Fenê­tre ouver­te sur une Chine d’aujourd’hui

Comme de nombreu­ses villes de Chine, la capi­ta­le régio­na­le du Guangxi s’enorgueillit de belles vitri­nes dont une partie borde Minzu dada, l’avenue des nations. Sur cette large route, les Porsche Cayen­ne croi­sent les Audi, le flot de moto­cy­clis­tes nette­ment moins fortu­nés tente pour sa part de s’insérer dans ce paysa­ge réso­lu­ment moder­ne. Le nom de cette avenue est censé rendre homma­ge à cette fier­té régio­na­le qu’est la présen­ce d’une dizai­ne de mino­ri­tés ethni­ques.

Yongning1Le district de Yongning a beau se situer à seule­ment quel­ques kilo­mè­tres des lignes du métro en cours de construc­tion, ce sont des siècles qui sépa­rent ces deux lieux. Ce villa­ge peuplé majo­ri­tai­re­ment de Miao n’est pas de ceux où CCTV aime orga­ni­ser un spec­ta­cle de varié­tés au nom de l’égalité des chan­ces et de la recon­nais­san­ce de ces peuples. Il est vrai que l’environnement n’a rien de glori­fiant avec des construc­tions vieilles de 40 ans que rien n’est venu amélio­rer. Il en est ainsi de l’école qui vue de loin pour­rait lais­ser croi­re qu’elle est désaf­fec­tée depuis des années. Vieilles portes en bois autre­fois pein­tes de ce vert à la forte teneur en plomb, vitres rempla­cées par des sacs en plas­ti­que et murs noir­cis renfor­cent cette impres­sion d’abandon s’intégrant parfai­te­ment au reste du villa­ge.

En se rappro­chant de cette école dont les murs ont long­temps renvoyé l’écho de l’idéologie promet­tant l’égalité, des voix d’enfants donnent un poids supplé­men­tai­re au cliché touris­ti­que décri­vant la Chine comme un pays de contras­tes. Ce sont 170 « orphe­lins de la crois­san­ce » qui tentent d’apprendre ce mini­mum qui leur permet­tra au mieux de trou­ver un travail dans une usine parfois distan­te de plusieurs centai­nes de kilo­mè­tres. Les sacs qui « ornent » les vitres ont pour la plupart été appor­tés par les élèves ayant la malchan­ce supplé­men­tai­re d’être assis près d’une fenê­tre. C’est ici que ces jeunes Chinois appren­nent que leur pays est la deuxiè­me puis­san­ce écono­mi­que mondia­le, ce qui peut leur paraî­tre surpre­nant dans un tel envi­ron­ne­ment. Ils ne sont pas pour autant malheu­reux, ce senti­ment étant celui réser­vé à ceux tris­tes de ne pouvoir rempla­cer leur vieil iPho­ne 4 par le dernier modè­le.

Yongning2Le district de Yongning n’a rien d’une excep­tion régio­na­le en étant un parmi les milliers d’autres répar­tis sur l’ensemble du terri­toi­re natio­nal. C’est en gran­de partie dans ces endroits qu’est puisée la main-d’œuvre bon marché alimen­tant les usines de la côte. Dans quel­ques jours, le grand frère ou les parents vont reve­nir au villa­ge à l’occasion des congés du Nouvel An. Après plusieurs centai­nes de kilo­mè­tres sur une moto surchar­gée de cadeaux utiles, la famil­le se recons­ti­tue pour quel­ques jours dans une ambian­ce marquée par une gaie­té nette­ment moins arti­fi­ciel­le que celle régnant dans les clas­ses socia­les moyen­nes et hautes où il est impé­ra­tif de paraî­tre. Cette pério­de sera égale­ment celle des vacan­ces pour les ensei­gnants de cette école. Pour certains, leur famil­le vit dans des lieux enco­re plus pauvres que ce soit dans le Guangxi ou dans les régions voisi­nes. C’est sans doute cette rela­ti­vi­té qui les aide à suppor­ter ces condi­tions avec pour mission de l’enseigner aux élèves.

Le chef de villa­ge est tota­le­ment conscient du mauvais état de l’école, mais expli­que que la complexi­té d’une deman­de de subven­tions asso­ciée à son faible niveau scolai­re fait qu’il n’est jamais allé jusqu’au bout. Après le passa­ge d’une équi­pe de jour­na­lis­tes locaux, des fonds vont être alloués afin de parer au plus pres­sé. Le respon­sa­ble régio­nal a pour sa part expli­qué que le problè­me des écoles rura­les était une réali­té, mais qu’il faudrait du temps pour le résou­dre.

Trai­ter ces aspects est sans doute plus complexe que déci­der de la construc­tion d’échangeurs routiers plus ou moins utiles et de ces super­bes immeu­bles dont la Chine s’enorgueillit. Une raison plus vrai­sem­bla­ble est qu’il est moins valo­ri­sant de construi­re des établis­se­ments scolai­res dignes de ce nom que de faci­li­ter les dépla­ce­ments de quel­ques nantis du systè­me ou exploi­teurs de celui-ci. La Chine étant en prio­ri­té un immen­se super­mar­ché inter­na­tio­nal, ne pas être un consom­ma­teur poten­tiel a pour effet direct et dura­ble d’être inexis­tant. C’est ce qu’apprennent les élèves du district de qui regar­dent la crois­san­ce par une des fenê­tres sans vitre de leur école.

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