La Chine vue de Chine

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La Chine, un marché d’avenir ? Oui, pour les Chinois !


aieAutant ce pays est critiqué sur bien des aspects, autant il est convoité,  souvent d’ailleurs pour les mêmes raisons. Si en effet la Chine pollue, c’est parce qu’elle produit et si sa croissance est si forte, c’est parce qu’elle vend ; il en est de même pour son excédent commercial, celui-ci provenant en grande partie du fait que mis à part pour certaines matières premières, la Chine n’a guère besoin des pays tiers pour assurer son existence. Cette demande en certains produits énergétiques fait de plus monter les prix, ce qui a pour effet d’enrichir des nations qui y trouvent là leur intérêt, et dont beaucoup voient par ricochet le niveau de vie de leur population s’améliorer .

Les grands perdants de cette montée en puissance sont sans aucun doute les pays riches d’aujourd’hui, qui non seulement ne le seront plus demain, mais deviennent de plus en plus dépendants des achats de leurs produits par les Chinois, ce dont ils ont pleinement conscience.

On vend certes encore quelques avions, quelques centrales nucléaires, mais encore pour combien de temps avant que, tant par le système des transferts technologiques, que par une meilleure connaissance dans ces domaines de la part des nouvelles générations, les Chinois n’aient pas plus besoin de savoir-faire que d’investissements ?

Cinq ans, dix ans, plus ? Peu importe, d’autant plus que ce phénomène sera progressif, tant pour des raisons techniques que politiques, les dirigeants Chinois ne voulant pas trop effrayer leurs actuels fournisseurs et clients. Ce qui est certain, c’est que la Chine se paiera progressivement les domaines où elle est encore en retard, personne n’étant aujourd’hui de taille à refuser de telles offres tant les économies occidentales sont malades.

Ce mode de fonctionnement, consistant en une fermeture tant idéologique qu’économique, est une constante de ce pays depuis des siècles, et seules deux périodes viennent faire les exceptions qui confirment cette règle. La première concerne l’époque de la colonisation de la Chine, où la force a été employée afin d’ouvrir ce pays au commerce extérieur, la seconde étant celle que nous vivons actuellement, dictée par la nécessité de moderniser le pays, mais jusqu’à un certain point qui n’est pas loin d’être atteint.

Avec son propre marché local, certes en devenir, plus la toile tissée ces dernières années, celle-ci ayant pour but de s’assurer de son alimentation en matières premières, et en y ajoutant quelques pays satellites lui assurant un appui politique acheté par diverses aides, la Chine s’est en effet pourvue du nécessaire indispensable en vue d’une nouvelle fermeture, et ce, sans doute pour une période qui sera longue, comme l’ont été celles du passé. La dernière de ces époques a été celle initiée par Mao, et qui a elle-même succédé à d’autres, où ce pays vivait en quasi autarcie, ignorée du reste du monde, ce qui semble bien mieux lui convenir que d’être en permanence sous les feux des projecteurs.

Pessimiste penserez-vous, non, et il faudrait au contraire être particulièrement optimiste et prétentieux pour sincèrement penser autrement. Lorsque des pays se sont en effet ouverts, dans un sens ou dans l’autre, cela n’a jamais été de leur plein gré, mais là aussi par la force ou par la nécessité du moment. Les grands navigateurs d’autrefois sont très majoritairement issus de petits pays en termes de surface, allant de fait chercher ailleurs ce qu’ils ne trouvaient pas chez eux. Il en est de même pour les successifs phénomènes d’immigration, où des milliers ou millions de personnes sont allés tenter de trouver ce que leur pays d’origine ne pouvait leur offrir, qu’il s’agisse de travail ou de sécurité alimentaire ou sociale. On peut même penser que les divers problèmes causés par cette immigration, et qui font que les pays d’accueil ont tendance eux aussi à se refermer, rendent logique ce qu’il adviendra de la Chine, même si là, les raisons sont bien plus culturelles que dictées par un problème économique mis complaisamment sur le dos de ces populations.

Dans le cas de la Chine, cette fermeture, que certains nommeront repli sur soi-même, ne se fera pas à coup de lois et de contraintes administratives, mais de manière naturelle, et cela, en fixant le droit d’entrée à une telle hauteur que bien peu seront capables d’atteindre ce seuil. Cet immense marché, que certains entrevoyaient comme étant le sauveur des économies occidentales, s’avère de plus en plus être un leurre ayant pour but de sembler entrouvrir une porte, alors que dans les faits le courant d’air est bien plus fort dans le sens opposé que certains ne le pensent.

Le pire dans ce scénario, c’est que la Chine ne fera qu’appliquer ce que certains lui demandent hypocritement depuis son entrée dans l’OMC, c’est-à-dire de se concentrer sur son propre marché, afin de ne pas venir gêner le modèle économique mis en place des les années 50. Si quelques places seront faites aux étrangers, celles-ci seront chères, non pas obligatoirement par leur coût financier, mais par une acceptation sans réserve d’une culture et d’un mode de fonctionnement qui sont ce qu’ils sont, mais qui demeurent ceux des Chinois depuis des siècles, et que nous n’avons sans doute pas su ou voulu comprendre.

Pour conclure, je n’ai pas trouvé mieux que ces quelques mots tirés de l’enseignement militaire ancestral Chinois :

« Qui connaît son ennemi comme il se connaît, en cent combats ne sera point défait.

Qui se connaît mais ne connaît pas l’ennemi sera victorieux une fois sur deux. Que dire de ceux qui ne se connaissent pas plus que leurs ennemis ? »



Albié Alain

Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois. Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes. La publication d'extraits de cet article est autorisée sous réserve qu'un lien renvoie vers l'original.