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Le chaudron Chinois.

chaudronLes années 50 ont vu Mao expliquer aux Chinois qu’après la domination des riches mandarins, le peuple serait à égalité de droit et que les richesses du pays seraient équitablement réparties sur l’ensemble de la population. Les terres, les usines, mais également les esprits ont été collectivisés et le bilan de cette période a démontré que malgré cette répartition théorique, le peuple était pratiquement aussi pauvre qu’auparavant, mais il est vrai de façon à peu près égalitaire. Partir de zéro a un aspect pratique, qui est celui d’être heureux du peu que l’on a,  quand d’autres n’ont rien.
A la fin des années 70, un des rares progrès accompli était celui d’une indépendance et d’une unification du pays, mais au prix d’une grande pauvreté frôlant parfois la misère. Les Chinois y avaient cru, pensant que leur élite ne pouvait que les conduire dans le droit chemin.

L’arrivée de Deng Xiaoping et les années 80 ont été les détonateurs d’un changement radical d’orientation avec la phrase célèbre sur le chat et ce : « Chinois enrichissez-vous », qui tournait le dos à 30 de collectivisme communiste. Une période transition très courte et une population à l’esprit marqué par trente ans de discours égalitariste plongent d’un coup la Chine dans le chaudron bouillant de la concurrence internationale et de l’économie de marché, alors que quelques années auparavant il était inculqué à la population que seul un enrichissement global du pays pouvait profiter à l’ensemble de la population. Si un changement radical de politique est facilement réalisable sur le papier, il en va tout autrement pour les esprits et les comportements qui ne peuvent changer du jour au lendemain. Les Chinois ont donc cru, et certains croient encore, que cet enrichissement est à la portée de tous et que tous les moyens sont bons pour y parvenir, souvent entretenus dans cette idée par un manque d’encadrement juridique. C’est ce manque d’encadrement qui a mené la Chine à certains excès et dérapages où l’ultime objectif était celui de devenir riche le plus rapidement possible. Le taux de corruption a suivi une courbe exponentielle alliée à un développement industriel et commercial souvent anarchique, résultat d’une doctrine capitaliste sans cadre défini.

Après avoir été égaux dans le domaine de la pauvreté, les Chinois ont donc pensé être cette fois à égalité, mais dans le domaine de l’enrichissement qui devait permettre un meilleur confort de vie, tout en hissant le pays aux premières places du classement mondial des puissances économiques. Si le second point a été effectivement atteint, il en va tout autrement d’une majorité de la population qui, tout en vivant nettement mieux que par le passé, voit une classe sociale riche le devenir de plus en plus alors qu’eux-mêmes ne récoltent que quelques miettes de cette croissance débridée.
Si ce système fonctionne encore aujourd’hui, la Chine le doit avant tout au fait qu’un nombre encore important de ses habitants sont issus de la période précédente de vaches maigres et que, comme par le passé, avoir un peu plus qu’hier les satisfait. Le gouvernement quant à lui explique que la masse de la population ne pourra parvenir au but fixé qu’une fois le pays assis sur des bases solides tant économiques que sociales, ce qui n’est pas faux, mais qu’il aurait fallu clairement expliquer avant.

Un des problèmes majeurs de ce pays est que les habitants les plus pauvres vivent dans les régions elles-mêmes les plus défavorisées, provoquant ainsi des tensions sociales dangereuses pour la stabilité interne du pays, et qui explique les décisions politiques tendant à développer ces régions pauvres, cela au prix d’aides et de financements en tous genres. Le revers de cette politique est de favoriser l’émergence d’une classe riche qui sait tirer partie de ces avantages, renforçant ainsi le contraste entre riches et pauvres.
Fin 2007, le chaudron Chinois était chaud pour ne pas dire bouillant, mais la crise économique mondiale est tombée à pic pour donner aux dirigeants un argument de poids, tendant à démontrer qu’il allait falloir se montrer patient et qu’il était étranger à ce nouveau report de promesse d’une richesse répartie plus équitablement. Arguant de ses bons résultats face à des pays bien plus affaiblis, le gouvernement a réussi à calmer les esprits, démontrant chiffres à l’appui que sa politique était la bonne.

Ce sursis supplémentaire est grandement aidé par une fibre patriotique héritée du passé et que les dirigeants savent faire vibrer à l’occasion de grands évènements comme les J.O ou le soixantième anniversaire de la RPC, mettant ainsi en avant la nécessité de constituer avant tout une grande nation unie ; la catastrophe du Sichuan, mais également les « émeutes » tibétaines de 2008 ont été d’excellents arguments pour renforcer cette unité nationale, indispensable à la stabilité sociale. Ce sursis a également été mis à profit pour engager un certain nombre de réformes tant au niveau des infrastructures que des lois foncières, mais également à une nouvelle directive visant à assurer une couverture sociale à l’ensemble de la population, ce qui à terme devrait permettre à une partie de la population de disposer de son épargne, jusque-là destinée à parer à un problème de santé. Bien plus qu’une action sociale, cette couverture sociale aura pour effet d’augmenter sensiblement la consommation intérieure, permettant ainsi aux habitants de mieux vivre et couverts en cas de problème de santé grave, hantise d’une partie de la population.

Reste maintenant aux dirigeants actuels et à leurs successeurs à trouver une solution pour ce qui concerne l’avenir et particulièrement celui des générations futures qui, n’ayant pas connu les périodes difficiles du passé, se montreront à coup sûr bien moins conciliantes que leurs ainées. Les jeunes sont en effet par nature impatients et sont prêts à alimenter le brasier sous le chaudron de leur pays, quitte à en faire sauter le couvercle.

Si la politique actuelle est basée sur la durée, un changement de cap va s’avérer indispensable dans les dix années à venir où de nombreux changements stratégiques sont à attendre de ce pays qui s’est fait une spécialité dans le domaine des virages dangereux, mais qu’il a toujours fini par négocier. Dans l’immédiat, la soupe mijote dans le chaudron, sous l’œil attentif des dirigeants qui parviennent à en maîtriser le feu, mais celui-ci ne demande qu’à s’embraser au moindre dérapage et une grande partie des Chinois se demande quand viendra le jour où le couvercle sera enfin levé,  pour enfin goûter à cette soupe depuis si longtemps promise.

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