Le monde vu de Chine

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Les Chinois, la censure, le PCC et autres amusements


FrLa Chine n’est pas un pays comme les autres, tout d’abord culturellement où même dans sa région, ce pays s’avère totalement différent de ce que l’on peut trouver en Thaïlande, au Vietnam ou autres. Ces différences culturelles sont souvent dues à des origines ethniques différentes, ethnies qui si elles sont regroupées sous le même toit et la même nation, gardent leurs spécificités. Certains points sont toutefois communs comme un certain fatalisme hérité du taoïsme, faisant croire parfois à de la résignation face à certains évènements. En grande majorité, les Chinois « roulent » pour eux et le cercle familial proche, plus quelques vrais amis. Ils ne sont très généralement que peu ou pas intéressés par les affaires politiques et la marche du pays, du moins tant que les choses continuent de s’améliorer et que personne ne vient « leur marcher sur les pieds », dans le cas contraire, ils démarrent au quart de tour, et peuvent se révéler violent.

Différence ensuite politique, la Chine étant le seul grand pays au monde à être géré par un parti portant le nom de communiste. Dans les faits, le système collectiviste s’avère très peu apparent, du moins dans la vie quotidienne. Ce régime politique, qui a sur bien des points su se moderniser, semble étrangement archaïque sur d’autres points, semblant à tout moment avoir peur de perdre ses prérogatives. Si ce parti est unique, bien que d’autres satellites gravitent autour, les tensions internes sont omniprésentes entre vieux membres conservateurs de l’époque maoïste, et plus jeunes ayant souvent fait des études à l’étranger, et/ou plus ouverts aux réformes. Cet état de fait crée un des nombreux contrastes qui font ce pays, où la modernité s’oppose à une vision autoritaire de certaines décisions, liée il faut le préciser à une ambiance assez « bordélique », trait typique des Chinois, du moins en zones rurales, car moins polis par l’influence occidentale.

Un des principaux reproches faits de l’extérieur à la Chine est le manque de liberté d’expression  tant à titre personnel qu’au travers des médias. En fait en Chine, vous pouvez tout critiquer sauf les dirigeants qu’ils soient nationaux ou locaux, l’administration centrale étant censée faire le ménage dans le troupeau qui compterait des brebis galeuses ; dans la réalité ce ménage existe, mais en raison de l’ampleur de la tâche, se révèle peu apparent malgré les quelques milliers de condamnations et de mise à pied décidées par les tribunaux ou le parti. Les Chinois sont très au fait des phénomènes de corruption, mais ne pouvant l’éradiquer, en usent en fonction de leurs relations. Pour en revenir à la liberté d’expression des dissidents, celle-ci est considérée comme étant une atteinte à l’intégrité de la nation, et donc passible de lourdes peines de prison. Les journaux tant télévisés qu’écrits ne relatent que ce qu’ils savent pouvoir diffuser sans risques, avec toutefois un léger progrès depuis quelques années, mais encore trop peu visible. Dans les faits, les Chinois s’en moquent, ne manquant pas de critiquer certaines décisions lors de réunions familiales ou entre amis proches ; les jeunes eux sont beaucoup plus critiques, mais rentrent rapidement dans le rang une fois entré sur le marché du travail et de la consommation.

Un journal télévisé comme celui de CCTV1, qui est encore l’image typique d’un parti figé, est de moins en moins regardé, et bien peu de Chinois achètent « Le Quotidien du Peuple », dont certains disent même qu’il faudrait les payer pour qu’ils l’achètent. Pour donner une image comparative, je dirai qu’en Chine les médias ne critiquent pas le gouvernement, alors qu’en France ils font semblant.

Vient ensuite la censure sur Internet, objet de bien des débats en occident, alors que là également les Chinois s’en moquent totalement, bien que parfois agacés. Cette censure est un des traits typiques de ce système politique qui a bien du mal à communiquer avec les outils modernes, et qui par conséquent en a peur. Cette censure agit sur un certain nombre de sites jugés subversifs comme tout ce qui touche par exemple au Tibet, ou encore certains sites syndicalistes hongkongais et autres. Des sites comme Daylymotion ou Youtube sont censurés et remplacés par d’autres d’origine locale, plus en phase avec la ligne du parti. Dans la vie quotidienne, les Chinois ont fini par oublier cette barrière, car soit ils se limitent aux sites autorisés, n’étant nullement intéressés par les autres, soit les contournent aisément par des proxys ou autres logiciels ayant le même objectif. Certains internautes chinois se font même plaisir en développant des programmes contournant cette censure et en avertissent les autorités pour s’en moquer. Il est vrai que ce système coûte cher et se révèle être totalement inefficace. Le côté paradoxal est que les dirigeants savent que cette « muraille » est une passoire, mais ayant pour but officiel de protéger la population elle existe, et tant que ces contournements n’ont aucune incidence sur la bonne marche du pays, laisse faire avec de temps en temps de très médiatiques coups de klaxon.

La notion de démocratie est une des grandes problématiques de ce pays, tant il est bien plus facile d’en parler que de l’appliquer, pour peu qu’il existe une réelle volonté. Tout d’abord, et comme dit plus haut, les Chinois se désintéressent de la façon dont ils sont dirigés, d’autant plus que depuis 20 ans des résultats, même critiquables, sont au rendez-vous, faisant que dans l’éventualité d’une élection au niveau national, le PCC pourrait fort bien l’emporter face à une nouvelle classe politique faite d’arrivistes financiers et autres grands philosophes de salon où une majorité de Chinois ne se reconnaîtraient pas. Il est en effet indéniable que les Chinois vivent de mieux en mieux, même si cela est davantage dû à une évolution naturelle, qu’à un système de gestion miracle qu’aurait inventé le PCC. Il y a bien sûr ces écarts importants entre riches et pauvres, mais si les premiers le sont de plus en plus, les seconds le sont de moins en moins, avec bien entendu un certain nombre d’exceptions.

Un exemple pris dans mon entourage proche : le couple qui habite au dessous de chez moi, et qui gagne environ 4000 RMB à eux deux vient de s’acheter une voiture (Chevrolet), après avoir acheté leur appartement l’an dernier. Une de mes belles sœurs et un de mes beaux frères viennent de voir leurs dossiers d’accession à la propriété acceptés, et devraient aménager dans le cours des prochains mois. Autre exemple dans les campagnes : il y a 5 ans, les producteurs locaux de jasmin venaient vendre leur production journalière en vélo, aujourd’hui ils ont tous des motos à moteur thermique ou électrique.

Bien entendu, tous les éléments cités sont critiquables de la part de certains qui trouveront ici où là les exceptions confirmant la règle, et s’il existe même des médias spécialisés dans ce domaine du tout est noir en Chine, ceux-ci ont avant tout pour objectif de rassurer une opinion publique occidentale inquiète et aigrie de voir leurs politiques si inefficaces.

Il reste toutefois à ce pays un certain nombre de défis, tel que celui de la couverture totale de la population en matière d’assurance santé et retraite, une refondation de sa classe agricole trop nombreuse, une législation du travail réellement appliquée et l’indépendance de la justice.

Ce pays ayant réussi en 30 ans ce que d’autres ont mis des siècles à réaliser, rien ne semble impossible, sous réserve que cette évolution ne se trouve entravée par des actions extérieures visant à déstabiliser un concurrent devenu gênant, et dont on n’a pu tirer tous les bénéfices comme avec d’autres pays dont les dirigeants se sont révélés plus conciliants.

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Albié Alain

Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois. Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes. La publication d'extraits de cet article est autorisée sous réserve qu'un lien renvoie vers l'original.