Le monde vu de Chine

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Le Guangxi décroche : signe annonciateur ou « exception culturelle » ?


minimumLors des siècles précédents la région du Guangxi dépendait pour une bonne partie de son économie des trois seigneurs se partageant ce territoire. Si pour celui du Guangdong le Guangxi était loin et sans grand intérêt économique et stratégique, son homologue du Yunnan avait lui bien d’autres soucis que de s’occuper des permanentes querelles ethniques. C’est sans doute ce qui a permis au général Ma, originaire du Tonkin, d’unifier cette région sans être trop inquiété par ses deux autres propriétaires. Si les communistes ont ensuite donné le statut de région autonome au Guangxi, c’est bien plus pour limiter les interventions en terre hostile que pour reconnaître une quelconque spécificité culturelle. Resté à la traîne lors des années 80 en raison de la gestion très personnelle de son gouverneur, ce qui vaudra à ce cadre d’être condamné à mort et exécuté, c’est lors des années 2000 que la région a connu une nette évolution.

Dès lors terrain de jeu privilégié pour de nombreuses sociétés venues des riches régions voisines, le Guangxi a bénéficié d’investissements importants dans divers domaines tels que l’industrie automobile et l’immobilier. C’est devenu une destination intéressante pour les voyages d’affaires et l’on croise de plus en plus d’entrepreneurs dans les rues de la ville. Cet effort apparent visant à développer cette région n’a toutefois jamais rien eu de philanthropique puisque bénéficiant des subventions et avantages fiscaux offerts par les autorités centrales désirant éviter un risque de trouble social dans une région très sensible. Devenu par la suite le siège officiel de l’association l’association ASEAN + Chine, puis en 2010 une zone de libre-échange, le Guangxi a pu rêver un instant de se hisser non pas au niveau des plus grandes régions, mais en milieu de tableau, ce qui était inespéré une décennie auparavant.

Région touchée comme les autres par la flambée des prix dans le secteur immobilier, les gouvernements locaux ont été contraints d’appliquer les mêmes mesures de restriction que les très grandes villes. Ces dispositions ont eu pour effet de rendre la région moins attrayante, les bénéfices espérés étant moins élevés qu’initialement. À l’heure actuelle, les chantiers en cours se terminent, mais sans l’euphorie et l’activité débordante qui avaient cours il y a peu. En ce qui concerne le secteur automobile représenté par les usines Wuling à Liuzhou, il est à l’image de celui du pays dans son ensemble, soit en attente d’une reprise semblant tarder.

L’an dernier déjà, soit un an après le passage de la région en zone de libre-échange, les autorités nationales avaient passablement secoué le cocotier sur lequel font la sieste une bonne partie des responsables locaux. Habitués à être dirigés et financés de l’extérieur, il est vrai que l’autonomie n’est pas un point fort d’une partie des habitants, ce malgré son statut particulier. S’il est normal que l’on se contente de peu lorsqu’il y a seulement quelques années on n’avait rien, ce doux sommeil a par contre fait tirer la sonnette d’alarme du côté de la capitale, ce toujours dans la peur d’agitation sociale.

Sans être encore catastrophique, les premiers mois de 2012 n’en sont pas moins inquiétants avec une baisse de 30 % des investissements étrangers. Plus grave est la stagnation des salaires avec une augmentation de seulement 1,54 % alors que la plus forte hausse dans le pays pour 2011 est de 19,4 % et que la plupart des régions connaissant une élévation de plus de 10 %.

Si le Guangxi n’exporte que très peu vers l’occident, son économie dépend fortement des investisseurs venant du Guangdong, du Fujian et du Zhejiang. Ceux-ci étant pour une part des exportateurs ou indirectement liés à cette activité, les bénéfices à la baisse du fait de la faible demande occidentale n’incitent plus guère à aller faire des folies dans la région voisine. S’agit-il d’une exception ou du signe précurseur d’une généralisation de cette situation ? Il est encore trop tôt pour le dire. Il est toutefois certain que d’autres régions ayant connu un fort développement plus ou moins artificiel sont appelées à connaître une baisse notable de leur évolution. Si les habitants du Guangxi peuvent se dire que ce qui est pris et pris, il va toutefois falloir expliquer à ceux attendant leur tour depuis plus de 30 ans qu’ils vont devoir encore patienter. Cette annonce risquant d’être passablement mal accueillie, des régions telles que le Guangxi pourrait alors se voir maintenues par des aides cette fois directes du gouvernement central. Si ce clou  peut en chasser un autre devenu moins bien planté , l’attribution de ces subsides a de grandes chances d’être conditionnée par une meilleure gestion et un plus grand réalisme de la part des responsables locaux, trop longtemps rêveurs d’un Guangxi ayant pour slogan “Sea, sex and sun”.

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Albié Alain

Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois. Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes. La publication d'extraits de cet article est autorisée sous réserve qu'un lien renvoie vers l'original.