La Chine vue de Chine

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Internet Chinois, un livre blanc plutôt noir


Les autorités chinoises viennent de rendre public un rapport sur Internet mettant en avant un certain nombre de constatations, mais donnant également les grandes lignes de l’internet chinois de demain. Si le document est annoncé comme étant un livre blanc, son contenu est bien plus nuancé allant du gris clair au noir, et ne laisse rien envisager de positif en matière de libéralisation de ce mode de communication.

Si le discours officiel se veut en effet plein de promesses avec la promesse d’une plus grande liberté d’expression, un certain nombre de points restent ambigus, ou du moins sujets à interprétation.

Un des éléments concerne les mineurs qui d’après cette étude représentent plus d’un tiers des internautes, et que les autorités considèrent comme une des cibles privilégiées des réseaux pornographiques ou autres « dérives intellectuelles ». À ce titre, le gouvernement considère de son devoir de protéger cette tranche d’âge, sans pour cela expliquer la manière dont il va s’y prendre.

« La Loi sur la protection des mineurs de la République populaire de Chine stipule que le gouvernement doit prendre des mesures pour empêcher les mineurs d’abuser d’Internet, interdire toute organisation ou tout individu de produire, vendre, louer ou fournir par d’autres moyens des publications électroniques et des informations sur Internet comprenant la pornographie, la violence, le meurtre, la terreur, les jeux d’argent ou autres contenus préjudiciables aux mineurs. »

Cet extrait du « Livre blanc » laisse en effet toute latitude aux responsables de censurer d’une manière ou de l’autre un réseau où il est bien difficile de savoir si la personne se trouvant derrière le clavier est majeure ou non, ce qui risque d’accentuer une situation actuelle déjà difficile où de plus en plus de sites sont inaccessibles, et où la majorité des réseaux sociaux autres que Chinois ne peuvent être utilisés sans contourner ce mur qui a la fâcheuse tendance à devenir un blockhaus.

Si Facebook devait faire son entrée sur le territoire chinois, il semble évident que ce réseau social devra passer par les filtres officiels, les responsables de ce système désirant privilégier la rentabilité en respectant les consignes et lois locales. La déclaration d’un responsable Chinois lors du retrait de la directive visant à obliger les fabricants d’ordinateurs d’installer un système de contrôle parental , disant que cette annulation n’avait aucune incidence du fait qu’un autre système allait voir le jour, les rumeurs de l’installation de plusieurs serveurs D.N.S racines sur le territoire sont autant de signes que l’internet Chinois risque de devenir un réseau fermé.

Les récentes déclarations de Neelie Kroe, désirant porter devant l’OMC les problèmes liés au mode de fonctionnement de l’internet Chinois ne sont que des gesticulations de circonstances qui n’ont aucune chance de trouver le moindre écho auprès de nations dont les soucis sont bien plus liés au marasme économique qu’à une plus grande liberté de mouvement des internautes chinois.

Si le désir de la part du gouvernement de protéger les jeunes d’un certain nombre de dangers induits par l’Internet est tout à fait compréhensible, l’orientation actuelle visant à créer un immense réseau local ne pourra résoudre un problème dont les initiateurs proviennent majoritairement de l’intérieur et agissent pratiquement au grand jour et souvent en toute impunité grâce à la complaisance de certains. Si ménage il y a à faire, c’est donc sûrement plus de ce côté qu’en accentuant cette vision archaïque d’une information contrôlée que les internautes Chinois prennent un malin plaisir à contourner, et ce, dans bien des cas dans le seul but d’exprimer ce besoin d’ouverture.



Albié Alain

Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois. Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes. La publication d'extraits de cet article est autorisée sous réserve qu'un lien renvoie vers l'original.