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La crise, une aubaine pour les migrants ?

Selon une étude du gouvernement chinois, moins de 3% des migrants ayant perdu leur emploi en raison de la crise seraient encore au chômage. Le chiffre annoncé est sans doute assez loin de la réalité, mais il est certain qu’un grand nombre de ces personnes ont retrouvé un travail et très souvent en se le créant. Les contraintes fiscales et sociales étant nulles, il est en effet tout à fait aisé de créer son petit « business », ce qui rapporte parfois plus que les longues heures passées dans les usines du Guangdong. Le nombre des restaurants de rue a considérablement augmenté et est également apparue une nouvelle forme de commerce qui consiste en la vente de vêtements dans les rues dès la nuit tombée.
L’horaire « tardif » et la complaisance des autorités a en effet favorisé une nouvelle forme de vente qui permet aux personnes privées d’emploi de retrouver un revenu permettant de subvenir aux besoins familiaux. Souvent propriétaires d’une voiture, achetée à l’époque où ils étaient salariés, un aller-retour à Guangzhou ne coûte pas cher et permet de s’approvisionner en piochant dans les stocks disponibles, utilisant les relations forgées lors de leur séjour dans les usines de la côte.

S’il y a quelques mois la qualité des produits était assez basse, une partie des bénéfices réalisés est aujourd’hui utilisée pour investir dans des vêtements ou chaussures de bien meilleure qualité, ce qui les met en concurrence avec les commerçants sédentaires qui eux doivent s’acquitter des taxes et impôts. Cette pratique impensable en France, où une dénonciation pour travail clandestin est plus rapide que l’éclair, m’a tout de même interpellé et j’ai posé la question de cette concurrence sauvage à une amie, propriétaire d’un magasin d’habillement :
-    Ce sont des jeunes qui sont d’ici, on les connait ; ils gagnent un peu d’argent pour vivre, je préfère ça plutôt qu’ils aillent faire du trafic d’ extasie dans les KTV’s.
-    Au début ils n’étaient pas nombreux, mais comme ça marche assez bien, ils sont maintenant dans presque toutes les rues.
-    La clientèle à qui ils vendent n’est pas la nôtre, car ce sont majoritairement des jeunes qui achètent des produits dont beaucoup sont pour l’exportation. Ces marchands n’achètent parfois qu’une seule taille d’un modèle, ce que nous ne pouvons faire, car on doit en acheter plusieurs pour satisfaire nos clients.
-    De plus, cela fait une animation dans les rues et au contraire nous apporte des clients.
-    Et puis, je ne suis pas fonctionnaire aux services du commerce, ce que font les autres ne m’intéresse pas, d’autant plus que je n’ai subi aucune perte de chiffre d’affaires, au contraire. Avant qu’ils n’arrivent, on fermait à 19 h, car il n’y avait plus grand monde après cette heure ; on reste ouvert maintenant jusqu’à 23 h. et j’ai embauché une vendeuse supplémentaire qui ne vient que le soir.

Ayant un ami aux services du commerce, je lui ai demandé sa position sur ces vendeurs « sauvages », il m’a tout d’abord dit avec un large sourire :
-    Ahhh, je ne savais pas ; à cette heure-là, on ne travaille pas !
Puis, en étant plus sérieux :
-    Bien sûr que nous sommes au courant, mais ce sont majoritairement des gens d’ici qui travaillaient dans le Guangdong ou à Shanghai, leurs usines ont fermé et ils sont rentrés chez eux. Leurs parents sont souvent des agriculteurs peu fortunés et l’argent qu’ils gagnent en vendant leur marchandise remplace souvent celui qu’ils envoyaient quand ils étaient salariés.
-    Bien sûr, ils ne payent pas de taxes, mais ils aident leurs parents et ils consomment donc font vivre le commerce local. Même s’ils gagnent moins qu’avant, les frais sont aussi bien moindres et vivent souvent mieux que par le passé. J’ai un ami dont le fils vend des chaussures dans une des rues, il y a un mois son ancien employeur lui a proposé de revenir, car les commandes redémarraient, il a refusé. Sa femme vivait avec ses parents et il ne voyait son enfant que pour les congés du Nouvel An et quand sa femme venait le voir à Guangzhou.
-    Il y en a même qui achètent des appartements neufs, ce qui contribue à l’essor de l’économie locale.
-    On a eu il y a peu une réunion avec les responsables locaux et ils nous ont dit de laisser faire tant qu’il n’y avait pas de problèmes ou d’incidents avec les commerçants ; ceux-ci ne se plaignant pas pour l’instant, on n’a aucune raison d’intervenir.
-    Le risque est qu’ils deviennent trop nombreux et comme ils gagneront moins, certains risquent de « s’énerver », surtout si des gens venus de l’extérieur viennent leur faire concurrence. On verra bien, pour l’instant c’est calme.

Ce phénomène ayant dû se répéter un peu partout en Chine, il n’est donc guère étonnant que le chiffre de ces ex-chômeurs et ex-migrants soit à la baisse, même s’il n’atteint pas les 97 % annoncés. Il est vrai que les Chinois ont l’habitude de se débrouiller seuls, souvent par force, car l’état « providence » tel que nous le connaissons n’existe pas dans ce pays où les problèmes du voisin sont ses problèmes. Si ce « reclassement » professionnel peut sembler positif, il faut toutefois apporter une réserve, car si ces personnes travaillent effectivement, elles n’ont plus la couverture sociale que leur apportait leur ancien emploi ce qui les pousse à épargner allant à l’encontre de la volonté gouvernementale qui voudrait voir la population dépenser plus afin de soutenir l’économie intérieure. Donner une couverture sociale gratuite à ces personnes est impensable dans un pays ou bon nombre de commerçants déclarés n’ont pas les moyens de se payer une assurance santé et ceux-ci seraient pour le moins surpris de voir le gouvernement aider des « clandestins » plutôt que des « légaux », sans compter que cela pousserait de plus en plus de personnes à entre dans ce système parallèle de vente.

Ce pays est ainsi fait qu’il donne parfois l’impression de régler ses problèmes au jour le jour, sans pour autant régler les problèmes de fond, laissé pour les générations futures.

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