Le monde vu de Chine

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Le toujours plus face au mieux qu’hier


Les ChinoisVolontairement ou non, certains confondent ou assimilent une doctrine idéologique à un modèle social, ce qui a pour effet de faire croire aux mêmes personnes que la Chine a modifié son cap, alors que le but, du moins affiché, n’a jamais été que de parvenir à ce que la majorité de la population vive dans de bonnes conditions.

Il existe ensuite plusieurs moyens d’y parvenir, pour peu que ce but suprême soit atteignable, n’ayant jamais vu un groupe de personnes se réunir dans la rue en arborant des banderoles dont les slogans féliciteraient le gouvernement ou leur patron. Le système de nombreux pays occidentaux est en effet basé sur le « toujours plus », ce qui a pour effet de créer soit un perpétuel mécontentement, soit une jalousie certaine à l’encontre de pays dont les peuples sont sur la courbe ascendante.

Le but premier est en effet devenu non pas de bien vivre, mais de vivre mieux que son voisin, que celui-ci soit de l’autre côté de la rue ou dans un pays éloigné de plusieurs milliers de kilomètres.

Si vous demandez par exemple à un français s’il est heureux, il vous répondra bien souvent que non, car il désirerait avoir plus d'argent (pouvoir s'offrir une location de villa par exemple), plus de vacances, plus d'amis ou être plus respecté. Si par contre, vous lui dites qu’en Chine les gens vivent mieux qu’il y a seulement 10 ans, il vous répondra presque à coup sûr que lui est plus libre, plus riche, plus évolué, plus payé. Ce besoin constant de vouloir plus ou sembler être plus, conduit à une insatisfaction permanente qu’aucun système politique ou social ne peut résoudre, aucune question n’étant franchement posée puisqu’il s’agit uniquement de comparaisons.

C’est par exemple cette forme d’esprit qui fait dire qu’en Chine un énorme fossé social s’est creusé entre riches et pauvres. Si ce fossé existe bel et bien, celui-ci est en mouvement, c’est-à-dire que les riches le sont de plus en plus, mais les pauvres nettement moins  qu’auparavant. Cet écart si souvent mis en avant n’intéresse que peu les personnes les plus concernées, c’est-à-dire les plus modestes, leur niveau de vie évoluant d’année en année, et n’ayant non pas les yeux rivés sur un sommet inaccessible, mais sur les quelques améliorations qui vont rendre plus agréable le quotidien.

Pouvoir envoyer ses enfants plus longtemps à l’école, manger à sa faim, se payer quelques menus plaisirs qui étaient in-envisageables il y a peu, tel est l’objectif très précis d’une immense majorité de Chinois. Un autre exemple de ce pragmatisme chinois concerne les peines encourues dans les cas de corruption touchant de hauts responsables politiques ou autres. Dans un pays comme la France, la majorité de ces affaires se terminent par un non-lieu ou quelques peines de circonstances, alors qu’en Chine les sentences sont souvent très lourdes, ce qui va dans le sens de ce que demande la population. Pour les Chinois en effet, qu’une personne modeste se livre à quelques malversations est relativement compréhensible du fait qu’il tente, même malhonnêtement, de faire évoluer son niveau de vie. Par contre, pour une personne qui a déjà atteint le sommet, et qui par simple déduction ne manque de rien, les mêmes agissements sont considérés comme étant autant incompréhensibles qu’inexcusables, ce qui explique la lourdeur des condamnations.

Il en est de même à tous les stades de la vie des Chinois, où un certain nombre de dérives sont acceptées dans la mesure où elles proviennent de personnes  inférieures socialement, ou  du moins égales, la population considérant que c’est à elle de se protéger. Il n’y a donc pas cette notion de toujours plus semblant sans limites, mais une volonté simple de parvenir à la vie la plus décente possible, le superflu n’étant majoritairement pas encore arrivé au niveau de l’indispensable comme c’est bien souvent le cas dans des pays dits riches.

Il en est de même en ce qui concerne les libertés individuelles, où même s’il reste encore beaucoup à faire, les choses progressent, ce qui paradoxalement gêne quelques Chinois qui trouvent que certaines de ces libertés sont nuisibles à l’environnement social, trouvant nuisible qu’un certain nombre de problèmes soient étalés au grand jour alors qu’ils auraient pu se résoudre en privé.

Face à ce « Toujours plus » de certaines populations occidentales, la Chine oppose un « Mieux qu’hier » qui laisse apparaître une nuance bien plus forte qu’il n’y paraît à première vue. C’est en entretenant ce pragmatisme que le gouvernement chinois arrive à se maintenir sans trop de soucis, les Chinois n’ayant, même s’ils en avaient la possibilité, nullement envie de quitter une proie les nourrissant, au bénéfice d’une ombre faite de promesses qui n’engagent que ceux qui les croient

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Albié Alain

Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois. Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes. La publication d'extraits de cet article est autorisée sous réserve qu'un lien renvoie vers l'original.