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La Chine, le pays de la franchise

Il ne s’agit pas là du compor­te­ment opposé à l’hypocrisie, mais de l’aspect commer­cial du terme. La Chine est en effet le numéro un mondial dans ce domaine de l’activité marchande et a enre­gis­tré en 2010 pas moins de 4500 demandes. Si les grandes marques étran­gères spécia­li­sées sont présentes, les fran­chi­seurs chinois détiennent une place impor­tante sur ce marché parti­cu­liè­re­ment porteur. Si certains assou­plis­se­ments de la loi ont permis d’augmenter le nombre de fran­chi­sés, elle a égale­ment ampli­fié le « n’importe quoi ».

En dehors des grandes marques locales ou non, sont venus se gref­fer une myriade d’enseignes plus ou moins sérieuses où le perdant est tant le client final que le fran­chisé. Derrière ces noms souvent ronflants se cachent en effet bien des escro­que­ries, ce qui pousse d’ailleurs les auto­ri­tés chinoises à étudier un texte visant à stan­dar­di­ser les fran­chises. Ce secteur étant toute­fois signe de reve­nus et d’emplois, il ne faut pas s’attendre à un texte contrai­gnant, ce d’autant plus que la baisse des expor­ta­tions devrait ampli­fier le désir pour les fabri­cants de se tour­ner vers cette forme d’activité.

Si les « GIFI » chinois se multi­plient, ce sont les secteurs de l’habillement et de la chaus­sure qui sont les plus prisés par de futurs fran­chi­sés dési­rant se démar­quer de leurs concur­rents. Vête­ments soi-disant conçus en France, mais en fait n’ayant jamais quitté la Chine, stock initia­le­ment prévu pour l’export et rapi­de­ment recon­di­tionné pour la clien­tèle chinoise, les produits sont nombreux.

Pour le fran­chi­seur, il n’est pas très diffi­cile de contour­ner la loi actuelle impo­sant un mini­mum de durée de vente en son nom, quelques rela­tions bien placées étant suffi­santes pour appor­ter les preuves venant épau­ler la demande de fran­chise. Pour le fran­chisé, une ou deux jour­nées passées dans les ateliers du Guang­dong suffisent ample­ment à lui lais­ser croire à des reve­nus consé­quents, et ce même si les coûts d’entrée sont de plus en plus conséquents.

Comme souvent dans ce genre d’activité, ce sont les aména­ge­ments plus ou moins copiés sur quelque chose d’existant qui rapportent au fran­chi­seur, les produits en eux-mêmes n’étant qu’accessoires. Même en cas d’échec du fran­chisé, la consti­tu­tion du stock initial consti­tue un apport finan­cier impor­tant dont une partie sert à donner plus d’éclat à son enseigne, et donc à la rendre plus chère.

Si ce système fonc­tionne malgré les fréquentes ratées, c’est d’une part parce que le nouveau fran­chisé se pense plus « costaud » que les autres et surtout parce qu’il n’a pas d’autres choix. La venue en masse des grandes surfaces de vente, et ce même dans les zones rurales, impose en effet de se moder­ni­ser. La clien­tèle étant plus diffi­cile que par le passé et aussi bien plus snob, les maga­sins aux aména­ge­ments vieillots sont voués à la ferme­ture. Même si les produits propo­sés sont sensi­ble­ment les mêmes, il est par consé­quent indis­pen­sable de revoir l’environnement commer­cial et affi­cher une ou plusieurs marques plus présen­tables en termes de marketing.

C’est cette situa­tion qui fait que de nombreux vautours attendent la venue de ces « déses­pé­rés » pour leur promettre monts et merveilles en échange de quelques dizaines de milliers de yuans et la signa­ture d’un contrat garan­tis­sant au moins au fran­chi­seur un avenir radieux. En exploi­tant ainsi une demande en forte hausse, le marché de la fran­chise se déve­loppe autour de concepts large­ment amor­tis, mais bien suffi­sants pour des clients n’ayant aucune expé­rience dans ce domaine.

Dans un avenir très proche, le nombre de petits commer­çants réel­le­ment indé­pen­dants devrait consi­dé­ra­ble­ment chuter pour lais­ser sa place à des struc­tures bâties autour de fran­chises plus ou moins sérieuses. Les dérives devraient suivre cette multi­pli­ca­tion, ce qui impo­sera à plus ou moins long terme que les respon­sables de ce secteur revoient leur copie. En atten­dant ce jour prochain, c’est autant de temps gagné et de pigeons plumés, personne ne les obli­geant toute­fois à se diri­ger vers cette porte de la fran­chise qui pour le coup se révèle souvent très hypocrite.

 

Albié Alain
Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois.
Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes.
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