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La Chine vue d’en bas

lusanMon objectif et mes moyens étant bien plus modestes que certains « gros cubes » de l’information Française sur la Chine, je me suis entretenu non pas avec un quelconque « dissident » médiatisé des beaux quartiers de Pékin mais avec une Chinoise au moins aussi représentative, qui vit au  fin fond du Guangxi. Le but de cet entretien est de mieux comprendre comment un habitant a vécu ces 50 dernières années. Afin de ne pas être trop long et pour respecter les principaux faits marquants, j’ai découpé cet entretien en trois parties qui correspondent aux grandes étapes de l’histoire de la Chine moderne .

Elle est âgée aujourd’hui de 76 ans et est née dans un village limitrophe du Vietnam qui à l’époque s’appelait le Tonkin. Sa mère était d’origine Vietnamienne et son père de l’ethnie Zhuang, elle les a peu connus car sa mère est décédée jeune et son père qui faisait de la contrebande avec le Vietnam est « tombé de la montagne » comme elle dit, ce qui sous entend qu’il a été assassiné par d’autres contrebandiers.
Elle passait souvent la frontière entre les deux pays dont un était occupé par les Français :
« Tous ceux qui avaient des chapeaux Chinois recevaient un coup de matraque en passant devant les soldats Français, je ne sais pas pourquoi, mais c’était comme ça et si l’on mettait ses mains sur la tête pour se protéger, on recevait le coup dans le dos ».
Quand les deux camps Chinois se sont opposés lors de la première partie de la guerre civile, cette partie de la Chine s’est résolument tournée vers Mao Zedong dont les porte-paroles venaient expliquer les grandes lignes de sa politique :
La redistribution des terres, le droit à la parole, l’égalité.
« Nous n’avions rien à perdre et nous ne voulions pas que les gros propriétaires terriens reviennent car mon père me racontait que quand il était jeune, son employeur ne lui donnait à manger que trois fois par semaine, disant que c’était bien assez ; on n’était pas riche, mais je suis allé à l’école 3 ans alors que mes parents n’avaient pas eu le droit d’y aller car seuls les enfants de propriétaires pouvaient être instruits ».
Ensuite, les Japonais ont envahi la Chine et la région s’est vue rapidement occupée car la frontière étant proche, beaucoup de militaires Japonais étaient en poste ici.« Les premiers Japonais qui sont arrivés étaient gentils mais un jour un officier a été tué par un résistant et les soldats qui étaient là ont été remplacés par d’autres ; un jour, ils sont venus chercher mon frère et ils l’ont fusillé sur la place du village. Quinze jours plus tard, ils sont venus pour chercher ma sœur en disant qu’ils voulaient l’interroger, on ne l’a jamais revue. On avait peur, très peur qu’ils viennent nous chercher aussi. »
Aussitôt après la capitulation du Japon, la guerre civile a repris entre le camp de Tchang Kai-Chek et celui des communistes de Mao et la région n’a pas été épargnée :
« J’étais mariée depuis un an et j’attendais un enfant, mon mari m’a fait passer au Vietnam où je suis restée 3 ans, sans voir mon mari . Un matin, il est arrivé et m’a dit : »
-« Tu peux rentrer, on est libre »
« Quand je suis arrivée sur la place du village, les gens dansaient et chantaient, c’était la première fois que je voyais cela en dehors des mariages . On a fait la fête pendant des jours et des nuits ; on allait au travail en chantant et dans les rizières tout le monde riait. On était heureux, on avait envie de faire de notre pays le plus beau des pays. Il y avait des portraits de Mao partout et tout le monde portait un foulard rouge»
Mais le bonheur est parfois éphémère …
Fin de la première partie.
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