Liberté d’expression, oui mais …
La Chine on le sait, est un pays où la liberté d’expression est pour le moins contrôlée, et est pour cette raison souvent critiquée par des pays où ce droit d’expression fait partie des acquis ornementant le slogan publicitaire qu’est devenu ce mot de démocratie.
L’avantage de la Chine en ce domaine est donc de savoir où l’on met les pieds, ce qui est loin d’être le cas de certaines officines se cachant derrière une noble façade de liberté d’expression. Ces épiceries médiatiques, en devenant le repère de quelques objecteurs de conscience, auto-étiquetés humanistes universels, déversent leur flot continu d’idées reçues et autres dépêches d’agences racoleuses ayant pour unique but de faire venir à eux badauds, mais également clients potentiels.
Les médias, ou journalistes traitant de la Chine, sont devenus au fil du temps des spécialistes de cette distillerie alambiquée, visant à extraire une information sur mesure destinée principalement à une opinion publique prête à boire n’importe quoi du moment que l’étiquette collée sur la bouteille est jolie. Bien que cette mode soit générale, je me bornerai à deux exemples où j’ai trainé mes guêtres quelques temps, un participatif, et un autre dit spécialisé sur la Chine.
Sur le premier, les rares articles traitant de la Chine sont dans le fil de ceux que vous trouvez sur les autres médias professionnels Français, mis à part que là, ils sont l’œuvre d’amateurs trouvant leurs sources sur les moteurs de recherche et autres sites dans lesquels les « auteurs » vont prélever quelques généralités d’usage afin d’en distiller une prose plus ou moins crédible qu’ils signeront, ce qui reste pour nombre d’auteurs la quintessence de la jouissance. Le but n’est pas en effet d’informer, mais de pratiquer une sorte de masturbation intellectuelle menant à une éjaculation engendrée tant par le plaisir d’être publié, que par les commentaires obligeants ou hostiles qui valorisent l’égo de l’auteur.
Tant que vous restez dans les limites de la bienséance intellectuelle fixées par la ligne du “bien pensant” et du “politiquement correct”, tout se passe bien et l’auteur recueille les fruits de son dur travail de recherche ayant provoqué l’échauffement des deux seuls neurones qui restent encore en état de fonctionnement. Si par malheur vous vous écartez de cette ligne jaune directrice, vous vous heurtez à ce moment là à la nuée de mouches qui savent trouver sur ce média la matière à se repaitre, et qui ont fait de ce support leur lieu de prédilection, ne le quittant que pour aller digérer et reposer quelques peu leurs paupières déjà rarement ouvertes.
Donner un autre éclairage de ce pays qu’est la Chine, surtout face à des personnes dont la seule connaissance du pays se limite aux reportages entrevues sur Arte ou TF1, et provenant bien souvent du second média en question, relève du combat, tant ce support est habité par des mono-neurones dont l’auto-classement dans la case humaniste, obédience bien-pensants, fait le bonheur d’une direction qui se délecte autant du trafic généré que du curage auquel est livré le malheureux auteur.
A de rares exceptions près, et bien que celles-ci soient souvent de qualité, il s’avère que tout débat est impossible, les nombreux commentaires tombant rapidement dans la fosse sceptique que les spécialistes du lieu creusent eux-mêmes avec leurs dents. On finit par quitter cet endroit, heureux de s’être débarrassé de cette odeur tenace et nauséabonde, mêlant idées d’extrême-droite et de gauche caviardée bien-pensante.
Le deuxième média est quelque peu différent, bien que le but soit commun, c’est-à-dire sortir une information unique allant là également dans la ligne de ce que l’on veut lire, et surtout de ce qui se vend, ce site n’étant que la vitrine en ligne d’une société de production audiovisuelle fournissant en reportages certains médias français. Là, les auteurs sont des journalistes, ou plus exactement ceux de l’AFP, plus quelques stagiaires ou pigistes, chapeautés par quelques « journaleux » de la rédaction.
Ici, on distille à la base en triant dans le flot de dépêches AFP celles qui feront réagir le plus de personnes possibles, personnes qui là également savent ce qu’elles vont trouver à coup sûr, s’y délectent en ingurgitant des tonnes de clichés, qui bien que parfois réels, sont très loin de donner une image honnête de ce qu’est ce pays. Ici aussi, les banalités sont d’usage et les commentaires se limitent généralement à l’approbation des quelques lignes recopiées, servant de détonateur à un long monologue parsemé de trolls, et occasionnellement d’une intervention de la part d’une personne s’y étant égaré, et ne connaissant pas la ligne de conduite à observer. Comme pour le premier média, ce lieu est en effet l’antre privilégié de quelques badauds venus donner leur avis sur un accident dont ils n’ont même pas été les témoins, mais sur lequel ils vont se répandre en donnant un avis tiré de la dernière lecture des articles du Chinatown de Rue89.
Les dépêches étant avant tout triées pour faire plaisir, et se faire plaisir, il s’agit là également d’un genre d’autosatisfaction donnant tant un semblant de joie aux intervenants, en leur donnant un semblant d’existence, qu’aux responsables de cette vitrine qui peuvent mettre en avant leur savoir-faire en matière de désinformation. Sur ce média, existe un système proche de l’épuration ethnique, système pourtant largement critiqué sur d’autres sujets, et qui consiste à supprimer tout ou partie des commentaires n’allant pas dans le sens voulu, ou quand la ficelle est trop grosse, de faire intervenir des pseudos plus ou moins rattachés au sommet qui ne vous donneront finalement que l’envie de fuir à toutes jambes de cet endroit mal fréquenté.
Que retirer de tout cela ? Et bien, que si un pays comme l’Inde est rongé de l’intérieur par son système de castes, en matière d’information, le nôtre l’est par un système de boites où il est de bon ton de se réfugier en prenant soin de refermer le couvercle sur soi, ce qui a pour effet d’empêcher l’intrusion d’une personne qui pourrait tant priver l’occupant de la boite d’une partie de ses certitudes, que d’apporter un rayon de lumière dans ce paysage obscur. Ces boites, hermétiques au moindre débat d’idées ou de vision de la réalité, constituent un système idéal ayant pour objectif autant d’effrayer que de rassurer une opinion publique, qui de plus en plus en proie au doute, tente de rechercher une réelle information, ce qui n’est pas sans représenter un certain danger pour des classes dirigeantes alimentées depuis des décennies par ces mêmes croyances en un monde figé et dont ils sont seuls à connaître le fonctionnement. Si la liberté d’expression est de relater n’importe quoi ou ce que l’on a envie d’entendre, alors oui celle-ci existe bien, mais s’il s’agit d’avoir accès à des éléments autres que ceux imposés de manière plus ou moins subliminale, le chemin reste encore long et parsemé d’obstacles disposés sur ce parcours qui mène à une réelle connaissance du monde moderne.
Alain,
On m'a toujours appris qu'il y a parler et parler pour ne rien dire.
En d'autres mots, le néant ne remplit pas les vides.
Objecteur de conscience, n'est pas un métier, on peut le devenir simplement par réactivités aux excès, aux événements, aux injustices.
Il y aura toujours ce fameux schmilblick qu'il faudra faire avancer avec les moyens du bord vers plus de progrès et le bien commun. Plus naturels qu'artificiels ou inventés lors d'une nuit agitée d'un acteur.
Pas de gourou, chez moi. D'où qu'il vienne. Pas de fausse pudibonderie. Pas d'idolâtrie d'aucune sorte. En d'autres mots l'objection doit être constructive. L'humaniste est loin d'être une erreur quand il ne rêve.
Je l'ai dit en France "Les Droits de l'Homme" sont devenus des Droits de l'Ohm. Cette bonne vieille unité de résistance électrique entre deux points lorsque le potentiel entre deux points produit un courant.
C'est fou ce que la physique explique tellement bien les choses.
La Belgique est un pays de compromis, pragmatique. Mon dernier article vous en a montré quelques différences très caractéristiques.
Le paradis n'existe pas, ni sur Terre, ni ailleurs.
Comme vous dites, il faut en avoir vu des pays pour le remarquez.
Bonjour Guy,
j'avoue être plus que dubitatif en ce qui concerne l'universalité, sinon en la liant avec une certaine uniformisation obligatoirement nuisible à l'identité de chacun.
La liberté d'expression, oui sans restriction, mais la liberté donnée à n'importe qui de dire qu'il n'a rien à dire mais qu'il se doit de dire pour être à la mode des on m'a dit
Alain,
L'universalité de l'humanisme?
Voyons ce qu'en dit Wiki:
"« humanisme » toute pensée qui met au premier plan de ses préoccupations le développement des qualités essentielles de l'être humain. Une vaste catégorie de philosophies portant sur l'éthique affirme la dignité et la valeur de tous les individus, fondée sur la capacité de déterminer le bien et le mal par le recours à des qualités humaines universelles, en particulier la rationalité. L'humanisme implique un engagement à la recherche de la vérité et de la moralité par l'intermédiaire des moyens humains, en particulier les sciences, en solidarité avec l'humanité. En mettant l'accent sur la capacité d'auto-détermination, l'humanisme rejette la validité des justifications transcendantes, comme une dépendance à l'égard de la croyance sans raison, du surnaturel, ou de textes présentés comme d'origine divine. Les humanistes supportent une morale universelle fondée sur la communauté de la condition humaine. "
Je ne pouvais dire mieux. Merci Wiki.
Assez d'accord sur cette définition de l'humanisme, tant qu'il n'y a pas de notion d'universalité ; la raison est assez simple:
Avant de voyager, je pensais que tous les êtres humains réagissaient de la même façon face à une situation donnée, j'ai maintenant compris que cette thèse ne tenait pas la route.
Une petite question Guy, à laquelle je n'ai pas la réponse, sinon je ne la poserais pas:
Comment se fait il que, sans être d'accord sur tous les points, nous arrivions à débattre, certes en cercle restreint, alors que cela s'avère impossible sur des médias plus importants, et qui devraient donc apporter un éclairage bien plus ample ?
Je pense que ma question est liée avec l'article, et ce besoin de dire sans pour cela avoir les arguments voulus, qu'en pensez vous ?
Cher Alain,
1. Universalité ? Impossible. Le principe d'égalité des chances, même chose. Tous différents, avec des qualités et des tares. Je n'ai jamais constaté qu'un même diplôme donne les mêmes chances de réussite. Ce qui veut dire qu'il y aura des commandeurs et des commandés. Chacun avec un rôle à jouer.
2. Si j'ai "joué" le modérateur pendant un an chez AV, c'est que j'avais une certaine ouverture d'esprit et que je sens que demain, il faudra l'ouvrir encore plus avec plus de monde sur Terre et donc plus d'idées, plus d'idéologies.
Je suis un solitaire de naissance. Cela donne beaucoup de temps pour réfléchir.
Le titre de "Réflexions du miroir" sur mon site, n'est pas un hasard. Le pseudo, non plus.
J'aime débattre, c'est sûr, et j'avoue que je ne baisse pas pavillon sans avoir reconnu par A+B mon erreur. Une tête dure mais qui sait faire marche arrière avec élégance et sans remords.
Évidemment, on n'aime pas trop ce genre de personnage.
Cela me dit tout de même qu'il n'était pas trop mauvais et qu'il aurait pu rester en ligne plus longtemps que quelques heures.
Alain,
J'ai fait un test sur AV.
Comme mon article samedi, avait passé le mur du son de présence sur la page quotidienne. J'ai changé de titre, changé l'ordre de certains paragraphes et renvoyé.
Il est de nouveau en ligne.
http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/a-ch...
Si je comprends bien, le même article, mais ordonné différement a été publié deux fois ?
Exact. J'ai mis un petit commentaire pour l'annoncer.
Tel est pris qui croyait prendre….
Après mon message, ils ont supprimé l'article. L'honneur est sauf.
Vive AV
Puisque l'on parle de liberté d'expression, j'ai lu dans la semaine une autre interprétation de ce qui se passe avec Google. Je ne sais ce que cela vaut mais cela vaut d'être mentionné.
En décembre 2001, Google aurait subi une cyberattaque avec récupération des données sur des défenseurs chinois des droits de l'homme. Les ressorts techniques de l'attaque du nom de code Aurora dépasserait de loin le piratage habituel et s'accommoderait plus avec une ampleur orchestrée par un l'état chinois.
Comme quoi…
Cette version est possible, mais tiens une fois de plus de la rumeur non étayée, ce qui est dommage.
Il y a quelques semaines, un média en ligne annonçait que google.cn était bloqué en Chine, ce qui était faux du moins ici. J'ai envoyé les preuves que ce n'était au moins pas général:
rien à faire, la rumeur était lancée.
Ensuite donc, je suis toujours dubitatif sur ces "on dit "
Il demeure fort possible que le gouvernement chinois, comme les autres d'ailleurs, se livre à ce genre de pratiques, il n'y a qu'à voir les écoutes téléphoniques dans nos pays.