Le monde vu de Chine

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Love Story, le premier film d’amour vu par une jeune Chinoise


www.vie-damourporno.comDanya est née dans la province du Henan à la fin de la période noire de la révolution culturelle. Arrivée en France il y a une dizaine d’années tout d’abord pour étudier, elle y travaille aujourd’hui. Danya est fière de dire qu’elle a participé à deux manifestations dont la première est celle de Tiananmen en 89, la seconde étant celle de 2008 qui avait pour objectif de relever la manière déplorable dont son pays d’origine était traité par la presse.

Si elle savait en partant de Chine que la presse locale était loin d’être impartiale et libre, elle pensait un peu naïvement sans doute que celle d’un pays comme la France était bien plus objective. Comme beaucoup, elle a dû alors accepter que la perfection n’existe sans doute nulle part. De lectrice gobant passivement les informations, elle préfère aujourd’hui se renseigner auprès de diverses sources avant de se forger une conviction.

Danya m’a fait parvenir le texte qui suit en me demandant si j’accepterais de le publier, ce que j’ai accepté de suite pour deux raisons majeures. Tout d’abord le contenu qui révèle une tranche de vie et ensuite le film dont il est question, celui-ci me rappelant ma jeunesse de plus en plus lointaine. Bonne lecture.

Alain Peyrefitte disait dans son livre « quand la Chine s’éveillera… » : Les deux mille ans de christianisme ne sont pas arrivés à faire que la société occidentale respecte les trois vœux fondamentaux : la chasteté, la pauvreté, l’obéissance. Les communistes chinois des années 70s y sont arrivés pour leurs 800 millions d’habitants.

Dans notre campagne, au début des années 80, nous vivions toujours d’une façon assez austère. L’amour, les sentiments, nous n’en parlions jamais. Malgré la fin de la Révolution culturelle, il n’y avait pas vraiment de livres ou de films qui parlaient d’histoire d’amour, du moins pour moi qui étais toute petite et je n’avais pas vraiment vu ce genre de lecture.

Je me souviens être tombé un jour sur un livre qui parlait des jeunes étudiants qui partaient à la campagne pour des rééducations. À la fin de ce livre, il racontait que les deux amoureux se retrouvaient en ville, qui ils se tenaient l’un et l’autre dans les bras. Je suis immédiatement devenue toute rouge en lisant ce passage, comme pour les jeunes d’aujourd’hui qui regarderaient des films pornos. Ceci dit, je ne suis pas sûr que les jeunes d’aujourd’hui rougissent en regardant les films pornos.

Mais les temps changeaient, nous étions de plus en plus ouverts vers l’étranger. Ce vent est enfin arrivé dans notre campagne. En 1982, on nous annonçait qu’on allait nous montrer un film américain : Love Story. Cela a jeté une pierre dans l’eau paisible de notre vie quotidienne, les gens sont excités, surtout les 18-25 ans, même ils essayaient de le cacher. Nous ne connaissions pas encore l’histoire, mais vu le nom, ce n’était certainement pas un film qui raconte des histoires de chameaux ou de moutons.

Le film devait être diffusé à la place centrale du village, en plein air, l’entrée était gratuite. D’habitude, quand l’équipe cantonale venait diffuser des films, les adultes se précipitaient pour trouver une bonne place. Curieusement, cette fois, ils ne bougeaient pas. Mais ils sont tous très gentils avec nous, les petits. Ils nous demandaient doucement, mais fermement d’aller prendre les meilleures places. Nous nous retrouvions à 3h l’après-midi pour un film qui devait commercer à 7h du soir.

Nous avions enfin commencé à voir ce Love Story. Nous avions été étonnés par les looks des personnages, leur façon de parler, de marcher, tout était amusant. Mais les deux jeunes gens étaient un peu… vous comprenez, ils se tenaient main dans la main, ils s’embrassaient en plein jour ! Ô, que c’était gênant ! Ô, que c’était excitant !

Les vieux du village étaient furieux, ils trouvaient ce film dégradant. Ils ont demandé aux techniciens d’arrêter tout de suite. Les jeunes protestaient, mais ce sont les vieux qui décident. Nous n’avions pas pu voir ce film en intégralité. 20 ans après, j’ai acheté un DVD, et j’ai pu enfin le voir tranquillement à la maison. Il faut noter qu’il n’y avait que dans notre village où, le film avait été arrêté. Les vieux des autres villages étaient plus ouverts que les nôtres.

Mais à l’époque, ce film a contribué à faire faire du sport aux jeunes le soir. Les gens s’amusaient à lancer des rumeurs. Ils disaient que tel ou tel village allait projeter ce film. Plusieurs fois, après le dîner, nous voyions les jeunes qui quittaient ensemble le village. Très tard dans la nuit, ils rentraient ensemble, en faisant beaucoup de bruit. Quand on leur demandait où ils étaient allés, ils ne répondaient pas. Longtemps après, ils avoueront qu’ils étaient partis pour voir « Love Story »

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Albié Alain

Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois. Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes. La publication d'extraits de cet article est autorisée sous réserve qu'un lien renvoie vers l'original.