La Chine vue de Chine

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Grossesse : 30 % à la commande, le solde à la livraison


 MarqueLes cliniques privées traitant les causes de la stérilité se multipliant, se démarquer des concurrents devient une obligation. La publicité vantant les excellents résultats obtenus par un de ces établissements médicaux ressemble à celle pour les lessives, l’incontournable médecin étranger venant renforcer une image de sérieux qui est sensiblement la même que celle utilisée pour des produits plus communs. Même des facilités de paiement permettent aux couples modestes ayant quelques problèmes pour assurer leur descendance de bénéficier des derniers traitements.

Sous réserve qu’une grossesse menée à terme vienne couronner les efforts, le coût n’a qu’une importance relative quelle que soit l’origine sociale. C’est cette quasi garantie de résultat que propose une clinique du Guangxi au travers d’une offre des plus commerciales sous la forme d’un acompte en début de traitement, le solde n’étant versé qu’après la naissance. Les 70 % restants peuvent même bénéficier d’une forme de crédit, qui non dépourvu d’intérêts, permet d’attirer de nombreux couples dont certains sont au bord de la rupture pour cause de stérilité de l’un ou l’autre des époux.

Une fois découvertes les raisons de la stérilité et si celles-ci peut être résolues, une intervention chirurgicale ou un traitement médicamenteux vient la ensuite appuyer une fécondation in vitro. La grossesse ainsi initiée est ensuite suivie jusqu’à son terme par une équipe de médecins spécialisés jusqu’au stade final de l’accouchement. Une semaine plus tard, l’heureuse maman quitte l’établissement médical après que les deux époux se soient acquittés de leur dette ou aient signé les documents les engageant financièrement sur une durée plus ou moins longue.

Comme pour un produit de consommation courante, une « garantie de viabilité » de trois mois est accordée, un décès précoce annulant le versement des 70 %, l’acompte n’étant lui en aucun cas restitué. C’est de la même manière que tant lors de la grossesse, la future maman doit se rendre à la clinique afin d’y subir quelques « contrôles techniques » pour s’assurer que le processus se déroule convenablement. Dans certains cas, une sorte de promotion est offerte sous la forme d’un enfant gratuit pour un acheté, la fécondation in vitro donnant parfois lieu à des naissances multiples. Si aucun supplément n’est réclamé par la clinique dans ce cas relativement fréquent, aucune réduction ne peut être davantage demandée par des parents qui devront élever deux enfants au lieu d’un.

Les détails régissant ces grossesses font l’objet d’un contrat écrit extrêmement précis, ce pour éviter au maximum tant les contestations que pour fixer les divers modes de règlement. La seule question que je me pose sur ce document proche de celui habituellement nommé « Conditions générales de vente » concerne la clause touchant à la propriété. La plupart des contrats de vente stipulent en effet que la marchandise vendue reste la propriété du vendeur jusqu’à ce que soit intégralement payé son montant. Les facilités de paiement pouvant aller jusqu’à plusieurs années, j’imagine assez mal que la clinique fasse jouer une telle clause pour reprendre l’enfant et le vendre aux enchères.

La mort étant devenue depuis longtemps une activité commerciale à part entière, celui opposé de la naissance hérite lui aussi de cet aspect quelque peu mercantile. La différence majeure est que la tristesse liée à un décès fait place ici à la joie, ce qui en fin de compte n’est pas si cher payé que cela.



Albié Alain

Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois. Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes. La publication d'extraits de cet article est autorisée sous réserve qu'un lien renvoie vers l'original.