Kouchner appelle à l’alliance de l’aveugle et du paralytique
Un vieux proverbe précise que quand on n’a rien à dire, il vaut mieux se taire. Ce dicton ne semble pas être dans les livres de notre ministre de la diplomatie, secteur où comme tout le monde le sait, la France excelle depuis quelques années, du moins par les déclarations de ses responsables. Mieux que les Yoghourts à la place des Ouïghours, notre médecin de la diplomatie vient de nous gratifier d’une de ces démonstrations qui restera sinon dans les annales, du moins dans le grand livre des âneries.
Voici le communiqué :
Le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a préconisé lundi que les anciennes puissances coloniales européennes et les États-Unis définissent une “politique commune” en Afrique pour être “performants” économiquement face à la montée en puissance de la Chine. “En Afrique, il nous faut une politique commune, certainement des Anglais et des Français. Et pourquoi pas y ajouter les Portugais et les Belges, les anciennes puissances coloniales, mais aussi les Américains”, a-t-il suggéré devant l’Association de la presse diplomatique.
M. Kouchner était interrogé sur les moyens de résister à la concurrence économique chinoise sur l’ensemble des marchés mondiaux, particulièrement en Afrique. Armé de vastes réserves de change, Pékin déverse aujourd’hui en Afrique 15 fois plus d’investissements qu’en 2003 afin d’étancher sa soif de matières premières et offrir des débouchés à ses entreprises. Les grands travaux d’infrastructure financés par Pékin facilitent l’activité économique dans de nombreux pays.
Face à cette évolution, “il faut, a-t-il observé, que nous soyons performants et pas du tout confrontationnels. Ce n’est pas une bataille avec les Chinois pour qu’ils ne nous volent pas l’Afrique, mais c’est une démarche positive que nous ne pouvons faire qu’à plusieurs”, a souligné le ministre. Les Chinois “ont des atouts, ils gagnent tous les marchés, ils sont moins chers, ils construisent à l’heure, etc.”, a remarqué M. Kouchner.
Il a relevé qu’à l’échelle mondiale, “nos rapports avec la Chine sont à la fois difficiles et indispensables”. (…) “Si nous ne nous attachons pas à des liens (…) économiquement étroits avec la Chine, ça va aller mal pour nous”, a-t-il prédit.
(Source AFP)
Voilà donc que la France, représentée par un de ses plus valeureux ministres, en appelle aux alliés de la Deuxième Guerre mondiale pour contrecarrer les ambitions chinoises en Afrique.
Dommage que cet appel n’ait pas été lancé au moment des subprimes, ou encore lors des successifs chocs pétroliers, et ce à l’encontre des responsables à la base de ces crises majeures.
Vous remarquerez ensuite le « Pour qu’ils ne nous volent pas l’Afrique » sous-entendue notre Afrique, celle à qui nous avons tant apporté depuis des décennies, et qui ne peut que nous remercier de tous les bienfaits qui ont sorti ce continent de sa misère et de ses problèmes internes. Deuxième point « amusant », le « Ils construisent à l’heure », sous-entendu là également que les autres en sont incapables, mais qu’il se doit de lutter contre les entreprises faisant bien leur travail, plutôt que de regarder les raisons qui nous font perdre les marchés.
Autre passage de haute volée : « , Pékin déverse aujourd’hui en Afrique 15 fois plus d’investissements qu’en 2003 », normal quand on connaît le niveau des investissements Chinois à cette époque, et qui ne pouvait par conséquent qu’augmenter.
Vous trouverez ici un article donnant une idée de la réalité chinoise en Afrique, et surtout son taux de pénétration sur ce continent.
Cette déclaration reste dans la droite ligne d’un système qui veut que les grands partages faits après la Seconde Guerre mondiale doivent rester immuables, même si dans bien des cas, c’est notre carence en bien des domaines qui demeure la cause de cet affaiblissement économique en Afrique et ailleurs. On ne change pas un système qui s’écroule, tel est le maître mot de la politique menée depuis des années, ce communiqué ministériel ne faisant que confirmer cet état de choses.
Quel en sera l’effet ? Pour ce qui concerne l’Afrique, aucun tant le chacun-pour-soi règne en Europe, et que les U.S ont bien d’autres chats à fouetter, surtout s’ils doivent s’allier avec des Européens incapables de déterminer un seul interlocuteur. Penser ensuite que les anciens pays colonisés vont se rallier à ce conglomérat antichinois relève du rêve éveillé, ceux-ci ayant déjà donné par le passé à des nations leur ayant promis monts et merveilles, et dont une bonne partie ne cesse de mettre des barrières ayant pour objectif de limiter l’immigration.
Le seul effet à attendre réside dans un certain énervement de la part de responsables chinois, qui trouveront là une raison supplémentaire à se méfier d’un pays dont les dirigeants ont autant de langages que de représentants, ce qui a la faculté de rendre notre diplomatie totalement floue.
Une fois de plus, certains désignent un coupable, écartant ainsi d’un revers de la main toute suspicion d’incompétence avec le maintenant devenu sempiternel : « c’est pas moi, c’est l’autre ».
La diplomatie à la française… rien de neuf. Tant que l'on y fera que du vent ou des promesses en l'air, la Chine continuera a faire du business en Afrique et on ne pourra que la regarder faire.
– Woods
Bonjour,
autrefois, on parlait de ligne diplomatique d'un pays, aujourd'hui cette ligne ressemble à une route de montagne, bien sinueuse.
Comme vous le dites, ce n'est pas avec cela que la Chine va être impressionnée.