La Chine vue de Chine

.

La pollution : un argument devenu très politique


PollutionLorsque j’étais jeune, dès les premiers beaux jours j’allais me baigner à la rivière. Le matin, ce cours d’eau ressemblait à une immense piscine à l’au calme et surtout claire. L’été, ce sont des centaines de baigneurs qui venaient se rafraîchir dans ces eaux limpides pendant que les pêcheurs se régalaient à attraper sandres et brochets. Quelques années plus tard, la plage a été fermée au public et les poissons se sont faits de plus en plus rares. La raison en est bien évidemment la pollution, celle-ci étant causée par les tonnes de d’engrais et de pesticides utilisées dans les champs et qui lors des pluies s’écoulent dans les rivières.

La Chine, comme bien d’autres pays, est confrontée à ce problème des pollutions d’origine agricole auquel il faut ajouter une forte et rapide industrialisation, loin d’avoir toujours respecté la moindre norme en la matière. Dans bien des cas, c’est cette absence de règlements qui a d’ailleurs poussé bien des industriels étrangers à délocaliser leur production en Chine, les lois environnementales occidentales ayant un coût élevé. C’est ainsi que dans le Tarn, les ancestrales mégisseries ont progressivement fermé puisqu’accusées de polluer les rivières environnantes. C’est donc vers des pays moins regardants que ces industries se sont déplacées, amenant avec elles les emplois, mais aussi la pollution. Il en est de même pour les PVC devenus si courants et les textiles chimiques qui demandent de nombreux traitements polluants.

La Chine, ou plutôt ses responsables sont-ils pour cela exempts de tous reproches ? Pas du tout puisqu’en acceptant tout et n’importe quoi au nom du seul profit, ce pays est devenu par endroits une véritable décharge à déchets industriels. Il y a encore peu, certains responsables régionaux appelaient de leurs vœux l’installation de ces industries polluantes afin d’en tirer le maximum de bénéfices, et ce, quelque en soit ensuite les retombées polluantes néfastes. Si aujourd’hui le vent tourne très lentement et a pour effet de moderniser le tissu industriel, il reste en Chine encore beaucoup trop de ces usines construites dans les années 80 qui déversent dans les rivières des tonnes de résidus toxiques ou envoient dans l’atmosphère des fumées dont les particules vont se déposer plusieurs kilomètres plus loin.

En supplément des milliers de victimes annuelles liées à cette pollution, la Chine contribue pour une bonne partie à la pollution mondiale, cette réalité étant ensuite utilisée comme argument politique et économique. L’activité industrielle s’étant en effet déplacée vers des pays tels que la Chine, il est ensuite aisé pour des dirigeants politiques aux « idées courtes » de reprocher aux autres ce que leurs pays a pratiqué durant des siècles et dont les conséquences sont très loin d’être atténuées.

Si l’on est honnête, il se doit de regarder le fait que le degré de pollution atmosphérique dû à la chine est en fait bien moins important qu’il n’y paraît si on le ramène au nombre d’habitants. C’est ainsi qu’en 2009, un Chinois rejetait 5,5 tonnes de CO2 par an contre 23 tonnes pour un américain, la moyenne européenne se situant aux alentours de 10 tonnes par habitant, soit le double d’un Chinois.

Il y aurait donc ceux qui ont le droit au nom d’une antériorité historique et ceux qui se doivent de poursuivre leur vie dans des cavernes avec un niveau de modernisation proche de celui du moyen-âge. Si la pollution est un phénomène mondial, il doit être traité au prorata du degré de pollution émise et il de plus normal qu’un pays comme la Chine demande aux plus anciens pollueurs de montrer l’exemple avant de donner des leçons.

Un des plus gros handicaps des nations dites riches est d’utiliser le moindre problème à des fins économiques et politiques visant à entraver le développement des pays émergents. Ce racisme d’un nouveau genre lié à la pauvreté d’idées de la part des dirigeants ne peut donc trouver l’écho nécessaire à améliorer la qualité environnementale d’une planète qui elle n’arien à faire des guerres de pouvoir et des frontières. Il est donc largement temps que chacun prenne ses responsabilités sans toujours faire porter le chapeau au nouvel arrivant sous prétexte qu’il gêne certains principes fixés arbitrairement par les plus forts d’une époque révolue.



Albié Alain

Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois. Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes. La publication d'extraits de cet article est autorisée sous réserve qu'un lien renvoie vers l'original.