Front Natio­nal et muni­ci­pa­les : une crois­san­ce à la Chinoi­se

basse-courMême avec une crois­san­ce annuel­le de 8 %, la Chine mettra plus de 10 ans pour attein­dre le reve­nu par habi­tant de la Fran­ce qui n’est que 18e dans le clas­se­ment mondial. Il n’empêche qu’il est bien plus ques­tion du pour­cen­ta­ge que de la réali­té. Ce chif­fre est autant exploi­té par le gouver­ne­ment Chinois à des fins d’assurance poli­ti­que que par les diri­geants occi­den­taux qui l’utilisent comme épou­van­tail mis sous le nez des opinions publi­ques.

La Fran­ce possè­de sa forme loca­le de Chine avec le Front Natio­nal. Ce parti est en effet présen­té comme un danger immi­nent par ceux au pouvoir depuis plus de 50 ans et une répon­se aux problè­mes des Fran­çais par les diri­geants du FN. Quel que soit le bord poli­ti­que, la chan­son du premier tour est la rengai­ne de l’autosatisfaction pour le Front natio­nal et celle de la lutte contre les argu­ments de l’extrême droi­te pour la chora­le UMP-PS et autres Petits Chan­teurs à la langue de bois.

Le dernier exem­ple en date est les deux tours des muni­ci­pa­les. À la fin du premier tour de piste, la « poule du FN » était rayon­nan­te à la vue de l’œuf pondu au milieu de la basse-cour poli­ti­que. Dans l’élevage voisin, la mine était grise en proje­tant de maniè­re exagé­rée un poulailler domi­né par les pous­sins du Front Natio­nal. Comme pour la Chine, cet œuf unique pondu dans la campa­gne de Hénin-Beaumont était le signe d’un danger immi­nent qu’il fallait combat­tre à tout prix.

Sans doute au nom du maria­ge pour tous, UMP et PS se sont alliés pour empê­cher la ponte de nouveaux œufs estam­pillés FN. Caquè­te­ments du rallie­ment pour les uns, glous­se­ment de plai­sir pour les autres ont meublé la semai­ne sépa­rant les deux tours. Repre­nant la chan­son d’Aznavour, le FN « se voyait déjà en haut de l’affiche », le PS enton­nait « Je suis mala­de » et l’UMP le succès des Queen « We are the cham­pions ».

Ce tour de chant étant le même que celui présen­té depuis des années, près de 38 % des élec­teurs n’ont pas assis­té à cette repré­sen­ta­tion, ce qui n’empêche pas les coco­ri­cos. Le PS a réali­sé un exploit en conser­vant la mairie de Paris et l’UMP ne cesse de multi­plier les tours d’honneur devant des gradins vides. Et le Front Natio­nal ? Là enco­re le discours habi­tuel des seconds tours avec la « possi­ble éven­tuel­le » nais­san­ce d’une force poli­ti­que alter­na­ti­ve.

Celle qui se voyait il y a seule­ment quel­ques jours pouvoir peser sur les séna­to­ria­les se montre en effet nette­ment moins loqua­ce. Il est vrai que les résul­tats sont très loin du succès espé­ré et aussi éloi­gné de la mena­ce bran­die par les autres volailles. Sur les près de 600 listes présen­tées, le FN n’emporte au total qu’une quin­zai­ne de villes, soit 2,5 % du total. Mis au niveau des 36 000 commu­nes fran­çai­ses, le score du FN est négli­gea­ble. À cela s’ajoute le fait que si en 2012, Hollan­de a été élu sur le seul rejet de Sarko­zy, nombreux sont les élec­teurs qui ont voté FN pour sanc­tion­ner l’association à but lucra­tif de l’UMP-PS.

Comme pour la Chine où l’annonce du taux de crois­san­ce annuel a un effet fédé­ra­teur sur les opinions publi­ques occi­den­ta­les, la progres­sion même très rela­ti­ve du FN a permis de dissi­mu­ler quel­que temps les problè­mes quoti­diens des Fran­çais. Dans quel­ques jours la Fran­ce va chan­ger de Premier minis­tre, ce qui occu­pe­ra les Fran­çais jusqu’à fin mai. Les élec­tions euro­péen­nes permet­tront de ressor­tir la mena­ce FN et la boîte à promes­ses. Vien­dra ensui­te le temps des vacan­ces, somni­fè­re contrant toute velléi­té de chan­ge­ment. Ainsi va la Fran­ce depuis des décen­nies et rien ne semble pouvoir chan­ger cet équi­li­bre instau­ré par les gran­des puis­san­ces. Le Front Natio­nal reste un parti émer­gent, terme égale­ment attri­bué à des pays comme la Chine avec pour objec­tif dans les deux cas de rassu­rer les uns et de faire peur aux autres.