Le monde vu de Chine

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La Chine : un gigantesque château de cartes


La Chine : un gigantesque château de cartes« La Chine de demain sera un pays entièrement démocratique, un État de droit, d’équité et de justice » a déclaré le premier ministre chinois lors de sa visite en Angleterre. Le mot demain est sans doute ambitieux, même si sa valeur est celle d’un avenir plus ou moins proche. Il faut sans doute voir dans cette phrase plus un souhait qu’une volonté, et ce d’autant qu’en 2012 l’actuel premier ministre laissera sa place à li keqiang.

Si Wen Jiabao a paru parfois à contre-courant de la ligne inflexible du PCC, son maintien à ce poste n’a été possible que grâce à sa popularité auprès des chinois, et ce bien plus qu’au sein des instances du parti. Il s’agit donc là davantage du début d’une tournée d’adieu que d’une annonce pouvant être suivie d’effets. Les deux libérations successives de Hu Jia et de Ai Weiwei trouvent leurs raisons dans cette visite, un chinois invité n’arrivant jamais les mains vides.

Dans les quatre mots principaux de cette phrase, aucun en effet n’est actuellement seulement initié ce qui laisse entrevoir l’ampleur d’une tâche que personne au sommet n’a le réel désir ou la faculté d’entreprendre. Pour être démocratique, la Chine se devra d’être représentative, or il n’existe actuellement aucune structure politique autre que celle du PCC et de ses milliers de membres répartis à tous les niveaux de la société. Si la majeure partie des dissidents plus ou mois connus n’ont rien de solide à proposer, car trop influencé par leurs voyages à l’étranger, la nomenklatura économique tourne par intérêt autour des diverses bulles spéculatives, vivant ainsi bien plus du peuple que pour le peuple. Libérer un tant soit peu le droit à l’expression politique aboutirait par conséquent à très court terme à un affrontement violent entre riches et pauvres, la classe intermédiaire faisant en premier lieu les frais de cette opposition.

Il en est de même pour l’État de droit ou celui-ci n’est aujourd’hui réservé qu’à ceux qui ont su développer leurs relations, ce qui a un coût bien trop élevé pour une bonne partie de la population qui doit subir les dérives incessantes des roitelets locaux. En ce qui concerne l’équité, les pays s’étant doté de textes encadrant cette valeur ont de nos jours de plus en plus de mal à les faire appliquer, ce qui présage mal de la possibilité pour la Chine de donner à chaque habitant les mêmes droits avec un cadre juridique et législatif des plus flou.

Comme pour les points précédents, la justice ne peut être efficace sans une séparation des pouvoirs judiciaires ainsi qu’une redéfinition de chacun d’entre eux. Si certains progrès ont été réalisés, les avocats demeurent des empêcheurs de tourner en rond, et ce d’autant plus lorsqu’une affaire met en péril les intérêts de quelques nantis. Si dans un pays comme la France la franc-maçonnerie est omniprésente dans le domaine de la justice, en Chine c’est le PCC qui dicte ses règles et ses lois ce qui ne peut permettre une juste application des quelques textes plus ou moins poussiéreux.

Pour parvenir à l’objectif évoqué par le premier ministre il faudrait donc non pas quelques adaptations, mais une refonte totale du système, ce à quoi aucun responsable politique n’est prêt de peur de perdre ses prérogatives de petit chef. Les changements de cap successifs décrits comme autant de réformes ne sont dans la réalité que des rafistolages plus proches du bricolage et de la raison du moment. Pour dans un premier temps survivre et ensuite évoluer, un pays d’une telle envergure doit disposer d’une base commune solide sur laquelle viennent ensuite se greffer les aménagements. À l’heure actuelle, la Chine n’est qu’un énorme château de cartes branlant malgré des apparences parfois trompeuses. Le moindre courant d’air et tout l’édifice s’écroule puisque ne reposant que sur le désir de montrer l’image idyllique d’une idéologie politique n’ayant pas su s’adapter à la modernisation qu’elle a elle-même initié.

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Albié Alain

Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois. Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes. La publication d'extraits de cet article est autorisée sous réserve qu'un lien renvoie vers l'original.