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Les mensonges de la délocalisation.

contentQue l’on reproche à la Chine certains de ses travers est une chose tout à fait normale, surtout depuis que ce pays est entré dans la cour des grandes nations. Quand l’OMC critique le protec­tion­nisme appli­qué sur certains secteurs écono­miques j’approuve tota­le­ment cette démarche, quand des personnes s’insurgent contre un certain nombre d’atteintes au droit d’expression ou à la défense de certaines causes justes, je sous­cris plei­ne­ment. Le fait d’habiter dans ce pays ne m’oblige nulle­ment à  caution­ner les dérives, mis à part une certaine réserve qui m’interdit de juger certaines situa­tions pour lesquelles je n’ai pas tous les éléments, que ceux-ci soient d’ordre poli­tique ou cultu­rel. Je ne vais par exemple pas criti­quer les Chinois parce qu’ils mangent avec des baguettes et que nous utili­sons une four­chette, consi­dé­rant que l’utilisation de cette dernière est bien plus pratique, cela pour la simple raison qu’il s’agit de la méthode que j’ai apprise. C’est pour­tant cette oppo­si­tion systé­ma­tique de deux systèmes ou de deux cultures qui four­nit la majo­rité des argu­ments aux nombreux détrac­teurs de l’Empire du Milieu.

Parce qu’une règle est appli­quée par un certain nombre de pays, celle-ci doit l’être par tous les pays, même si cela va à l’encontre des tradi­tions et de la culture que ces mêmes détrac­teurs disent parfois défendre au travers du droit de chaque peuple à dispo­ser de lui-même. Viennent ensuite les mensonges et autres colpor­tages de fausses nouvelles dont le seul but est de trou­ver une parade à un problème auquel ils n’ont pas de solu­tion, ou dont la cause est tout autre  de celle mise en avant.

Il en est ainsi de la désin­dus­tria­li­sa­tion de notre pays et de cette affa­bu­la­tion qui veut que la Chine soit à l’origine du marasme écono­mique actuel. Il me paraît donc inté­res­sant de nuan­cer cette thèse, quitte à aller à l’encontre de ce que certains médias et poli­tiques tentent de nous faire croire depuis des années.

Commen­çons par le plus simple qui est de regar­der les chiffres four­nis par l’Insee sur le commerce exté­rieur et ce défi­cit franco-chinois dont on parle si souvent, mais égale­ment celui avec les autres pays :

(en milliards d’euros — 2008)

Chine

Alle­magne

Belgique

Norvège

Russie

Japon

Irlande

Italie

Lybie

U.S

22,6

18,9

9,7

6,7

6,7

3,9

3,5

3,3

3

2,5

Il s’avère donc que le défi­cit commer­cial avec la Chine ne repré­sente que 30 % du total et que le seul défi­cit avec notre voisin alle­mand prend une part à hauteur de 23 %.

Vient ensuite le mons­trueux serpent des délo­ca­li­sa­tions que l’on sort à l’occasion des grands meetings poli­tiques et qui se révèle être bien plus un argu­ment de campagne élec­to­rale ou un paravent qui cache l’incompétence, qu’une réalité concrète.

La France est en effet depuis des décen­nies un pays dont l’activité est majo­ri­tai­re­ment tertiaire et non indus­trielle, le taux de ce secteur tertiaire avoi­si­nant  les 75 %, soit les ¾ de l’activité du pays.

Il s’avère donc faci­le­ment consta­table que la majo­rité des méde­cins, entre­prises de trans­port, fonc­tion­naires et autres demeurent d’origine fran­çaise et je n’ai pour ma part pas remar­qué des cohortes de patients venir se faire soigner à Pékin ou une personne allant faire répa­rer sa voiture dans un garage de Shan­ghai. Il en est de même pour le commerce qu’il soit de petite ou grande taille et je n’ai pas vu là non plus une ména­gère Fran­çaise aller faire ses courses sur le marché de Chong­qing ou de Guangzhou.

Il est toute­fois vrai que la fabri­ca­tion d’un bon nombre  de produits s’est concen­trée en Chine, mais un certain nombre de ceux-ci n’ont jamais été fabri­qués en France, ni même en Europe, comme les produits infor­ma­tiques ou autres appa­reils inté­grant de la haute tech­no­lo­gie. Il est compré­hen­sible que la vue d’une dizaine de produits estam­pillés « Made in china » est plus marquante que celle des mêmes produits qui vien­draient de plusieurs origines, mais il s’agit là d’un effet de masse qui ne change rien au problème.

Pour en reve­nir aux délo­ca­li­sa­tions, le chiffre le plus couram­ment pris en compte est de 350 000 emplois perdus  sur une période allant de 1996 à 2006, ce qui ne repré­sente qu’une faible part des 2.5 millions de chômeurs. Il faut égale­ment préci­ser que sur ce chiffre de 350 000, seuls 30 % repré­sentent  des emplois délo­ca­li­sés en Chine, les autres se répar­tis­sant sur d’autres desti­na­tions et dont la moitié ne sont pas clas­sés dans les pays à bas coût de main-d’œuvre.

À mettre égale­ment en avant, le fait que la baisse de prix de certains produits a permis de main­te­nir le pouvoir d’achat et donc la consom­ma­tion des ménages et qui a large­ment contri­bué à une péné­tra­tion impor­tante de l’informatique chez les parti­cu­liers, créant au passage un certain nombre d’emplois.

Il est rela­ti­ve­ment aisé de trou­ver les vrais chiffres qui prouvent que l’émergence de la Chine n’est pas respon­sable des maux dont on l’accable et il serait plus que temps de se tour­ner vers nos respon­sables poli­tiques de tous bords, c’est-à-dire de Fran­çois Mitter­rand décla­rant qu’il ne voulait pas faire de la France la Sili­con Valley de l’Europe et qui s’est déve­loppé en Irlande, au président actuel qui fait met en avant les problèmes d’immigration alors que ceux-ci sont une infime compo­sante des problèmes écono­miques, mais là égale­ment comme pour la Chine les plus voyants, donc faci­le­ment exploi­tables auprès d’une opinion publique plus ou moins manipulée.

On nous a donc menti, et l’on nous ment encore, avec pour seul objec­tif de cacher la totale incom­pé­tence de notre classe poli­tique qui est élu rappe­lons le pour gérer le pays et non pour placer famille et amis à des postes de choix leur assu­rant ainsi un avenir que leur seul talent ne leur permet­trait pas.

Que des pays émer­gents comme la Chine ne soient pas des clients à hauteur de leur possi­bi­lité est une chose, mais cela ne peut cacher ce problème franco-français qui est celui d’une classe poli­tique usée  et qui n’a comme seule issue que de  se faire élire sur la base de fausses promesses et de vrais mensonges, qui n’ont pour but que de cacher une totale mécon­nais­sance du monde moderne,  et qui en fin de compte se moque bien du peuple qu’il est censé représenté.

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Albié Alain
Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois.
Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes.
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