Navigation Menu

La Chine en Afrique : Atten­tion, terrain miné !

AfriqueLorsqu’il s’avère néces­saire, pour des raisons de poli­tique inté­rieure très locale, de détour­ner l’attention de l’opinion publique occi­den­tale, il est souvent ques­tion de l’invasion chinoise en Afrique. Autre­fois réserve de main d’œuvre gratuite deve­nue de nos jours un outil poli­tique pour certains partis poli­tiques qui mettent en avant l’immigration prove­nant de ces pays, l’Afrique reste en effet une propriété virtuelle de l’occident. Si la Chine y est présente depuis des siècles, ce sont les années 50–80 et la ferme­ture de la Chine à l’extérieur qui laissé pensé à un désin­té­rêt pour ce conti­nent riche en matières premières dont la Chine a besoin au même titre que les autres pays.

Malgré l’invasion chinoise si souvent mise en exergue, l’UE et les états unis repré­sentent toujours 70 % des inves­tis­se­ments (source FMI) dans les divers pays compo­sant l’Afrique, ce qui est loin de l’image d’une omni­pré­sence chinoise. La Chine est ensuite accu­sée de piller les ressources afri­caines au détri­ment des parte­naires tradi­tion­nels cités plus haut. Comme le démontrent les deux graphiques ci-dessous, cela se révèle faux puisque les expor­ta­tions vers l’UE et les USA n’ont guère changé depuis des années. Ce qui a par contre connu une évolu­tion est la hausse des expor­ta­tions en direc­tion de l’Asie dont la Chine ne repré­sente qu’une moitié.

Afrique
Afrique

Parmi ces expor­ta­tions 70 % sont du pétrole, les 30 % restants se répar­tis­sant sur du bois et des mine­rais. Vient ensuite le problème souvent évoqué des impor­ta­tions des pays afri­cains, ceux-ci étant d’après certains enva­his de produits chinois. Là encore, la Banque Mondiale voit les choses autre­ment puisque pour elle ce sont 10 % des produits manu­fac­tu­rés impor­tés qui proviennent de Chine. Si vous trou­vez tous ces chiffres commen­tés dans les docu­ments four­nis en bas de cet article, le problème majeur que rencontrent les Afri­cains vis-à-vis de la chine est d’un autre ordre et se révèle cette fois bien réelle.

Si la Chine remporte en effet de nombreux marchés publics, ces succès sont dans bien des cas liés à des prix large­ment infé­rieurs de ceux propo­sés par leurs concur­rents. Or, si la Chine peut se montrer aussi compé­ti­tive, c’est avant tout parce que sur ces chan­tiers publics la main d’œuvre est large­ment chinoise. Celle-ci a plusieurs origines allant de popu­la­tions des régions inté­rieures qui trouvent là un travail mieux rému­néré aux prison­niers envoyés purger une partie de leur peine qui se voit dès lors réduite. L’encadrement est lui aussi Chinois, des inter­prètes eux aussi venus de Chine faisant le lien entre les respon­sables locaux et es diri­geants de l’entreprise chinoise. Je vous propo­se­rai d’ailleurs d’ici à quelques jours l’interview d’un de ces traduc­teurs du Congo après deux ans de mission.

Cette main d’œuvre « impor­tée » est donc logi­que­ment une cause de mécon­ten­te­ment des ouvriers locaux qui se voient concur­ren­cés par des ouvriers chinois bien moins regar­dants sur les condi­tions de travail et de plus évoluant dans une ambiance plus chinoise que locale. Si des quotas de main-d’œuvre locale sont impo­sés par certains de ces contrats, ils sont souvent contour­nés grâce à des cadeaux et autres avan­tages offerts aux respon­sables poli­tiques qui ne voient dès lors que leur inté­rêt immédiat.

Ces pays afri­cains en arrivent à une situa­tion para­doxale où tout en se moder­ni­sant grâce aux diverses infra­struc­tures mises en place par les Chinois, une partie de la popu­la­tion se trouve sans emploi du fait de cette évolu­tion qui devrait pour­tant profi­ter à tous. Si l’on ajoute à cette situa­tion parfois explo­sive les actions de ceux ayant des inté­rêts plus « occi­den­taux », on en arrive à des dérives qui conduisent à certains affron­te­ments. Si cette manière de faire des Chinois est sans aucun doute criti­quable, les pays occi­den­taux ne semblent pas en posi­tion de s’y oppo­ser, si ce n’est par des inter­ven­tions plus ou moins hypo­crites dont ils ont le secret, par exemple en Lybie. Alors qu’un pays comme la France a été durant des siècles le plus fervent défen­seur des dicta­tures d’Afrique noire et d’ailleurs, il lui prend tout à coup des désirs de jouer les gendarmes en restant toute­fois ciblé sur les pays où juste­ment la chine a la fâcheuse tendance à se déve­lop­per. C’est ainsi qu’en Lybie plus de 30 000 Chinois ont dû quit­ter leurs lieux de travail à la suite du « soulè­ve­ment popu­laire », ce qui ne fait guère de doute sur les objec­tifs réels de telles manœuvres.

Pour ce qui est de la Chine, elle doit rapi­de­ment apprendre les tech­niques employées par ses prédé­ces­seurs, soit l’hypocrisie et l’intrigue poli­tique, si elle ne veut pas se voir progres­si­ve­ment chas­sée de terri­toires qui ne sont pas plus les siens que ceux qui pensent y avoir quelques préro­ga­tives. Sans vouloir prendre à son compte le rôle de civi­li­sa­teur que l’Occident n’a jamais réel­le­ment assuré, la Chine doit se doit d’arrondir les angles qui sont repré­sen­tés par un chômage local impor­tant, rési­dus partiels du passage des prédé­ces­seurs. Dans bien des cas, et dans le cas de l’Afrique en parti­cu­lier, la Chine ne doit pas se conten­ter de «faire pareil» que les ex pays colo­ni­sa­teurs, mais mieux en ce qui concerne l’évolution de ces popu­la­tions. Il faudra pour cela du temps avant que les menta­li­tés chinoises ne changent, et c’est sans doute cet élément qui manque le plus, les anciens loca­taires étant très loin d’avoir rési­lié leur bail.

Chiffres mondiaux 2009

Chine en Afrique 1

Chine en Afrique 2

Albié Alain
Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois.
Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes.
La publication d'extraits de cet article est autorisée sous réserve qu'un lien renvoie vers l'original.