Le Guangxi Zhuang, moins connu faute de V.R.P
Défendre l’identité ethnique est à la mode, du moins chez certains, à condition toutefois que cette lutte idéologique se fasse assez loin, et ne vienne pas empiéter sur ses propres intérêts , convictions religieuses ou politiques. Un exemple concret est celui du Xinjiang, bien moins médiatisé et suivi que son concurrent et voisin tibétain. La raison, qu’il ne faut surtout pas avouer, réside dans le fait que cette région est majoritairement musulmane, d’où le raccourci que font certains :
Musulmans = Arabes = Terroristes
Ce qui les dédouane de toute obligation d’un soutien appuyé et surtout trop visible. Cette défense sélective, tout en n’étant pas envisageable qu’elle puisse être politiquement orientée, laisse tout de même de côté un certain nombre de peuples aussi dignes d’attention que celui du Tibet, ayant à quelque chose près rencontré les mêmes problèmes.
En dehors donc des habitants du Xinjiang et des Tibétains, reste trois autres régions autonomes qui n’ont pas les honneurs de notre presse libre et indépendante, c’est-à-dire :
La Mongolie intérieure, le Ningxia et le Guangxi, région que je commence à cerner un petit peu, tout en étant loin du niveau de certains qui, après quelques mois dans ce pays, affirment connaître la Chine. La relative connaissance d’un sujet n’étant intéressante que si on la partage, je vais donc vous proposer plusieurs articles sur cette région, du fait qu’il est impossible de seulement survoler les spécificités du Guangxi en un seul et même article.
Cette région a en effet une histoire aussi riche que houleuse, et ce, du fait tant de sa position géographique que de son particularisme ethnique et des diverses invasions qu’elle a subies, en plus de la guerre civile qui a opposé les camps nationalistes et communistes auquel s’étaient majoritairement ralliés les habitants du Guangxi.
Le premier de ces articles a pour but de retracer rapidement l’histoire de cette région, et ainsi vous situer « l’ambiance ».
Placé sous la juridiction des Qin dès 206 avant J.C, le Guangxi actuel était rattaché à la région du Yunnan, mais la dynastie Han va se désintéresser de cette partie du pays, trouvant les lieux trop hostiles et « barbares ». Déjà à cette époque, les conflits ethniques étaient courants, empêchant ainsi toute évolution, du moins tel que la voyait les personnes en charge de ces territoires. Celui-ci va donc être réparti entre trois seigneurs régissant respectivement le Yunnan, le Guangdong et une partie du Nord Vietnam actuel. Toujours pour les mêmes raisons d’affrontements ethniques, ces seigneurs vont laisser cette région livrée à elle-même pendant une longue période, la remettant aux bandits de grand chemin qui rançonnaient tant les voyageurs en transit, que les paysans locaux. Cette sombre période durera jusqu’à l’arrivée en nombre des Zhuangs, venus du centre du pays, et qui avait trouvé dans les plaines du Guangxi l’espace nécessaire à la culture intensive du riz grâce à un ingénieux système d’irrigation. Protégés par les Hans venus faire avant tout du commerce, les Zhuangs vont être à l’origine d’un développement économique important, mais suscitant également les convoitises d’ethnies voisines dont celle des Yaos, contre qui ils lutteront pendant des décennies, poussant les Hans à quitter la région, lassés par ces interminables querelles. Une fois de plus laissée à l’abandon, cette région va connaître à nouveau le chaos, et c’est la venue du général Ma, d’origine Tonkinoise, qui mettra un terme provisoire à ces querelles en unifiant la région, et en lui donnant les contours que nous connaissons aujourd’hui.
Une fois le général Ma décédé, les luttes vont reprendre avec en supplément l’alliance des Yaos avec certaines des nouvelles ethnies récemment installées dans le Guangxi que sont les Dongs et les Miaos, face aux Zhuangs majoritaires en nombre. Si les ethnies minoritaires avaient trouvé une protection naturelle dans les montagnes du nord, cela ne les empêchait pas de faire de régulières « descentes » dans les plaines tenues par les Zhuangs afin de piller les récoltes et voler tout ce qui pouvait être utile ou vendable en échange d’or ou d’argent dont les montagnes environnantes sont riches . Par la suite, les Miaos et autres ethnies minoritaires se rangeront aux côtés des Zhuangs afin de calmer les ardeurs des Yaos qui avaient tendance à mener la vie dure à ses voisins en exploitant ces peuples naturellement pacifiques. Devant ces attaques incessantes, les Zhuangs n’eurent d’autre recours que de demander du secours aux Hans, qui refusèrent toute aide militaire en raison des trop mauvais souvenirs gardés de leur passage. Toutefois, ils acceptèrent de financer une armée afin de mettre un terme au conflit qui opposait Zhuangs et Yaos. Après de sanglantes batailles, ce qui restait de l’ethnie Yao se réfugia dans les montagnes où leurs descendants résident actuellement. Le calme enfin revenu, la région du Guangxi pouvait enfin envisager de sortir de la misère, et par là même ses habitants. Hélas pour eux, les Zhuangs « gonflés » par leur victoire décidèrent de chasser les commerçants Hans qui avaient pourtant financé l’armée locale, ce qui provoqua une série d’assassinats dans les rangs des responsables Zhuangs. Plutôt que de replonger dans une guerre, mais cette fois contre les Hans, et dont l’issue aurait été fatale pour les Zhuangs, ceux-ci préférèrent s’allier avec le maître de l’époque, le commerce étant bien plus important pour eux que la vision d’une indépendance quelconque. Plusieurs colonies Hans s’installèrent donc définitivement dans le Guangxi, et particulièrement à Guilin qui devint la capitale de province. Ces colonies de Hans développèrent les échanges commerciaux entre habitants du Guangxi et des autres régions de Chine, favorisant ainsi le redressement de cette région déjà bien en retard en comparaison d’autres bien plus calmes. Ce développement eut hélas également pour effet de réveiller les ardeurs des Yaos réfugiés dans les montagnes environnantes, et qui la nuit venue venaient à nouveau piller et brûler ce qu’ils ne pouvaient emporter, allant même jusqu’à enlever des centaines de femmes qu’ils transportèrent de force dans les montagnes afin de perpétuer leur descendance. Les Hans, les Zhuangs et les autres ethnies s’allièrent pour mener une expédition punitive contre l’ethnie rebelle, mais la parfaite connaissance du terrain de la part des Yaos fit qu’il n’y eut jamais aucun vainqueur, ni vaincu. Cet affrontement épisodique dura pendant des siècles, c’est-à-dire pratiquement jusqu’à la décision prise par le gouvernement de Mao Tsé Toung de faire du Guangxi une région autonome, et l’on peut trouver à coup sûr dans ces querelles permanentes la raison principale ayant poussé à donner l’autonomie à une région qui ne la demandait pas.
Avant cette autonomie, le Guangxi devra traverser les deux parties de la guerre civile et son intermède de l’invasion japonaise, c’est de cette période dont je vous parlerai dans le prochain article.
Alain,
Bonne remise à niveau des problèmes.
Je l'ai dit, rien de plus faux que de mettre tous les Chinois dans la même casserole. Les ethnies et les cutures sont multiples. La Chine a des dimensions gigantesques.
Un atlas des civilisations m'en a déjà donné beaucoup d'indices. Le titre de mon article de référence est "Asie du Sud-Est. Carrefour d'influences".
L'histoire explique beaucoup de choses.
Vous lirez cela dans un prochain article.
Mais dès à présent, j'ajouterai ce lien.
Vos anciens articles existent-ils encore?
"Vos anciens articles existent-ils encore? "
oui, bien sûr, ils doivent se balader quelque part dans les archives.
Bonne fin de journée