La Chine vue de Chine

.

Et si en Chine la démocratie arrivait d’en bas ?


aieLogique me direz-vous puisqu’il s’agit là d’un des fondements mêmes de ce système, du moins en théorie. Dans la pratique les choses sont en effet sensiblement différentes, les démocraties étant dans la plupart des cas de l’initiative de quelques groupuscules plus ou moins intellectualisés qui imposent leurs règles aux populations en leur faisant croire qu’elles sont leurs. S’ensuit ce qui est nommé « liberté d’expression » qui est le fait de pouvoir parler, mais sans pour cela être entendu, et choisir tous les cinq ans entre les deux moins mauvais candidats propulsés par un appareil politique.

En Chine le parti pouvant diriger le pays est certes unique, mais la population est bien moins sagement alignée derrière la tête du « messie élu ». Les Chinois ont beau passer aux yeux de bien des Occidentaux pour un peuple soumis, certaines limites ne sont pas à dépasser, ce que savent très bien les dirigeants. Silencieux la plupart du temps, la goutte d’eau qui fait déborder le vase donne ensuite lieu à des actions souvent violentes n’ayant rien de commun avec nos manifestations corporatistes du vendredi. De ce fait les affrontements entre population et dirigeants sont bien plus fréquents que ne le laisse croire la tentative de médiatisation des paysans de Wukan, qui de plus ne luttent eux que pour l’argent qu’ils préfèrent voir dans leurs poches que dans celle de responsables corrompus. C’est un peu comme les grèves actuelles qui n’ont aucun objectif d’intérêt commun, mais ne visent qu’à son seul confort personnel.

Cela étant dit, les jeunes Chinois suivent au moins une tradition, qui est justement de ne pas/plus se laisser mener par le bout du nez. C’est ce qui est récemment survenu dans un lycée de la région du Guizhou où quelques centaines d’élèves ont saccagé la cantine de leur établissement scolaire. La raison est la découverte d’un bidon d’huile de cuisines jugé contenir des produits de récupération et que l’on nomme en Chine « huile de caniveau ». Dernièrement plusieurs contrôles ont mis en évidence à travers tout le pays l’utilisation de telles substances, ce qui éveillé les soupçons des étudiants.

Les cadres de l’établissement scolaire ayant refusé toute discussion avec les lycéens s, ceux-ci ont donc décidé d’une part de protéger leur santé et d’autre part de se faire entendre. La cantine a été totalement dévastée, ce qui a obligé les autorités locales à demander des explications aux personnes en charge de la gestion de l’école. À l’heure actuelle, des tests sont en cours afin de confirmer ou non les allégations des élèves et il faut espérer que les résultats iront dans le sens des « casseurs », sans quoi ils risquent de passer un mauvais quart d’heure. Quoi qu’il en soit, et sans doute devant quelques éléments accablants, les responsables locaux ont suspendu de leurs fonctions certaines personnes considérées comme à la base du problème. Huile frelatée ou non, ce qui est surtout reproché à la direction du lycée est son absence de volonté de dialogue avec les élèves. Si cette discussion était intervenue et si les responsables de l’école avaient accepté de procéder à des tests ils n’en seraient sortis que grandis, à moins qu’ils soient certains de la réalité des accusations.

En répétant ce genre d’opérations, la Chine pourrait devenir la première réelle démocratie au monde en mettant en application l’étymologie même de ce mot qui est : « Le gouvernement du peuple par le peuple », et non par quelques nantis censés représenter des personnes dont ils ne connaissent rien ou pas grand-chose de la vie. La violence me direz-vous ! Celle-ci fait partie de la vie quelque soit la forme de société et celle chinoise s’y repose depuis des siècles au travers d’une certaine anarchie enseignée par Lao Tseu. Il ne faut de plus pas perdre de vue que si nos systèmes ont été en apparence conçus pour protéger les plus faibles, les lois votées au nom du peuple ne protègent la plupart du temps que les plus forts. Ne reste donc pour se faire entendre qu’à utiliser les armes dont on dispose, écrire que l’on a mal à la tête n’ayant jamais mis fin à une migraine. C’est en tout cas cette solution extrême de la violence qui a été choisie pour ces jeunes lycéens, et qui semble avoir porté ses fruits, ce bien plus que tous les sites participatifs et « démocratiques » qui embrument bien des esprits confortablement installés.



Albié Alain

Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois. Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes. La publication d'extraits de cet article est autorisée sous réserve qu'un lien renvoie vers l'original.