Le monde vu de Chine

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Elles n’ont jamais rêvé d’être hôtesses …


belleContrairement à ce que chantait Jacques Dutronc, ces jeunes filles n’ont sans doute jamais rêvé d’être hôtesses. Majoritairement issues de familles modestes, leur parcours scolaire s’arrête souvent bien avant l’université. Si elles n’ont pas hérité d’une fortune à leur naissance, elles ont la chance d’être mignonnes et parfois belles. Cet héritage de la nature étant par définition éphémère, il est important de le faire fructifier le plus rapidement possible avec dans bien des cas comme seul objectif celui d’un mariage avec un époux disposant d’une situation financière au moins confortable.

Elles sont ainsi des centaines de milliers à ouvrir les portes ou à vendre des produits de toutes sortes et accueillent les clients avec un sourire souvent appris durant les quelques mois de formation. Ici ce sont les magasins proposant du thé qui emploient un grand nombre de ces jeunes filles. Sorties du lycée professionnel qui leur a appris les bases du métier, leurs gestes et attitudes sont ceux imposés tant par le rituel lié au produit lui-même qu’à un manque de naturel ou une timidité en rapport avec leur jeune âge.

Un salaire fixe souvent très bas et les commissions sur les ventes réalisées permettent à ces hôtesses de passer plus ou moins agréablement le temps les séparant du mariage et de la naissance qui suit mécaniquement dans bien des cas. Cette salle d’attente de la vie est en effet loin d’être un véritable métier tant il est intimement lié à la jeunesse, une des rares choses dont on est sûr qu’elle passe rapidement.

Une des rares chances d’être nées filles et à cette époque est le relatif déficit de femmes en Chine, ce qui leur donne tant plus d’espoir de trouver un époux que de disposer d’un certain choix pour celui-ci. C’est dans bien des cas dans ce but qu’elles se mettent ainsi « en vitrine » en exploitant le rare argument dont elles disposent et qui est un physique agréable. Comme souvent en Chine, ces jeunes filles se trouvent confrontées à une rude concurrence qui ne fait que s’amplifier au fur et à mesure que les années passent.

Comme toutes les belles fleurs, elles vont d’abord perdre leurs pétales avant de se faner, ce qui les rendra tant moins odorantes qu’agréables à regarder. Elles auront été ces éphémères représentantes d’un produit qui s’il est moins beau que celles qui en font la promotion est bien plus durable. C’est dans bien des cas ce à quoi ressemble la vie où de fleur on passe à graine pour donner vie à cette chaîne se perpétuant depuis des millénaires.

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Albié Alain

Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois. Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes. La publication d'extraits de cet article est autorisée sous réserve qu'un lien renvoie vers l'original.