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La Chine : la plus grande démo­cra­tie du monde (2/3)

 

La Chine : la plus grande démocratie du monde (2/3)

Après vous avoir expli­qué le fonc­tion­ne­ment poli­tique du pays ici et , il est utile de préci­ser ce qu’est la démo­cra­tie. Un grand nombre de personnes ont en effet tendance à confondre la défi­ni­tion première de ce mot avec le fait de glis­ser un bulle­tin dans une urne. Si ce mot est très souvent employé comme un élément glorieux à mettre à l’actif d’un pays, son appli­ca­tion est très souvent éloi­gnée de son sens premier. Si dans des pays comme le nôtre, il s’agit de démo­cra­tie indi­recte fonc­tion­nant sur la base d’élections visant à nommer des personnes censées repré­sen­ter le peuple, la fina­lité est toute autre.

Il n’est en effet pas diffi­cile de consta­ter qu’une fois en place, les élus n’ont que peu de liens avec la popu­la­tion. Ceux-ci sont bien plus étroits avec le parti qui leur a permis d’accéder à cette fonc­tion ou avec le gouver­ne­ment qui est en fait le seul à déci­der, le peuple ne pouvant dès lors qu’accepter les déci­sions et orien­ta­tions prises au sommet. Pour la popu­la­tion elle-même, elle se trouve à avoir le choix entre mourir pendue ou noyée, ce qui ne change guère la fina­lité. Si la Chine n’a en effet qu’un seul parti de gouver­ne­ment, des pays comme la France ou les US en ont deux, ce qui est très loin de repré­sen­ter la diver­sité de la popu­la­tion. De plus, la démo­cra­tie à l’occidentale est un moyen très pratique pour les habi­tants de se débar­ras­ser du souci de leur avenir en le remet­tant entre les mains de tiers, ce qui les dégage par la suite de toute responsabilité.

J’ai souvent abordé avec des Chinois ce point concer­nant des élec­tions au suffrage univer­sel au niveau régio­nal ou natio­nal. Pour les « pour », la raison est avant tout un désir d’alignement sur ce qui se fait ailleurs, sans pour cela qu’une réelle moti­va­tion ou convic­tion se dégage. Pour les « contre », c’est une certaine luci­dité qui se prévaut, celle-ci semblant forte­ment manquer à bien de mes compatriotes :

« Pour déci­der de ce qui est bien ou mal pour mon pays, il faudrait que j’aie les capa­ci­tés à comprendre des choses qui me sont complè­te­ment étran­gères. Je crois savoir ce qui est bien de faire pour ma famille, quel­que­fois pour ma ville. Pour ce qui est de la région, du pays, je n’en sais rien, car c’est compli­qué. Je vois parfois à la télé­vi­sion des dépu­tés Taïwa­nais ou Coréens se battre devant les camé­ras de télé­vi­sion. Nous, on s’est battu entre nous durant 40 ans, je n’ai pas envie que cela recom­mence. Je regarde mon pays aujourd’hui et il y a 20 ans et je trouve qu’ils ne s’en sortent pas trop mal.»

La vie d’un citoyen lambda est avant tout fait à 99% d’un quoti­dien prati­que­ment commun à tous les habi­tants de la planète, et qui peut se résu­mer à : travail, famille, diver­tis­se­ments que ceux-ci soient sous formes cultu­relles, spor­tives ou autres. Dans tous les pays, on se réunit entre amis et si l’on discute des divers éléments consti­tuant cette vie une diffé­rence notable appa­raît entre la Chine et un pays comme la France. Là où en effet les Chinois vont discu­ter d’un projet touchant à l’acquisition d’un loge­ment, de la créa­tion en commun d’une entre­prise, les Fran­çais vont eux parler de poli­tique alors que dans la réalité ils n’ont aucune prise réelle sur les déci­sions prises au sommet. On râle, on s’indigne, on s’oppose pour défendre non pas ses propres idées (et pour cause), mais celles du parti pour lequel on a ou non voté. On est de droite ou de gauche, mais sans toujours avoir la moindre notion de géopo­li­tique, d’économie ou de tout autre élément consti­tuant ce qu’est une entité natio­nale. Vous me direz que les Chinois non plus, mais la diffé­rence est qu’eux ont conscience de ce manque de connaissances.

C’est ainsi qu’en 1981 Mitter­rand n’a pas été élu sur un programme poli­tique, mais sur quelques promesses plus ou moins déma­go­giques et le désir d’une partie de la popu­la­tion de liqui­der une classe poli­tique bour­geoise dont elle s’apercevra ensuite qu’elle en a mis une autre en place bien pire sous certains aspects. Cela vaudra à la France de rempla­cer ceux qu’elle a adulés quelques années aupa­ra­vant, para­ly­sant depuis l’appareil poli­tique pendu aux désirs d’un peuple qui ne sait pas ce qu’il veut. Ce qui est en effet nommé orgueilleu­se­ment « alter­nance poli­tique » n’est en fait qu’une inter­pré­ta­tion moderne d’un vieux dicton « Manger à tous les râte­liers ». Cette propen­sion à dési­rer récu­pé­rer chaque avan­tage du moment est une des raisons du déclin des pays occi­den­taux face à un pays comme la Chine où les grandes lignes sont tracées tous les cinq ans, ce qui était autre­fois le cas en France avant que la poli­tique devienne un spec­tacle permanent.

De leur côté, les « respon­sables » poli­tiques se gardent bien de dési­gner le vrai seul coupable de cette situa­tion soit le peuple lui-même. Imagi­nez en effet le score d’un futur candi­dat à la prési­dence expli­quant clai­re­ment et publi­que­ment que si les diri­geants poli­tiques sont médiocres c’est parce qu’ils repré­sentent une popu­la­tion d’incapables plus encline à beugler dans la rue tel le bétail exposé lors d’un comice agri­cole. Les maqui­gnons sont pour l’occasion ces candi­dats qui du haut de leur tribune font monter les prix avant que les vaches ne prennent le chemin de l’abattoir.

Les Chinois eux sont débar­ras­sés de ces arti­fices aussi inutiles que coûteux et ont ainsi plus de temps pour entre­prendre, pour réflé­chir à leur propre destin, la notion d’état provi­dence n’existant que peu, et ce, tant par manque de moyens que par culture. Le dernier rema­nie­ment minis­té­riel ne fait que montrer la pauvreté de cette classe poli­tique obli­gée de fonc­tion­ner dans un cercle vicieux de person­na­li­tés parfois contes­tables, mais rare­ment contes­tées. Obli­ga­toi­re­ment issues du cercle très fermé, ces « person­na­li­tés » dispa­raissent lors d’une affaire fumeuse ou d’un résul­tat élec­to­ral défa­vo­rable, se cachant tempo­rai­re­ment derrière le paravent de quelques mandats locaux pour mieux renaître de leurs cendres une fois la tempête passée.

La démo­cra­tie est souvent défi­nie comme le moins mauvais des systèmes. Cela est sans doute vrai pour nos contrées fières d’un passé dans lequel les habi­tants actuels ne sont pour rien et inca­pables d’utiliser ce mot dont ils sont pour­tant si fiers. La Chine elle se construit sur des bases souvent lentes, mais solides. Comme toute construc­tion, celle-ci commence par le bas et non par un sommet composé d’élites ou d’hommes provi­den­tiels dont la Chine a fait la doulou­reuse expé­rience. Il y a certes en Chine un fossé entre le pouvoir et le peuple, mais il n’est pas certain qu’il soit plus impor­tant que celui qui sépare les diri­geants de pays dits démo­cra­tiques d’un peuple à qui l’on ne demande son avis qu’une fois tous les cinq ans. C’est en tout cas ce que nous verrons lors du prochain article sur ce sujet, l’état des lieux présenté ici étant indis­pen­sable à une meilleure compré­hen­sion de la suite.

Albié Alain
Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois.
Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes.
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