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Les ethnies, pas que du folklore.

miao Les peuples issus des minorités ethniques sont loin d’être les images folkloriques que les touristes voient aujourd’hui lors de leurs visites en Chine. Les récents incidents qui ont eu lieu entre deux familles du Hainan, dus à un conflit sur la propriété d’un terrain, ne font que souligner ce qu’est et ce qu’a toujours été le quotidien de ces peuples qui à l’origine ne pouvaient s’entendre, ne parlant pas la même langue.
Différence de culture, conflit d’intérêts, appartenance à des peuples d’origines différentes, tous les ingrédients sont présents pour qu’explose périodiquement ce genre d’incidents, même s’ils sont nettement moins fréquents que par le passé du fait d’une uniformisation de la vie, de la langue et l’obligation de se couler dans le moule national.
Le Guangxi a été pendant des siècles l’un des plus importants  théâtre de ces affrontements ethniques et il a fallu l’arrivée des Hans pour que se calment les velléités de chaque camp, du moins de façon apparente. Cette région était à la base la propriété de trois seigneurs dont aucun n’était originaire et qui préféraient rester dans leurs riches régions qu’étaient le Guangdong, le Yunnan et le Tonkin.

La pauvreté de cette contrée, mais également les affrontements incessants entre Zhuang et Yao ne poussaient pas les trois supposés protecteurs à venir s’opposer directement pour des terres qui ne leur rapportaient rien et avaient laissé à de petits chefs locaux le soin de régler les conflits et de récupérer le peu qu’ils pouvaient. Ces vassaux passeront donc leur temps à se faire la guerre, demandant ponctuellement de l’aide à leur seigneur quand le besoin s’en faisait sentir. À cette époque, il ne faisait pas bon se trouver seul sur une route de campagne, tant les bandits de grand chemin régnaient en maître et rançonnaient les voyageurs qui osaient s’aventurer dans cette région. Un général tonkinois du nom de « Ma »fut le premier à unifier cette région et à lui donner un calme relatif ; c’est la raison pour laquelle de nombreux temples ont été érigés en son nom et reste encore de nos jours le protecteur spirituel du Guangxi.

La venue de nombreuses ethnies originaires du centre de la Chine, et qui refusaient la sinisation des Hans, va bousculer cet équilibre précaire en s’installant dans le Guangxi où ces peuples pensaient trouver la protection du général. C’est à cette époque que les montagnes du nord de la région se peuplèrent des ethnies Miao qui y demeurent encore de nos jours, mais également d’autres peuples qui trouvèrent dans ces lieux quelques terres à cultiver. Toutefois trop nombreux, ces peuples devront également se disséminer dans toute la région où là, l’accueil de la part des autochtones fût plus mitigé, voyant dans la présence de ces ethnies un danger potentiel. Un certain nombre de ces expatriés durent donc à nouveau prendre la route et s’exiler plus au Sud vers des pays comme l’actuelle Thaïlande ou le Cambodge.


ma Le général Ma qui tenait avant tout à protéger son Tonkin natal d’une éventuelle annexion par les Hans, signa un traité où il leurs laissait l’administration de la région en contrepartie de sa tranquillité.
C’est à cette époque que le Guangxi connut une de ses rares périodes de calme et de prospérité, car les Hans apprirent par exemple aux Zhuangs comment faire annuellement deux récoltes de riz et ainsi améliorer leur niveau de vie. Mais, le climat chaud et humide de la région n’incita pas les Hans à s’installer définitivement dans cette région où de plus, certaines ethnies ne voyaient pas d’un bon œil cette présence qui les privait de leurs précédents privilèges. Ils laissèrent donc sur place un certain nombre de responsables et confièrent la région aux Zhuangs, avec qui ils avaient tissé de solides relations tant commerciales qu’amicales. Très rapidement, les yaos refusèrent cette suprématie imposée des Zhuangs et les conflits reprirent de plus belle. Appelés à la rescousse, les Hans financeront une armée composée majoritairement de Zhuangs dont ils feront assassiner les chefs une fois le conflit terminé. La suite ne sera qu’une longue série de conflits locaux où différentes ethnies s’affronteront de façon plus ou moins violente et où la seule unité se fera lors des différentes invasions de la part de pays étrangers. Cette histoire conflictuelle durera jusqu’à la proclamation de la République de Chine en 1912 et Mao, désirant se débarrasser de ce problème ethnique, donnera son statut d’autonomie à la région en 1958 alors qu’aucune des ethnies présentes ne la demandait. En donnant ce statut qui confère à la région une autonomie apparente, les dirigeants Chinois ont surtout privilégié leur tranquillité en reconnaissant la spécificité ethnique locale, sous-entendant que cette région tout en faisant partie de la Chine, dispose d’un statut particulier.

montagne Si aujourd’hui la région est calme, elle le doit à l’effort financier de l’état qui tend à démontrer que hors de cette aide, la région replongerait dans les conflits qui ont été le commun de ces peuples pendant des siècles. Cette vision des choses est loin d’être fausse tant la contestation d’une simple limite administrative peut très rapidement tourner à l’affrontement qui, même s’il n’est pas typiquement ethnique, n’est pas sans rappeler ce que fut l’histoire de cette région.
C’est ainsi qu’il y a cinq ans, des centaines de personnes se sont violemment affrontés, et cela pendant plusieurs jours, sur la simple propriété d’un bois que trois districts administratifs se disputaient. Si les villes sont peuplées de personnes issues de plusieurs régions, les campagnes restent ancrées dans les traditions et l’appartenance ethnique y est bien plus marquée, risquant à tout moment de générer des conflits que les autorités locales tentent de résoudre par la médiation mais également par des aides financières. Il est en effet évident que plus le train de vie évoluera, moins les conflits seront fréquents ; ceux-ci étant souvent plus provoqués par des causes économiques que par l’appartenance à telle ou telle ethnie minoritaire.

Si de l’extérieur certains reprochent aux autorités locales une trop grande présence dans les affaires locales, ils doivent savoir que ces interventions sont les garantes du calme et de la prospérité de cette région qui a par le passé bien trop souffert de ces désaccords qui ont pour naissance bien plus la pauvreté héritée du passé que l’origine ethnique de ces populations.



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