La Chine à fleur de peau : le journal d’une voyageuse très curieuse
Vues de Chine a été durant quelques années le blog tenu par Aurélie Croiziers. À peine rentrée en France Aurélie vient de publier un livre sur ses expériences. Cette voyageuse est à mes yeux un modèle de ce que devrait être la blogosphère sur la Chine, soit des lieux où l’on raconte ce que l’on voit et vis bien plus qu’une autopromotion vantant des mérites souvent très virtuels.
Le personnage d’Aurélie étant sans doute plus facile à cerner que le pays où elle a vécu ces dernières années, je lui ai posé quelques questions.
Aurélie, tu es de retour en France. Le changement n’est pas trop rude ?
Oulalala, si ! On parle souvent du choc du départ, mais rarement du choc du retour. Le plus dur est que son propre regard a changé alors que ce qui nous entoure pas forcément. Ca crée donc un décalage, et il n’y a que sa bonne volonté pour le combler… Après je suis très heureuse d’être rentrée pour avoir retrouvé ma famille et mes amis, ce qui me manquait le plus de l’autre côté du globe !
D’une manière plus générale, je pense qu’il y a aussi des énergies très différentes en France et en Chine, c’est presque palpable ou physique. Ca peut paraître barré de dire cela, mais ceux qui ont été en Chine me comprendront peut-être. Donc oui, le changement est rude !
A titre strictement personnel et privé, qu’est-ce que ton séjour t’a apporté, que ce soit positivement ou non ?
Un recul sur ce qui m’entoure, une prise de distance. Dans le genre « tout ne fonctionne pas comme chez nous, et ça fonctionne quand même ». Ce que je retiens principalement de mon séjour en Chine, c’est l’inassouvissement d’une grande curiosité. Plus je comprends, moins je comprends finalement, car je mesure l’immensité de ce qu’il reste à comprendre. Très bon exercice intellectuel.
Ce qui a été moins positif : être parfois tellement déroutée par des réactions difficiles à saisir que j’ai senti la limite de l’ouverture de mon esprit. Ressenti moins agréable que celui sus-cité !
Tu tenais déjà un blog ce qui demande du temps si l’on ne se contente pas de faire des copié/collé, tu publies aujourd’hui un livre. À une époque où le chacun-pour-soi est une constante quasi générale d’où vient ce besoin de partager ?
Bien vu le besoin de partager : c’est ma motivation principale… ! Et c’est pourtant difficile à expliquer alors que c’est tellement central en moi. Je trouve que notre monde ne va pas dans le bon sens en général et j’ai une envie (totalement démesurée) de ne pas laisser aller le monde dans ce sens-là. Et même si c’est impossible d’inverser la tendance, si à mon échelle je peux marquer quelques esprits et aider à se poser des questions, voir les choses sous un autre angle, ma démarche aura un sens. Pour moi l’humain doit être au centre de nos vies, de nos échanges – et non pas l’argent, comme on le voit et on le vit tous les jours…
Dans les médias traditionnels, la Chine est souvent décrite au travers de clichés plus ou moins volontairement actualisés. En quelques mots peux-tu décrire le pays où tu as vécu ces derniers temps ?
Si je réponds stricto sensus à ta question : déroutant, différent, en perpétuelle évolution, attachant, drôle, surprenant, énervant (parfois), vivant, énergique.
Le régime politique particulier de la Chine est souvent la raison des critiques vis-à-vis de ce pays. As-tu ressenti une pression particulière liée au fait de vivre dans ce qui est justement défini comme une dictature ?
A mon niveau, quelques fois seulement. Une fois clairement, où j’avais des amis africains chez moi : deux d’un coup dans une petite Lilong de Shanghai, ça ne passait pas inaperçu. Police en bas de chez moi le soir même pour vérifier s’ils étaient bien enregistrés – je m’en suis sortie en disant qu’ils étaient à l’hôtel et ça n’a pas été plus loin. Une autre fois, j’ai ressenti la corruption dans les rangs de la police. Ils ne m’ont pas aidée comme ils auraient du, car un billet avait été glissé dans la bonne main entre temps. Mais à part ces petites expériences, en tant que Blanche, cette pression m’a peu concernée. Par contre, dans la discussion avec les Chinois, on se rend compte que eux, ils en ont gros sur la patate. Ils ne disent rien car on ne leur demande pas leur avis. Mais si la parole est donnée, souvent les langues se délient (je pense à quelques uns de mes Portraits chinois notamment).
Lors de ton séjour, tu as logiquement fréquenté des Chinois, le contraire étant difficile sauf pour quelques expatriés « génétiquement modifiés ». Quels sont les grands espoirs des Chinois que tu as rencontrés, mais également leurs grandes désillusions sur la société actuelle ?
Une partie d’entre eux ont des envies basiques, qu’on peut facilement juger uniquement matérialistes, en gros avoir plus d’argent. Mais quand on sait que tout se paie en Chine (santé et éducation en tête), difficile de les blâmer. Donc pour beaucoup l’espoir principal est d’avoir de meilleures conditions de vie, qui passent inévitablement par avoir plus d’argent. D’autres personnes rencontrées aspirent à plus de possibilités pour leurs enfants : avoir le choix de leurs études, pouvoir voyager plus que leurs parents, etc… Et sur la société actuelle, une fois de plus, si on leur pose la question, la réponse est souvent la suivante : ils n’en sont pas contents. Par contre, ils justifient très souvent (si ce n’est systématiquement) les « excès » de leur gouvernement par « de toute façon on est trop nombreux ».
La Chine est régulièrement en proie à des défis liés à sa rapide évolution. Ceux-ci concernent autant la corruption que les divers scandales alimentaires et autres. Penses-tu que ce pays puisse se débarrasser à court ou moyen termes de ces démons qui nuisent tant à la population qu’à la crédibilité de ce pays ?
Je me prononce rarement sur des sujets que je maîtrise peu, par peur de dire des bêtises. De mon tout petit point de vue, pour la corruption notamment, ça me paraît mal parti. De ce que j’ai vu, lu et entendu, elle est vraiment présente à tous les niveaux, à tous les échelons et à toutes les échelles. Et ceux qui en bénéficient sont si bien installés à tous les niveaux qu’ils ne cèdent pas un pouce pour que cela change. Donc plutôt pessimiste à ce propos. Les scandales alimentaires, et environnementaux aussi, sont souvent des conséquences de cette corruption, donc je suis assez pessimiste également. Mais j’espère me tromper !
La Chine attire de plus en plus de jeunes (ou de moins jeunes) étrangers. Ce pays est-il aussi prometteur que certains le pensent ou s’agit-il d’un miroir aux alouettes ?
Ta question contient déjà une part de réponse ! si on s’attend à un Eldorado, on risque d’être déçu : la Chine est un pays fort qui n’a pas besoin de jeunes loups occidentaux aux dents longues pour se développer. Mais si on y part avec une envie de rencontre, de découverte de l’altérité et une bonne dose de curiosité, alors oui, les promesses seront tenues !
Quelles sont les pires difficultés que tu as rencontrées en Chine, et pour équilibrer tes meilleurs moments ?
La première partie de la question est d’ordre privé : je sors mon joker pour les détails, mais en gros, j’ai eu une énorme « tuile » personnelle et je me suis sentie extrêmement seule pour la vivre. Mes meilleurs moments, ce serait dur à résumer. Dans mon « top 10 » : les grandes discussions quotidiennes avec mes collègues, dans un bureau d’achat à Shanghai, le véritable échange culturel dans le dernier endroit où je pensais le trouver. Dans un autre registre : une nuit sous une tente dans le Kham tibétain à dormir avec un troupeau de bébés yaks sous la même tente. Beaux souvenirs, parmi de très nombreux autres…
Pour conclure, comptes-tu revenir en Chine ou s’agit-il pour toi d’une expérience à tenter, mais à ne pas renouveler ?
Je compte bien y retourner ! Je continue d’ailleurs mes cours de mandarin, histoire de ne pas trop perdre mon niveau (quasiment courant et qui a été acquis grâce à de gros efforts, comme on peut se douter)… Je ne sais pas encore quand ni dans quel contexte, mais c’est évident que j’y repasserai, et peut-être pour un bon moment !
Merci Aurélie. je te souhaite de revenir très vite dans ce pays des plus extraordinaire pour peu que l’on ouvre les yeux ou la porte de son appartement, ce que tu as visiblement fait.
Le livre d’Aurélie Croiziers « La Chine à fleur de peau » est disponible sur le site des Editions Flament et est livrable en Chine.
Son blog : http://www.curieusevoyageuse.com/
© 2011 – 2012, Reflets de Chine. Tous droits réservés. La reprise partielle ou totale des articles est liée à une autorisation.
|
San Shuo, une Miao au pays des Zhuang Ce roman tiré d’une histoire vraie n’a rien d’un dépliant touristique en ayant pour objectif tant de retracer ce qu’a été la vie de cette Miao du Guangxi, que l’environnement dans lequel elle a évolué. Parce qu’en Chine les gens se parlent beaucoup, j’ai tenu à ce que les personnages de ce livre soient les plus vivants possible et les plus proches de la réalité. Les mots employés sont simples parce que tant les miens que ceux utilisés par les habitants de ces contrées dont une bonne partie sont davantage passés devant l’école qu’ils y sont entrés. C’est d’ailleurs sans doute ce qui me plait le plus dans ce pays qui se traduit par une simplicité dans les dialogues quotidiens permettant de résoudre des situations pourtant souvent Cliquez ici pour découvrir San Shuo, une femme autant étonnante que détonante.
|



Tweeter cet article
Partager sur Facebook
Digguer
Sauvegarder sur delicious
Stumble it
RSS Feed
Bonjour Alain,
je te remercie beaucoup de me soutenir dans mon projet et pour ces très pertinentes questions!
A bientôt !
Comment ils disent chez l'Oréal ? Ah oui, c'est parce que tu le vaux bien !
Un séjour de quelques semaines en routard dans le pays m'a permis de vivre l'expérience culturelle la plus déroutante de mes voyages. J'imagine quand on y vit !