Le monde vu de Chine

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Gouvernements locaux : « Faut pas jouer les riches quand on n’a pas le sou »


PibCe titre inspiré de la chanson de Jacques Brel (ces gens là) va comme un gant à une majorité de gouvernements locaux qui dépensent parfois sans réellement compter. Si cette gestion hasardeuse est possible, c’est parce que contrairement à une des nombreuses idées reçues, la Chine est un pays décentralisé et parfois même trop. Si le gouvernement central de Pékin a en effet en charge de gérer les grandes lignes politiques sociales et économiques, les régions ou provinces disposent d’une grande autonomie en ce qui concerne le fonctionnement interne des districts qui eux-mêmes héritent d’une grande latitude de gestion.

Partant de là les dérives sont fréquentes, ce qui représente un risque pour l’économie globale du pays. Avec l’évolution du niveau de vie, certaines régions historiquement pauvres se mettent à jouer les riches afin d’attirer à elles tant les capitaux que les félicitations d’un État qui limite ses interventions au strict minimum. Augmenter les revenus devient donc un leitmotiv, les moyens employés tournant parfois au cercle vicieux et dans certains cas à une spirale entraînant certains districts vers de graves difficultés financières. Folie des grandeurs, corruption liée aux ventes de terrains, désir de démontrer sa capacité à faire venir des entreprises qui financeront ensuite ces dépenses, tels sont les éléments principaux de ce qui inquiète Pékin, même si les responsables tentent de minimiser l’ampleur du problème.

10 720 milliards de yuans, tel est le montant de la dette contractée par les gouvernements locaux. Si ce chiffre n’a rien de catastrophique tout en représentant un peu plus de 26 % du PIB, il est pourtant souvent utilisé comme argument à des fins partisanes par les opposants systématiques que sont certains experts et médias occidentaux. En y regardant de plus près se dégagent deux axes principaux aisément constatables dont l’un d’eux est a priori positif, le second étant quant à lui plus discutable. Une partie de cette dette est en effet utilisée afin de réaliser des travaux visant à améliorer la vie quotidienne. En supplément de cette évolution du cadre de vie, les dépenses engagées permettent de donner du travail à des milliers d’entreprises dont l’activité tourne autour de la construction ce qui maintient ou augmente le nombre d’emplois. Une ville ou un district qui se modernise permet de plus d’attirer à lui de nouvelles activités que celles-ci soient commerciales ou industrielles, ce qui crée un effet d’entraînement.

Le deuxième aspect plus contestable est que certains gouvernements locaux ont les yeux plus gros que le ventre en jouant sur des prévisions ayant parfois du mal à se réaliser. Partant « d’espérances folles », les responsables locaux se retrouvent alors à gérer de superbes lotissements résidentiels, des zones industrielles rutilantes, mais désespérément vides, et ce d’autant plus que la concurrence s’avère de plus en plus rude. Commence alors une nouvelle forme de « danse du ventre » qui a pour objectif de faire venir coûte que coûte les entreprises convoitées. Exonérations fiscales de longue durée, emprunts privés garantis par ces mêmes gouvernements locaux vont certes permettre quelques implantations, mais qui seront loin de rapporter les revenus permettant de rembourser les sommes engagées. Ces constructions aussi onéreuses que hasardeuse finiront par ressembler à des zones sans vie ou seront rachetées au tiers de leur prix par des spéculateurs ayant su attendre le bon moment, ce qui permettra ensuite au gouvernement concerné de faire patienter des banques il est vrai pas toujours très regardantes. Si certains responsables locaux ne le sont pas toujours, les établissements bancaires sont également pour une partie dans ces dérapages, préférant jouer les apprentis sorciers plutôt que de refuser des prêts pour des projets visiblement à risque.

Si certains cadres locaux jugent leur réussite au nombre de flèches de grues hérissant leur territoire, ils concentrent également les reproches de la part de la population, et ce, bien plus qu’un gouvernement central aux pouvoirs limités dans ce domaine. Les palais dignes des pires républiques bananières, les dépenses parfois somptuaires visant à promotionner un district, le tout parsemé de cette corruption qui gangrène bien des services administratifs, tels sont les éléments qui agacent le plus une population qui cautionne par force un système où elle n’a guère son mot à dire. Comme dans bien des cas dans ce pays, c’est un système de contrôle des dépenses qui manque le plus, Pékin se contentant d’engranger les points de croissance à des fins statistiques sans trop se soucier de l’état réel des finances. C’est sans doute ce qui fait dire à certains « spécialistes » que la Chine est un géant aux pieds d’argile, ce qui toutefois vaut mieux que certains systèmes culs-de-jatte que je ne nommerai pas, tant la liste est connue. Ce pays en est à chercher un équilibre, une identité, le but étant au moins en partie d’en faire profiter le plus grand nombre. Si certains échecs sont souvent mis en lumière par certains, ils ne peuvent toutefois masquer certaines réussites facilement constatables sur le terrain pour peu que l’on accepte de faire le tour du propriétaire. Faire une omelette sans casser d’œufs a toujours été assez difficile, ce qui ne devrait pas empêcher quelques responsables politiques de promettre un plat géant dont chacun aurait une part alors que le poulailler ne compte que quelques poules vieillissantes.

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Albié Alain

Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois. Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes. La publication d'extraits de cet article est autorisée sous réserve qu'un lien renvoie vers l'original.