Fonc­tion­nai­res corrom­pus : où est la porte de sortie ?

Tout en occu­pant un poste iden­ti­que, un fonc­tion­nai­re péki­nois est bien mieux rému­né­ré que son collè­gue du Guangxi. Si ces écarts peuvent appa­raî­tre logi­ques du fait des diffé­ren­ces du coût de la vie d’une région à une autre, elles sont égale­ment une sour­ce majeu­re de corrup­tion.

Ces déri­ves sont ampli­fiées par les gouver­ne­ments locaux qui profi­tent de la situa­tion pour réali­ser d’importantes écono­mies budgé­tai­res. Le raison­ne­ment de base est le suivant : « La plupart des fonc­tion­nai­res perce­vant des rému­né­ra­tions grises, il n’y a aucu­ne raison de leur verser un salai­re élevé ». De leurs côtés, les fonc­tion­nai­res mettent en appli­ca­tion une pensée se résu­mant à : « Le salai­re offi­ciel étant faible, il est indis­pen­sa­ble de trou­ver des sour­ces de reve­nus paral­lè­les ».

corruption3La Commis­sion Consul­ta­ti­ve de Peuple Chinois (CCPC) s’est penchée sur ce problè­me lors de sa derniè­re réunion en explo­rant les pistes suscep­ti­bles de le résou­dre. Il est appa­ru que le niveau de corrup­tion dans la fonc­tion publi­que est davan­ta­ge lié au poste occu­pé et au minis­tè­re dont dépen­dent les fonc­tion­nai­res qu’au niveau de vie des régions où ils exer­cent. C’est ainsi qu’un fonc­tion­nai­re du minis­tè­re des Eaux et forêts gagne nette­ment moins que son collè­gue du minis­tè­re du Commer­ce. Il a égale­ment été rele­vé que des fonc­tion­nai­res peu rému­né­rés suppor­taient malgré tout des respon­sa­bi­li­tés élevées dans des minis­tres sensi­bles comme ceux de l’urbanisme ou du plan­ning fami­lial.

Sans que rien de défi­ni­tif n’ait enco­re été déci­dé, la réfor­me tendrait à augmen­ter sensi­ble­ment les salai­res situés en bas de l’échelle ainsi qu’à les égali­ser dans une même région quel que soit le minis­tè­re. Si cette mesu­re peut sembler effi­ca­ce, elle se heur­te à un obsta­cle de taille. Prenons l’exemple d’un fonc­tion­nai­re du plan­ning fami­lial en poste dans ce villa­ge et gagnant actuel­le­ment 4000 yuans par mois. Pour assu­rer son train de vie, l’agent double ce reve­nu grâce aux sommes perçues illé­ga­le­ment. Comment fait-il ? Très simple. On lui signa­le un couple de paysans ayant donné nais­san­ce à trois enfants au lieu des deux auto­ri­sés. Après convo­ca­tion des époux, le montant de la contri­bu­tion socia­le est fixé à 10 000 yuans.

Après « négo­cia­tion », la somme à verser est rame­née à la moitié. L’agent char­gé du contrô­le initial empo­che 1500 yuans, le solde étant répar­ti sur les fonc­tion­nai­res char­gés de la léga­li­sa­tion admi­nis­tra­ti­ve de l’enfant. Cette opéra­tion répé­tée deux ou trois fois par mois permet au person­nel travaillant dans ce servi­ce de doubler et même tripler le salai­re offi­ciel.

Suite à la mise en appli­ca­tion de la nouvel­le métho­de de rému­né­ra­tion, le même agent du plan­ning fami­lial voit son salai­re passer de 4000 à 6000 yuans en échan­ge d’une promes­se écri­te de renon­cer aux anciens reve­nus paral­lè­les. Pas besoin d’avoir fait math sup pour consta­ter que le comp­te n’y est pas, les 2000 yuans mini­mums de perte de reve­nu impo­sant une réduc­tion du train de vie. Il y a dès lors de fortes proba­bi­li­tés que le fonc­tion­nai­re s’écarte de son enga­ge­ment de bonne condui­te.

corruption2Il y aurait la solu­tion d’évaluer au plus près les reve­nus gris des fonc­tion­nai­res et d’aligner les salai­res en fonc­tion en instau­rant un contrô­le strict inter­di­sant les déra­pa­ges. Cette hypo­thè­se est toute­fois incon­ce­va­ble pour la simple raison que ces reve­nus sont diffi­ci­le­ment évalua­bles. D’autre part cela aurait pour effet de nive­ler les salai­res quel­les que soient les respon­sa­bi­li­tés avec une forte tenta­tion pour ceux se retrou­vant à égali­té de salai­re malgré leur supé­rio­ri­té hiérar­chi­que.

On peut logi­que­ment penser que de nombreux autres pays sont parve­nus à résou­dre ce problè­me et qu’il n’y a donc aucu­ne raison que la Chine n’y parvien­ne pas. Ce raison­ne­ment relè­ve en fait d’une vision quel­que peu idyl­li­que de la situa­tion dans ces autres pays. En 1997, la commu­nau­té euro­péen­ne a rédi­gé une conven­tion commu­ne visant à combat­tre la corrup­tion dans la fonc­tion publi­que, preu­ve que ce problè­me exis­te ailleurs (Lire ici).

Une des diffé­ren­ces est qu’en Chine, et comme dans de nombreux autres secteurs, la corrup­tion est sans doute plus déve­lop­pée, mais surtout plus visi­ble que dans certains pays. Cela signifie-t-il qu’elle n’existe pas ? Moins qu’en Chine aux niveaux infé­rieurs. Dès que l’on atteint par contre les hautes sphè­res, ce qui est hypo­cri­te­ment nommé trafic d’influence est courant. Il est toute­fois vrai que dans les pays riches, il y a plus de corrup­teurs que de corrom­pus comme l’ont démon­trés diver­ses affai­res dont les célè­bres fréga­tes de Taiwan ou les sous-marins vendus au Pakis­tan.

Conclu­sion : « La corrup­tion s’installe bien plus faci­le­ment que les solu­tions pour s’en sortir ».