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Guangxi: de Sun Yat Sen à la défaite nationaliste.

À la fin du 19e siècle, le Guangxi est un pays dévasté, politiquement instable et dont la majeure partie de la population vit dans la misère. Les deux guerres de l’opium, la guerre contre les Français, qui avaient tenté à trois reprises d’annexer cette région proche de l’Indochine, ont fait du Guangxi un cloaque, où paradoxalement seules les ethnies minoritaires réfugiées dans les montagnes ont tiré leur épingle du jeu en restant à l’écart de ces conflits.

Lors de la chute des Qing en 1912, les Zhuangs vont demander leur autonomie, mais celle-ci leur sera refusée, et ce refus entraînera l’effondrement du gouvernement provincial. Harcelés par des bandes de vagabonds et de soldats démobilisés, les Zhuangs vont se révolter en 1927, et proclamer une demi-autonomie qui durera deux ans. Tchang Kai Check écrasera cette révolte en 1929, laissant la région aux mains de trois seigneurs de guerre. Cette intervention sanglante du responsable nationaliste sera un des éléments qui poussera de nombreux habitants à s’allier au camp communiste lors de la première partie de la guerre civile, faisant du Guangxi un des points clés de cette lutte fratricide.

Si l’invasion Japonaise va mettre un terme, du moins provisoire, à cet affrontement, le Guangxi va être une fois de plus une des cibles des envahisseurs, et ce, en raison de sa frontière commune avec le Vietnam et de sont important front de mer. Les exactions japonaises y sont nombreuses, et ce, souvent avec l’aide de militaires nationalistes trop heureux de régler certains comptes avec l’ennemi de la veille. Si les responsables militaires locaux issus des rangs de Tchang Kai Check font en effet bien la guerre contre les Japonais, ils savent également que ceux-ci ne sont pas appelés à rester, du moins en nombre. Aussi pourquoi ne pas en profiter pour entretenir les moins mauvaises relations possible avec l’occupant, tout en dénonçant l’activité « terroriste » de quelques communistes, faisant ainsi d’une pierre deux coups.

Aussitôt la capitulation japonaise, la guerre civile va reprendre, plongeant une fois de plus le Guangxi dans la misère à laquelle l’histoire l’avait habitué. Région pauvre par excellence, la population va se rallier aux thèses communistes, n’ayant rien à perdre, et de ce fait sensible aux promesses et idéologies leur promettant enfin une vie meilleure et plus équitable. Le Guangxi, comme bien d’autres régions de Chine, était en effet sous la domination des propriétaires terriens qui ne laissaient aux paysans que le droit de travailler et de se nourrir un minimum pour pouvoir remplir leur tâche. Pas étonnant donc que dans ces conditions, les habitants du Guangxi aient majoritairement opté pour la cause communiste, entrevoyant là une lueur d’espoir.

Je voudrais ici ouvrir une parenthèse concernant l’aide américaine au camp des nationalistes.

Si en effet on peut comprendre la position du gouvernement U.S de l’époque, qui pouvait être effrayé par la vision d’un bloc communiste réunissant Chine et U.R.S.S, il faut tout de même constater que les intérêts géopolitiques ont été jugés bien supérieurs à ceux d’un peuple. En prenant en effet fait et cause pour les nationalistes, les dirigeants américains ont tourné le dos aux aspirations d’un peuple qui ne demandait qu’un peu plus de justice et de partage des richesses, et ce, bien au-delà d’une idéologie politique quelconque. Si par la suite, les exactions commises sous l’ère de Mao semblent donner une explication de ce choix, c’est oublier bien vite que le même responsable nationaliste chinois, protégé des U.S, n’a guère brillé par une ouverture d’esprit quelconque, ni un grand respect des règles d’humanisme lors de son règne taïwanais.

Si les habitants du Guangxi et autres se sont résolument tournés vers cette idéologie communiste, c’est avant tout par désespoir et par fatigue causée par une misère chronique dont les grands mandarins et propriétaires terriens étaient eux à l’abri. C’est également sans doute cette résignation qui a fait la force des troupes de Mao, car quand on n’a rien à perdre, mourir n’est rien si cela peut servir à ce que ses enfants aient un peu plus.

Dans le Guangxi, un malheur n’arrivant que rarement seul, la guerre que se livrent Français et Vietnamiens est un facteur supplémentaire de misère qui s’ajoute à celui de cette lutte entre Chinois. Le Guangxi sert en effet de base arrière à l’armée d’Hô Chi Minh, et c’est la partie sud de cette région, déjà la plus pauvre, qui doit venir en aide à ses voisins en leur envoyant le maximum de vivres. Stationnement de troupes, soins dispensés aux blessés sont un poids supplémentaire qui appauvrit d’autant plus une région déjà défavorisée depuis des siècles. Mais dans cette partie du Guangxi, les liens avec son voisin sont forts et historiques, de plus le combat mené par les troupes Vietcong est proche du leur, l’idéologie politique étant la même, et l’aide américaine apportée aux nationalistes trouve son prolongement dans la présence française chez son voisin ; le seul ennemi réel se révèle déjà être l’étranger, ce que Mao intégrera sans problème dans ses discours.

Présence étrangère depuis des siècles, aides financières et militaires de ces mêmes nations pour diviser le pays au travers d’une guerre civile, il devenait alors facile de désigner la ligne de conduite de la future politique chinoise qui avait pour objectif d’assurer l’unité du pays en éliminant toute trace de cette prédominance étrangère, cause selon Mao de l’état déplorable dans lequel se trouvait la Chine de l’époque. Loin de Pékin et de ses soubresauts révolutionnaires, le Guangxi va vivre quelques années de calme, pansant des plaies entretenues depuis des siècles par de multiples conflits tant pour des raisons internes que par la faute de certaines invasions. En 1958, va se poser le problème du statut de cette région qui inquiète les dirigeants nationaux du fait de ses conflits ethniques que personne auparavant n’est parvenu à régler. Officiellement pour remercier la population du Guangxi de son aide à la libération du pays, le statut de région autonome va être attribué à cette partie de la Chine, dans les faits, il s’agira davantage de laisser une fois de plus cette région livrée à elle-même, lui laissant le soin de régler ses particularismes ethniques tout en appartenant à une seule et même nation. A cette époque, le Guangxi est parmi les régions les plus pauvres de Chine, minée de l’intérieur par ces oppositions ethniques que des Zhuangs, même majoritaires parmi les ethnies, ont bien du mal à contenir. Délaissée pendant des décennies par les responsables politiques nationaux, les divers gouverneurs y seront nommés bien plus à des fins disciplinaires que promotionnelles, utilisant bien souvent les quelques richesses de la région de façons personnelles.

C’est dans cette misère chronique que le Guangxi traversera la révolution culturelle, subissant de plein fouet, du fait de sa pauvreté, les erreurs de cette période.

Loin des discours « idéofolkloriques » entretenus par certains visant à créer une élite culturelle, il s’avère que ce particularisme ethnique a bien plus desservi cette population du Guangxi qu’il ne lui a apporté d’avantages. Mise à l’écart pendant longtemps des grandes décisions visant à moderniser ce pays, ne parlant que peu ou pas la langue de la population majoritaire, ce qui l’a empêché d’accéder aux grands réseaux économiques, tels sont les points majoritaires qui ont fait que cette spécificité ethnique a été bien plus un lourd handicap qu’un réel avantage.

Dans le prochain article, je vous expliquerai comment cette région est en train de renverser cette tendance, après avoir encore traversé de dures périodes cette fois dues à sa position géographique.

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