La télévision locale, complice de l’harmonie sociale
Depuis environ un an, une nouvelle émission est apparue sur la chaîne de télévision locale ; quand je dis locale, cela signifie qu’elle n’est diffusée que sur le district d’Hengxian. S’il existe déjà depuis fort longtemps un mini-journal télévisé qui relate les informations plus ou moins officielles, ainsi que les grands évènements locaux, cette émission quotidienne de 30 minutes est fort différente.
Elle a en effet pour objectif de relater les problèmes rencontrés par les habitants, quelle que soit l’importance de ces ennuis. La demande doit être présente puisque les sujets y sont nombreux, allant des nuisances provoquées par un chantier de construction, à la pollution de l’eau d’un étang par un voisin agriculteur négligent.
Le caractère des autochtones étant assez « chaud », et les journalistes réalisant le reportage en entendant souvent les deux parties, il faut à ces enquêteurs un courage certain et parfois de bonnes jambes pour fuir les velléités d’une personne n’ayant nullement le désir d’être célèbre.
Si on ne critique pas encore ouvertement certaines décisions contestables de responsables politiques locaux, tout le reste y passe, et pas toujours dans la joie et la bonne humeur. Toutefois, cette émission a l’avantage de pousser des personnes récalcitrantes à résoudre un conflit du travail, commercial ou autre, à être un peu plus enclines à trouver une solution, évitant ainsi une mauvaise publicité.
La question que je me suis posée est de savoir l’utilité d’une telle émission, en dehors du fait de résoudre les problèmes évoqués plus haut, et surtout de comprendre la raison qui avait fait accepter ce genre d’émission critique par les autorités, chose inhabituelle en Chine.
Il faut tout d’abord savoir qu’avec l’évolution relative du train de vie, rares sont les Chinois qui n’ont pas un poste de télévision, et ce, même dans les zones rurales les plus reculées. Les gens les plus modestes étant donc équipés de cet outil qu’est devenue la télévision, autant l’utiliser afin de lutter contre ce qui fait le plus peur aux dirigeants, c’est-à-dire les conflits qui dégénèrent parfois en affrontement de masse.
Ces émissions ont donc deux cibles privilégiées, la première étant de pouvoir laisser s’exprimer les personnes les plus modestes, qui au travers de leurs soucis deviennent les « vedettes » d’un moment, brisant ainsi tant un certain isolement, que l’impression d’être abandonné :
Dix personnes en colère, ce n’est pas grave, mais multiplié par mille, cela fait une petite armée équipée de fourches et de hachoirs, et là, cela devient dangereux.
Le deuxième objectif étroitement lié au premier s’avère être de résoudre des conflits mineurs, qui là également multipliés deviennent majeurs, représentant un risque non négligeable.
Bien plus proche de la population que les grandes chaînes officielles déversant leur propagande, et dont la Chine n’a pas l’exclusivité, les émissions locales ont donc pour objectif majeur de mouiller une mèche que la moindre braise peut allumer, surtout dans une région comme celle du Guangxi où se battre est une seconde nature, héritée de siècles de conflits entre ethnies et voisins.
La façon dont d’ailleurs certains médias occidentaux se moquent de ce terme « d’harmonie sociale », si souvent employé par le gouvernement, m’amène souvent à me poser la question sur ce qu’est devenu la notion de démocratie, car bien au-delà du geste de déposer un bulletin dans une urne, la vraie démocratie n’est elle pas celle de contenter la population, et le rôle principal des dirigeants n’est il pas de veiller à ce que ce contentement soit majoritaire ?
Dans de nombreux pays hautement humanisés, ce grand mot est bien plus souvent utilisé à des fins partisanes et carriéristes, qu’au but premier pour lequel ce système a été conçu, c’est-à-dire être au service du peuple.
