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Justice : comment résoudre ce qui n’était pas un problème ?

justiceLorsqu’un problème est inexis­tant, il n’y a aucune raison de le résoudre puisque n’ayant aucun fonde­ment. Il s’agit toute­fois là sans doute d’un réson­ne­ment occi­den­tal ne trou­vant pas sa place dans la logique chinoise. Ce qui me pousse à penser de la sorte est lié aux dernières déci­sions du gouver­ne­ment concer­nant son système judiciaire.

Jusqu’à avant-hier en effet les avocats pouvaient offi­ciel­le­ment plei­ne­ment accom­plir leur mission de défen­seur, les témoi­gnages toujours livrés de leur plein gré, ce de la même manière que les aveux des suspects. Hier sans doute, la situa­tion s’est subi­te­ment et globa­le­ment dété­rio­rée, ce qui a imposé aux auto­ri­tés de réagir face à une situa­tion bien plus noire que précédemment.

Voici donc les points qui sont appe­lés à s’améliorer lors des années à venir, toujours afin de résoudre certains déra­pages qui n’ont en fait jamais existé puisque jamais offi­ciel­le­ment recon­nus auparavant :

1°) Les procès en appel pour les condam­na­tions à la peine de mort seront sans excep­tion ouverts au public.

Ce qui sous-entend que ce n’était pas le cas auparavant.

2°) Le réexa­men des condam­na­tions à mort néces­si­tera que l’on entende le prévenu et que l’on écoute l’opinion de ses avocats si ces derniers en font la demande.

Même remarque que plus haut avec en supplé­ment un doute sur le désir des avocats à se faire entendre, leur profes­sion étant loin d’être appré­ciée tant par les magis­trats que par les familles de victimes.

3°) Les aveux des suspects et préve­nus obte­nus sous la torture ou toute méthode illé­gale, de même que les témoi­gnages et décla­ra­tions des témoins extor­qués sous la violence, la menace ou autre forme de contrainte, seront élimi­nés et ne pour­ront être utili­sés pour parve­nir à un verdict.

Si la remarque faite au premier point s’applique égale­ment ici, la ques­tion sera de savoir comment un aveu ou un témoi­gnage a été enre­gis­tré dans des condi­tions douteuses. J’imagine en effet assez mal un poli­cier ajou­ter un coup de tampon spéci­fique gravé avec « Aveux obte­nus sous la torture » ou « Témoi­gnage extor­qué par la violence ».

Devraient par contre être redé­fi­nis par la Cour Suprême les contours de l’application de la peine de mort en fixant clai­re­ment les éléments permet­tant aux magis­trats de pronon­cer celle-ci. Sans qu’il soit ques­tion d’abolir la peine capi­tale, les auto­ri­tés chinoises semblent dési­rer donner d’elles une image moins dure, ce en parti­cu­lier à desti­na­tion des opinions publiques étran­gères. Le plus diffi­cile sera toute­fois tant de réel­le­ment faire appli­quer ces mesures, que d’expliquer les raisons de ce rela­tif assou­plis­se­ment auprès de sa propre population.

Une majo­rité de Chinois sont en effet favo­rables tant à la peine de mort qu’à sa stricte appli­ca­tion et n’attachent que peu d’importance à l’image véhi­cu­lée par cette sentence. Le risque de voir certaines familles de victimes se « faire justice » elles-mêmes étant loin d’être un argu­ment poli­tique, il va falloir aux auto­ri­tés chinoises jouer avec doigté. Cela concerne tant la police pour qu’elle applique les nouvelles mesures sur les aveux et témoi­gnages, que l’opinion publique qui par obli­ga­tion se repose sur une justice sans aucune indé­pen­dance du pouvoir natio­nal ou local.

Albié Alain
Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois.
Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes.
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