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La France de 1889 face à la Chine de 2020

La France de 1889 face à la Chine de 2020Il y a encore un an, la faiblesse présen­tée comme arti­fi­cielle de la monnaie chinoise était une des causes prin­ci­pales du défi­cit commer­cial fran­çais attei­gnant 70 milliards. Progres­si­ve­ment, et en grande partie grâce à « l’excellente gestion » de la crise euro­péenne, le yuan s’est appré­cié de l’ordre de 20 %, le défi­cit quant à lui étant du même niveau puisque de 35 milliards sur les six premiers mois. Face à notre voisin alle­mand déga­geant lui un excé­dent de 160 milliards en 2011, la nouvelle ministre du Commerce exté­rieur, passée comme un éclair de l’écologie au poste actuel, met cette fois en cause la compé­ti­ti­vité des entre­prises locales jugées mal adap­tées pour se posi­tion­ner favo­ra­ble­ment sur les secteurs de l’exportation.

Une respon­sa­bi­lité à géomé­trie variable

Après avoir accusé les Chinois et autres asia­tiques, ce sont donc nos entre­prises, qui trop petites et manquant d’innovation, consti­tue­raient un frein à l’économie. Cette consta­ta­tion n’empêche toute­fois pas d’augmenter sensi­ble­ment les prélè­ve­ments obli­ga­toires, ce qui devrait les rendre encore moins compé­ti­tives, du moins pour celles ayant quelque chose à expor­ter. Ce qui demeure constant est que c’est encore une fois la faute des autres et l’on finit par se deman­der à quoi servent des diri­geants qui ne dirigent rien et des respon­sables poli­tiques qui n’assument que très rare­ment la moindre respon­sa­bi­lité, sauf lorsqu’un résul­tat est avan­ta­geux. C’est ainsi que les emplois perdus sont du fait des entre­prises ayant les yeux rivés sur les seuls béné­fices alors que quelques chiffres posi­tifs sont annon­cés comme une victoire à mettre à l’actif de la poli­tique menée par le gouver­ne­ment quel qu’il soit.

Gains de produc­ti­vité au détri­ment de l’emploi

La France de 1889 face à la Chine de 2020Régu­liè­re­ment accu­sée de dumping social, la Chine est présen­tée comme à l’origine de la mort de notre indus­trie textile. Dans la réalité il s’agit non pas de la produc­tion puisque celle-ci est globa­le­ment en hausse, mais du nombre d’emplois occu­pés. Rempla­cer en effet une ving­taine d’employés par un robot construit au Japon ou en Alle­magne permet d’être compé­ti­tif en termes de coût de revient, mais a un impact évident sur l’emploi. Plusieurs études sérieuses, ce qui signi­fie hors campagnes élec­to­rales, ont ainsi démon­tré que bon nombre d’emplois délo­ca­li­sés vers les pays à bas salaire auraient été de toute manière perdus par l’effet de la moder­ni­sa­tion, ce qui a été le cas pour bien d’autres secteurs indus­triels ou de services. L’informatisation de nombreux postes de travail ont par exemple divisé par deux ou quatre le nombre d’emplois autre­fois néces­saires sans que cela soit là non plus de la faute des Chinois. Ces maté­riels étant conçus aux USA, à Taiwan ou au Japon pour être ensuite en partie assem­blés en Chine, l’Europe a dans son ensemble magni­fi­que­ment manqué ce virage tech­no­lo­gique, nos diri­geants poli­tiques et autres prévi­sion­nistes étant sans doute à cette époque occu­pés ailleurs.

La France de 1889 face à la Chine de 2020

La classe moyenne chinoise, moteur de l’économie

La France de 1889 face à la Chine de 2020En Chine le système est exac­te­ment inverse, l’approbation de l’implantation d’une indus­trie étant autant liée à l’investissement finan­cier qu’au nombre d’emplois créés. Plutôt que des machines, ce sont des ouvriers qui font le travail en Chine, ce sous les moque­ries de certains occi­den­taux repro­chant à leurs diri­geants poli­tiques ou d’entreprises de ne pas leur propo­ser la même chose, mais avec un salaire en rapport du niveau de vie. Si lors des années 70–80, la mode a été de lais­ser croire que tout fran­çais allait deve­nir ingé­nieur, la réalité s’est souvent limi­tée à la femme de ménage deve­nant tech­ni­cienne de surface et l’instituteur maître des écoles. Il a beau être diffi­cile de ne pas criti­quer certains aspects des condi­tions de travail en Chine, ce pays est tout de même celui ayant connu la plus forte évolu­tion de sa classe sociale moyenne, il est vrai en partant de très bas.

En augmen­tant d’année en année, cette partie de la popu­la­tion est deve­nue un des moteurs prin­ci­paux de l’économie chinoise en raison de son atti­rance parfois exces­sive pour les biens de consom­ma­tion et l’immobilier. Au lieu de perpé­tuer les clichés de l’époque Mao pour se rassu­rer, les « vieux pays » feraient mieux d’analyser la demande à venir de cette partie de la popu­la­tion en lais­sant à certains médias le soin de jouer à la dinette avec leurs appel­la­tions de « Chine commu­niste » et autres amuse­ments pour enfants de quatre ans.

Si les besoins indus­triels de la Chine sont quasi­ment couverts de nos jours par des inves­tis­se­ments directs et les trans­ferts de tech­no­lo­gies majo­ri­tai­re­ment d’origine améri­caine, japo­naise ou alle­mande, demeure un secteur d’avenir des plus porteurs qui est celui de l’agriculture et de l’agroalimentaire. La consom­ma­tion inté­rieure étant appe­lée a augmen­ter dans de fortes propor­tions, le manque de produc­ti­vité des cultures locales et la faible dispo­ni­bi­lité de terres culti­vables, de plus ampu­tées par de nombreuses nouvelles construc­tions, vont très rapi­de­ment poser un problème dans le secteur alimen­taire. Si les impor­ta­tions de soja et de céréales diverses sont déjà en forte hausse, il ne s’agit là que des prémices de ce que sera sous peu la demande chinoise. Le secteur du lait ayant été récu­péré par les Améri­cains et les Néo-Zélandais qui sont pour plus de 85 % du lait importé, celui de la restau­ra­tion rapide par Mc Donald et KFC, faute d’autres préten­dants comme c’est le cas dans bien des secteurs, cette demande en produits agri­coles pour­rait bien échap­per à l’Europe et en parti­cu­lier à la France.

Ces quatre millions d’emplois détruits dont il ne faut pas parler

La France de 1889 face à la Chine de 2020Malgré là aussi une produc­ti­vité en hausse, ce sont 4 millions d’emplois qui ont disparu trans­for­mant les campagnes en lotis­se­ments rési­den­tiels et les paysans restants en assis­tés de la CEE. Pous­sées à s’endetter pour faire face à une trans­for­ma­tion dictée par le désir des poli­tiques de ne plus voir des centaines de trac­teurs entra­ver les départs en vacances, il est malgré tout bien plus ques­tion des suicides chez un sous-traitant d’Apple que du fait qu’en moyenne un agri­cul­teur fran­çais décède chaque jour des mêmes causes. Terres en jachères subven­tion­nées, prime au départ avant de faire machine arrière, quotas laitiers et poli­tique agri­cole proche du n’importe quoi ont ainsi passa­ble­ment altéré une filière pour­tant majeure pour l’équilibre natio­nal et pouvant de nos jours offrir des débou­chés inté­res­sants sur les marchés internationaux.

Le plus diffi­cile : chan­ger les menta­li­tés

La France de 1889 face à la Chine de 2020Si les Chinois n’achèteront jamais dans leur majo­rité des parfums et cosmé­tiques de marque, des grands vins et construi­ront avant long­temps leurs propres avions et centrales nucléaires dernière géné­ra­tion, ils auront par contre besoin de se nour­rir et seront prêts à payer le prix pour cela. Cette oppor­tu­nité doit être étudiée dès aujourd’hui en mettant de côté les aspects burlesques trop souvent liés à l’image de la Chine et dont la fina­lité est de se prou­ver une supé­rio­rité géné­ti­que­ment héri­tée. Déjà par le passé les Alle­mands, les Anglais ont prouvé leur adap­ta­bi­lité en consi­dé­rant le secteur du commerce comme étant bien au-dessus d’une vieille couronne de laurier datant de 1889, époque où la construc­tion de la tour Eiffel faisait grand bruit . La France s’étant à présent moder­ni­sée dans bien des secteurs, reste à la traîne les menta­li­tés avec en premier lieu les têtes souvent trop vides de respon­sables dont la mission est pour­tant de penser à l’avenir de la nation et non pas à celui de leur seule carrière.

Crédit –F. Vitetta travaille en tant que pigiste pour house­trip toulouse

Albié Alain
Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois.
Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes.
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