Navigation Menu

La fin des coupures publi­ci­taires : «une bonne mauvaise nouvelle»

pas chinoisVotée en octobre dernier, la loi visant à inter­dire tota­le­ment les coupures publi­ci­taires pren­dra effet le 1 er janvier 2012. Il faut dire que sans enca­dre­ment juri­dique les Chinois ont bien du mal à respec­ter une certaine évidence, qu’il s’agisse de la fréquence des spots télé­vi­sés ou de la vie en géné­ral. Il était en effet devenu courant de couper un film ou une émis­sion de varié­tés jusqu’à cinq reprises afin d’y placer un de ces tunnels publi­ci­taires, ce de plus en augmen­tant nota­ble­ment le volume sonore.

Outre cet aspect posi­tif en tant que télé­spec­ta­teur, c’est la perte finan­cière de l’ordre de 20 milliards de Yuans qui inquiète les respon­sables de chaînes. Sans cette manne appor­tée autre­fois par les annon­ceurs, CCTV risque fort de devoir réduire ses budgets et se limi­ter à quelques achats de films et séries payées au rabais. Il pour­rait en être de même pour les émis­sions de varié­tés aux décors souvent luxueux et présen­tés par quelques vedettes bien rému­né­rées. C’est sans doute ce que voulait expli­quer un respon­sable d’une chaîne locale qui décla­rait que cette mesure corres­pon­dait à un retour à une télé­vi­sion pure­ment étatique, ce pour peu qu’il en ait été autre­ment auparavant.

D’un autre côté, la réduc­tion des passages publi­ci­taires devrait avoir un effet béné­fique puisqu’en étant plus rares les annonces devien­dront méca­ni­que­ment plus chères. Ce qui est ainsi perdu sur la quan­tité pour­rait en partie être récu­péré sur le coût de diffu­sion d’un spot. Un point néga­tif serait par contre qu’une trop forte hausse empêche les annon­ceurs locaux de se promo­tion­ner, la télé­vi­sion chinoise étant déjà enva­hie de spots publi­ci­taires de marques étran­gères à la puis­sance finan­cière bien supérieure.

Cette déci­sion risque égale­ment de pous­ser de nombreux télé­spec­ta­teurs à s’équiper d’antennes satel­lites afin de capter des diffu­sions de meilleure qualité et souvent plus variées que les sempi­ter­nels affron­te­ments entre commu­nistes, natio­na­listes et japo­nais. Alors que ces équi­pe­ments sont inter­dits dans les agglo­mé­ra­tions desser­vies par les réseaux offi­ciels, de nombreux Chinois contournent depuis long­temps cette inter­dic­tion, ce qui pour­rait prendre une dimen­sion supplé­men­taire avec une baisse de qualité des programmes.

Si ce sont les auto­ri­tés chinoises qui ont décidé de cette mesure, il faut toute­fois savoir que c’est sous la pres­sion d’une partie de la popu­la­tion qui était à juste titre exas­pé­rée par les inces­santes coupures dues à la publi­cité. Passer d’un extrême à un autre est souvent la façon de réagir dans un pays où le juste milieu (中国) est une notion bien plus histo­rique que réelle. Pour peu que l’État chinois y trouve un inté­rêt poli­tique, c’est avec un plai­sir certain qu’il reprend la main sur la télé­vi­sion, ce de manière très démo­cra­tique puisque demandé par le peuple.

Faute d’avoir eu la clair­voyance de s’imposer certaines limi­ta­tions, les respon­sables de chaînes vont devoir payer les pots cassés après avoir brisé les oreilles de leurs clients. A trop vouloir gagner on perd souvent tout, ce dicton même s’il n’est pas chinois va comme un gant à la situa­tion qui sera celle dès 2012. Faut-il s’en plaindre ? Réponse dans quelque mois.

Albié Alain
Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois.
Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes.
La publication d'extraits de cet article est autorisée sous réserve qu'un lien renvoie vers l'original.