­ges afin de repé­rer les habi­ta­tions suspec­tes. Ce sont au total 18 gangs orga­ni­sés qui gèrent le systè­me avec à sa tête un jeune homme de 26 ans. Dans son cas, sa maison n’est pas diffi­ci­le à repé­rer en raison du luxe qui la carac­té­ri­se. Un des éléments ayant contri­bué au repé­ra­ge précis des labo­ra­toi­res est les photos prises par héli­co­ptè­re. Certai­nes habi­ta­tions sont en effet géné­reu­se­ment dotées de clima­ti­sa­tions, signes d’un besoin évident de refroi­dis­se­ment. 

lufeng7Dans la nuit du 29 décem­bre est lancée une opéra­tion mobi­li­sant plus de 3000 poli­ciers en armes. Il faut dire qu’en Chine les poli­ciers ne sont pas obli­gés d’attendre les premiè­res lueurs du matin pour frap­per à la porte des trafi­quants. Ils inter­vien­nent à n’importe quel­le heure et les portes ils les enfon­cent. Après quel­ques heures marquées par une forte agita­tion et de nombreux cris prove­nant des habi­ta­tions de ces paysans exploi­tés par le régi­me commu­nis­te, ce sont près de 200 person­nes qui sont arrê­tées. Parmi elles figu­rent les gestion­nai­res de ce trafic et son jeune chef. Les perqui­si­tions durent plusieurs jours et ce sont une dizai­ne de labo­ra­toi­res qui sont mis à jour.

lufeng11Situés en plein villa­ge, des hangars abri­tent pas moins de 23 tonnes de matiè­re premiè­re. Concer­nant les « produits » finis, ce sont trois tonnes de métham­phé­ta­mi­ne qui sont saisies ainsi que plusieurs dizai­nes de millions de yuans et un impor­tant stock d’armes. Ce villa­ge pour­rait d’ailleurs être renom­mé Bomei sur métham­phé­ta­mi­ne du fait de la dissé­mi­na­tion de cette drogue dans les endroits les plus inédits comme des puits ou des champs.

lufeng8En dehors des sourds et aveu­gles, les habi­tants des trois villa­ges étaient au courant des trafics, mais comme pour Dong­guan avec la pros­ti­tu­tion, en reti­raient de géné­reux béné­fi­ces. Pas ques­tion dès lors de deman­der un chan­ge­ment de respon­sa­bles poli­ti­ques locaux, ceux-ci étant parfai­te­ment inté­grés dans la répar­ti­tion des reve­nus.

Lors du premier procès tenu récem­ment, le chef de ce trafic a été condam­né à la peine capi­ta­le et plusieurs de ses compli­ces directs à des peines de prison à vie. Ils ont fait appel de la déci­sion et les paysans sont repar­tis travailler dans les champs.